‹ Un client sérieux; comédie en un acteChapitre 10 sur 13 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les mêmes, moins MAPIPE LE PRÉSIDENT

Terrible braillard!

LE SUBSTITUT

En efiet !

LE PRESIDENT

Ça ne fait rien, voilà une question tranchée. Nous allons passer sans plus de délai à l'examen de la seconde affaire.

LE SUBSTITUT

Avant d'en commencer les débats, je prierai monsieur le Président de vouloir bien demander à l'huissier s'il m'a envoyé acheter l'Officiel ! LE président, à l'huissier.

Vous avez entendu la question?

l'huissier, au substitut. Pas encore, monsieur le substitut; je vais y envoyer à l'instant même le municipal de garde.

LE SUBSTITUT

Je vous serai obligé.

le président, au substitut.

Vous n'avez pas besoin d'autre chose ?

le substitut Non, monsieur le Président, merci!

le président Alors noua pouvons commencer. Huissier, appelez.

l'huissier

Lagoupille !

lagoupille, dans Vauditoire^ Lagoupille? Présent!

l'huissier Alfred!

Alfred, dans l'auditoire.

C'est moi!

l'huissier Approchez ! (A Lagoupille.) Passez devant!

lagoupille Merci bien, monsieur l'huissier; je me souviendrai comme vous avez été poli avec moi. Quant à vous, monsieur Alfred, vous vous conduisez comme un cochon. Et ça, il n'y a pas d'erreur. C'est un galant homme qui vous le dit.

Qu'est-ce qu'il y a donc, là-bas?

LAGOUPILLE

Il y a que monsieur Alfred se conduit comme un cochon.

le président

Vous, vous allez commencer par vous taire. Vous répondrez quand on vous questionnera.

ALFRED

Bravo! C'est trop fort, ça, aussi, d'être insulté

oar une canaille.

LAGOUPILLE

Une canaille !

LE SUBSTITUT

Je vais être obligé de sévir.

ALFRED, à Lagoupillc.

Ah! vous entendez !

LE SUESTITDT

Contre vous!

LAGOUPILLB

Ça, c'est tapé.

LE PRÉSIDENT

On ne vous demande pas votre avis

ALFRED

On a rudement raison.

LE SUBSTITUT

Ni le vôtre non plus.

LAGOUPILLB

Très bien.

LE PRÉSIDENT

Silence, Lagoupille!

LAGOUPILLB

Je ne dis rien.

» ALFRED

On n'entend que lui.

LE PRÉSIDENT

Alfred, voulez-vous vous taire i

ALFRED

C'est ce que je fais.

LAGOUPILLB

On ne le dirait pas.

LE PRÉSIDENT

Huissier!

L'nUISSIE!

Monsieur le Président ?

LE PRÉSIDENT

Le premier de ces deux hommes qui ouvre encore la bouche, flanquez-le-moi à la porte.

LAGOUPILLE et ALFRED

Ça sera rudement bien fait.

LE SUBSTITUT

Nous n'en sortirons pas.

ALFRED

Est-ce que ça me regarde, moi? Il ne manquerait plus que cela qu'on me flanque à la porte parce que M. Lagoupille s'obstine à vouloir parler quand on lui a dit de se taire.

LAGOUPILLE

jg \ Mais, monsieur, ça n'est pas moi; on me dit *" / de me taire, je me tais. C'est M. Alfred qui dit comme ça que l'huissier fera bien de me flanquer à la porte, si je ne veux pas fermer mon \ seau de propreté.

iA ce moment.)

j ALFRED

Tenez, l'entendez-vous? et patati et patata. Et je t'en dis et je t'en raconte 1 Quelle pie borgne, bon Dieu! une vraie pipelette ! l'huissier Vous avez entendu ce que vient de dire M. le Président. Si vous ne vous taisez pas, je vais ttj / vous faire sortir!

LAGOUPILLE

C'est un peu raide, ça, sussi, et le plus chouette c'est que c'est lui -ivi ne veut pas fermer le sien.

{Puis.)

ALFRED

Vrai, alors, celui qui lui a coupé le filet ne lui a pas volé ses quatre sous. Ça, on peut le dire, ce n'est pas pour me vanter, mais j'ai connu dans ma vie bien des moulins à paroles ; je veux être changé en saucisse plate si j'ai jamais vu le pareil. Il ne se taira pas, je vous dis qu'il ne se taira pas I II parlera comme ça jusqu'à demain.

LAGOUPILLE

Vous direz ce que vous voudrez, mais on n'a I pas idée de ça en province. Un homme qui se conduit avec moi comme le dernier des cochons, et qui me fait engueuler par-dessus le marché! Gomment trouvez-vous le bouillon? Zut, alors! C'est épatant! A c't' heure, c'est moi qu'on engueule, et c'est lui qui parle tout le temps.

LE SUBSTITUT

J'invite le défenseur à faire taire son client. Nous ne pouvons pas juger sainement, si les parties adverses s'obstinent à vouloir s'expliquer toutes les deux à la fois. Qu'est-ce que vous dites?... La partie civile?... Je vous demande pardon, ce n'est pas la partie civile. Quoi?... Pas du tout! c'est votre client! Je vous dis que c'est votre client! Je sais ce que je dis, peut-être.

BARBEMOLLE

J'en demande bien pardon à mon honorable I contradicteur, mais ce n'est pas mon client,

c'est la partie civile qui fait tout ce scandale. Parfaitement, c'est M. Alfred. Il ne faut pas non plus faire prendre aux gens des vessies pour des lanternes, et mettre tout sur le dos du même. Je vous demande pardon aussi, c'est vous qui êtes dans l'erreur.

LE PRÉSIDENT

Ah ça! est-ce que ça va durer longtemps ? A-t-on jamais rien vu de pareil ? Bon. Voilà le substitut qui s'en mêle à présent, et l'avocat qui se met de la partie! Monsieur le substitut, je vous invite à vous taire; et vous aussi, maître Barbemolle ; vous n'avez pas la parole. Assez! assez!... Ma parole d'honneur, c'est \ une maison de fous ici !

[Toute cette scène, qui demande à être réglée avec soin, est tenue dans le tohu-bohu, tout le monde variant en même temps, chacun des acteurs s* obstinant à vouloir, de sa voix, dominer la voix des autres. — Enfin, silence.)

LE PRÉSIDENT, à Alfred.

Oui ou non, voulez-vous vous taire ?

ALFRED

Oui.

LAGOUPILLE

Eh bienl il n'est que temps !

LE président, à Lagoupille- Et vous?

LAGOUPILLE

Je le ferme.

LE PFB6IPENT

Quoi?

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