‹ Un client sérieuxChapitre 9 sur 63 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Le tribunal, Messieurs! Levez-vous.

* Le trop large ruban de son monocle lui sabre le visage d'une barre d'encre. Toujours hanté de l'idée fixe de … mettre la main sur l’Officiel, il questionne du coin de l'œil l'huissier, qui répond négativement, d’un hochement | de tête imperceptible. Long soupir du substitut.

LE PRÉSIDENT, installé entre ses deux assesseurs

L’audience est ouverte. (A l'huissier.) Appelez! u : L'HUISSTER ER MANS re è

Le ministère public contre Jean - Paul Mapipet "A — Mapipe! 1 A Me

LE PAUVRE MAPIPE, au banc des prévenusetflanqué de deux municipaux

St RL ES At At, CRD, SRE

Re

Présent!... Ous qu’est mon avocat?

L’'AVOCAT DE MAPIPE, entrant par la re Fe témoins

Je suis là. Calmez vous, Mapipe.

LE PAUVRE MAPIPE, au tribunal : |

. Ça n'est pas pour vous acheter, mais vous y

mettez le temps, bon Dieu! (A l'auditoire) : Trois Le remises, messieurs et dames; trois remises L. Un : mois que je suis en prévention! ne |

LE PRÉSIDENT ‘. … | Maître, faites taire votre cliénl. (Au substitut.)

Hum ! Le

L’AVOCAT Un peu de silence, donc, Mapipe!

LE PAUVRE MAPIPE Et remarquez que je l'avais fait bénir! C'était du cresson bénit !

| | L'AVOCAT Silence donc!

LE PAUVRE MAPIPE, entre ses dents Du cresson bénit, c’est pus comme de la salade. LE PRÉSIDENT Mapipe, levez-vous. (Au substitut.) Hum! Hum! (A Mapipe.) Vous êtes poursuivi pour tromperie sur la qualité de la marchandise vendue. (Au substitut.) Hum! Hum! Hum!

LE SUBSTITUT, enfin rappelé au sentiment de ses devoirs

Un mot, Monsieur le Président. (7! se lève.) Bien - qu’étant le premier à regretter les lenteurs apportées à la solution de cette affaire, je me vois dans l’obligation d’en demander le renvoi une fois de plus. Si mes renseignements sont exacts — et j'ai lieu de les

croire tels —le prévenu ne serait pas un malfaiteur Je

vulgaire; il aurait eu maille à partir avec divers Parquets de province. Une enquête a été ordonnée,

dont le résultat n’est pas encore connu. Je demande :

donc la remise à huitaine de l'affaire soumise à

votre juridiction, ne pouvant hésiter un instant entre les intérêts d’un personnage suspect, si sacrés qu'ils puissent m’apparaître, et ceux autrement importants, de la Justice et de la Loi. (/{se rassied.) f ss LE PAUVRE MAPIPE, effaré Oub1t:: Quoi?.…. Encore ‘une remise?... Ah ee vous vous payez ma gueule! oe LE PRÉSIDENT, à l'avocat | Maître, invitez votre client à s'exprimer d'une façon plus convenable; c’est ungervice à lui rendre. : L'AVOCAT Je sollicite l’indulgence en faveur de ce pauvre. diable. Voilà un mois qu'il est sous.

Il laisse échapper sa serviette et se baisse pour la ramasser. LE PAUVRE MAPIPE, prenant l'auditoire à témoin Moi? je suis saoul? Fee

L’'AVOCAT, achevant sa phrase |

… sous les verroux, et son impatience légitime

- en dit plus long pour sa défense que tous les arguments du monde. Au surplus, nous sommes, lui et moi, aux ordres du tribunal. Je me borñerai à faire remarquer qu'il me sera impossible de prendre la parole d’aujourd'hui en huit. Je pars lundi pour Cascassonne, où je plaide le procès Baloche.

LE PRÉSIDENT Fort bien, Maître. À quinzaine, alors.

L'HUISSIER, dans l’auditoire, sa toque à la main

Je ferai remarquer à mon tour, que, dans quinze jours, ce sera la semaine de la Pentecôte, pendant

laquelle les tribunaux ne siègent pas.

LE PRÉSIDENT Ah diable !... (Courte réflexion.) Ma foi, Messieurs, tant pis ! Nous n'y pouvons rien.— À trois semaines! | LE JUGE FOY DE VAUX, avec douceur

Non.

LE PRÉSIDENT, surpris Pourquoi ?

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