‹ Un coin du ParnasseChapitre 1 sur 8 · M. RAOUL PONCHON · texte numérisé non relu

M. RAOUL PONCHON

J'ai résolu de faire visite aux bons poètes qui se balladent sur le pavé de Paris. Il eu est encore quelques-uns qui ne possèdent pas d'immeubles dans l'avenue deVilliers et vivent à la grâce de Dieu, selon la loi naturelle. Ils chantent, hument le parfum des rôtisseries et trouvent bien toujours un cabaret hospitalier, où s'abriter contre les

rx COIN DU PARNASSE

éléments et étancher la soif qui les dévore... Tout de suite j'ai pensé à M. Raoul

Ponchon qui est un des excellents écrivains que nous ayons. Sa physionomie est fort attachante. Il est célèbre à divers titres. Et d'abord il appartient à l'histoire littéraire. Ses amitiés de ^ jeunesse, le long com-

merce qu'il entretint avec Jean Richepin et Maurice Bouchor, ont inspiré à ceux-ci des strophes qui. sans doute, ne périront pas. Ponchon, Bouchor, Richepin étaient si étroitement unis, que leurs noms s'amalgamaient et

confondaient fraternellement leurs syllabes. Ponchon se muait en Ponchin, Bouchor en Bouchon et Richepin — déjà somptueux — en Richepor.

Chacun des trois compagnons a suivi sa destinée. Jean Richepin, de sa verve intarissable, alimente la Comédie-Française et sauve les Odéons en péril. Maurice Bouchor évangélise le peuple. Raoul Ponchon est demeuré l'aède qui passe, un refrain aux lèvres. Cet homme extraordinaire ne se nourrit que de son art ; il n'est pas souschef de bureau et n'émarge au budget d'aucune administration. Il est poète exclusivement. Et cela l'honore. Depuis douze ans, la chronique rimée qu'il publie dans un journal hebdomadaire suffit à tous ses besoins. S'il collabore, en outre, à quelque grand journal parisien, ce n'est point par esprit de lucre. Il a cédé à de pressantes sollicitations. Et je ne serais pas éloigné de croire qu'il est un peu gêné par cet excès de

richesses. Qu'en ferait-il, je vous prie? II n'a pas le dessein d'acheter un yacht. Et, certes, il possède d'assez grands moyens de séductions et un physique assez agréable pour inspirer l'amour désintéressé. N'at-ii pas lui-même, en des vers retentissants, proclamé la gloire conquérante de son nez?

Mon nez, on te prendrait pour un s«Ieil couchant. tt souvent, crois-le bien, j"ai peur en te mouchant De changer quelque chose à la belle harmonie Que te donna le vin, ce merveilleux génie. Oui, tu montres, mon nez, aux buveurs ébaubis L'incomparable éclat des plus brûlants rubis. Ah ! ce n'est certes pas en suçant de la glace Que j'aurai fait de toi l'ornement de ma face. Le délicat joyau dont je m'enorgueillis, 0 rival des brugnons tout fraîchement cueillis ! C'est en te barbouillant d'automnale tisane, De vin, robuste et frais comme une paysanne, De vin pourpre et doré, d'inéluctable vin Auprès de quoi, de qui, tout n'est qu'un songe vain, Et qui fait, quand il coule, un guilleret ramage - Comme d'oiseaux (leuris échappés de la cage.

C'est, à force de traire et de traire les pots

Qui feraient ô combien d'innombrables troupeaux.

De ce jour, mon nez, où je fis ta connaissance,

Que je t'aurais donné cette belle assurance

Et ce vif incarnat et cet air de bonheur,

Toi, mon seul patrimoine, ô toi, ma croix d'honneur!

Il faut tenir compte de l'hyperbole. Raoul Ponchon exagère, par coquetterie, l'importance de son nez. Ce nez n'en est pas moins un nez considérable. Et j'avais un vif désir de le contempler de près.

— Vous rencontrerez Ponchon, m'a-t-on dit, à l'hôtel du Périgord, place de la Sorbonue, où il habite, voilà tantôt dix-huit ans. Il n'a jamais voulu quitter la chambre qu'il y occupe ; les propriétaires se le passent de main en main. Il fait partie du fonds de commerce. Il vous recevra cordialement, mais ayez soin d'arriver de bon matin.

Je me suis présenté à 1' « hôtel du Périgord ». J'y suis allé à l'aube ; j'y suis retourné

au crépuscule. Et je n'ai pas aperçu le nez de Ponction. « — M. Ponchon est sorti. — M. Ponchon n'est pas rentré. » Le digne aubergiste, voyant ma peine, a ajouté en baissant la voix, comme s'il craignait d'être entendu : « Poussez jusqu'au café de Cluny. Il y prend , d'ordi naire , l'apéri tif. )) Le café regorgeait de consommateurs.

Mais lej nez de Ponchon n'y était pas. Je me suis approché d'un personnage, qu'à ses longs cheveux j'ai cru reconnaître pour un nourrisson des Muses, et lui ai demandé s'il savait que l'auteur de la o chronique rimée » dût venir s'abreuver, ce jour-là

même, en cet établissement... Un pâle sourire erra sur ses lèvres. « Ponction"^ me ditil, nous ignorons où il est et ce qu'il devient. Quelque mystère est entré en sa vie. Une Inquiétude le cliasse des endroits civilisés. Je le soupçonne de perpétrer un drame pour le second Théâtre- Français . Il jette aux passants des regards hostiles. C'est à peine s'il daigne adresser la parole

aux camarades. » Je priai l'obligeantesthète de me faire la grâce d'accepter un bock, au nom de Raoul Ponchon. Et, pendant une heure, il voulut bien me parler de lui, et me donner sur sa vie et son caractère des indications intéressantes.

— Ponchon, observa-t-il, possède une

capacité stomacale remarquable. Et, dans ma bouche, cet éloge ne saurait être suspect. J'ai la prétention d'être un buveur solide, mais il m'a vaincu. C'est lui qui détient le record de la beuverie. D'ailleurs, le mot « boire » lui est si doux qu'il lui a dédié un de ses poèmes :

Le joli mot que voilà.

Boire! qu'en pensez-vous? Boire!

Moi je suis tout prêt à croire Qu'aucun ne vaut celui-là !

C'est le verbe d'excellence Qui doit dissiper la nuit.

C'est tout ce que dit le bruit Et que pense le silence.

— N'en doutez pas, poursuivit mon voisin; on ne loue avec cette ferveur que ce qu'on aime. Un des morceaux les plus achevés de Ponchon lui fut inspiré par la

cave d'un de ses amis, une cave vénérable, située dans les ruines d'un couvent. Ponction allait parfois s'y recueillir et il en rapporta cette merveille, que vous n'avez pas oubliée :

Ma cave est à coup sur la reine Des caves de la chrétienté; C'est la chapelle souterraine D'une ancienne communnuté.

Elle est sise au bout de la ville.

Loin des voilures, loin des bruits, Dans un quartier aussi tranquille Que l'eau qui dort au fond d'un puits

Sous cette obscure et digne voûte, A cinq mètres de profondeur, Le vin se dore et se velouté Avec une sage lenteur.

Un frais parfum de violettes

Me monte au nez quand jy descends :

Je ne sais pas de cassolettes

Ou brûle un plus suave encens.

La chapelle a donc, par le diable !

Toujours sa destination :

Et plus d'un saint considérable Y reçoit ma dévotion.

D'une arachnéenne dentelle

Leurs bienheureux corps sont couverts

Et je vois leur âme immortelle

Qui s'épanouit au travers :

Ils sont là. dans les tabernacles, A l'abri de l'humidité.

Quelques-uns me font des miracles, Je le confesse en vérité.

Comme je dis mes patenôtres Au moins cinq ou six fois par jour.

Cela fait que ces bons apôtres N'attendent pas longtemps leur tour.

— Pourquoi faut-il (continua l'esthète qui était en veine de critique littéraire) que ce délicat poème se termine par une strophe grossière qui semble un hoquet d'ivrogne après un bon repas. Ponchon blesse souvent ainsi l'élégance. N'empêche qu'il ne soit un artiste accompli. Son vers, un peu trop net, à mon gré, a la solidité, la franchise de tour du vers classique. 11 est construit selon les règles de Despréaux et gonflé des sucs de notre vieille langue fran(,'aise. Ponchon s'est imprégné de Vil- Ion, de Rabelais, de Mathurin Régnier, de La Fontaine. Et son talent, comme sa santé, olïie un parfait équilibre. Il y a en lui quelque chose de sain, de robuste, la belle humeur de l'homme qui digère bien,

l'allégresse qui nait du bon fonctionnement des organes. Et les excès même qu'il se permet, les facéties trop drues qu'on lui peut reprocher ne sont que l'expansion de ses énergies intimes...

Si Raoul Ponchon a résisté victorieusement aux milliers de « quarts » absorbés, à l'atmosphère des brasseries, aux fatigues du noctambulisme, il le doit à ses qualités de marcheur. Le juif-errant, qui marchait tout le jour sans s'arrêter, marchait avec moins d'entrain que Raoul Ponchon, C'est qu'il était contraint de marcher. Raoul Ponchon marche pour le plaisir. Il a accompli des prodiges, dont le plus étonnant est le retour d'Amiens, mais, cette aventure mérite d'être contée...

Un jour donc, Raoul Ponchon et Maurice Bouchor entreprennent un petit voyage.

Ils se rendent à Amiens, dans l'intention d'étudier sérieusement la cathédrale de cette ville célèbre — et ses pâtés. A peine

sont-ils arrivés que Bouclioi' reçoit une

dépêche qui le rappelle à Paris. « Nous reprendrons le train à quatre heures du

matin... » Ponchon y consent... D'ici là, on s'arrange à passer le temps du mieux possible. Enfin à trois heures après minuit, on se dirige vers la gare. La saison était douce, la nuit étoilée, une fraîcheur délicieuse montait de la campagne. Ponchon emplissait ses poumons de ces senteurs.

— Alors, dit-il à son compagnon, en le conduisant sur le quai, tu vas renfermer dans cette absurde voiture ?

— Et toi, pareillement, je suppose?... Ponchon se prit à rire.

— Oh ! moi, s'écria-t-il, je rentre à pied. Je hais le chemin de fer.

Bouchor n'insista pas, pensant que Raoul Ponchon avait des raisons particulières de prolonger son séjour en Picardie.

— A tantôt, lui dit Ponchon.

Et tandis* que Bouchor s'accommodait dans le coin de son compartiment, avec l'intention d'y piquer un somme réparateur, Ponchon, ayant retroussé le bas de

son pantalon, son baluchon sur l'épaule, son bâton de cornouiller en main, s'engageait héroïquement sur la route nationale. Les astres s'éteignent, le soleil parait, Ponchon va toujours, droit devant lui, d'un

pas égal; les kilomètres succèdent aux kilomètres. A mi-chemin, comme il s'était arrêté pour souffler un brin, il s'informe d'un village pittoresquement situé sur la colline prochaine.

— Ça? c'est Ponchon, répond le gargotier.

— Vous dites ?

— Je dis : ça, c'est Ponction.

— Il y a un village en France qui porte mon nom?...

Ponchon ne put résister au désir d'explorer (( son village ». Ponction s'en alla vider un pot à Ponchon. Et la bière de Ponction parut à Ponchon délicieuse. Puis, après ce léger détour, il reprit la route de la capitale et se remit à dévorer les lieues. Il toucha vers le milieu de la nuit suivante aux fortifications. Là, son ardeur l'abandonna. Il héla une voiture et s'y laissa tomber plus mort que vif. Lorsqu'il voulut descendre devant l'hôtel du Périgord, il reconnut que ses jambes étaient complètement ankylosées. Il avait le droit d'être fier de son exploit, et pourtant il n'était pas satisfait, il avait honte de sa défaillance.

— Revenir d'Amiens et s'écrouler dans un fiacre. J'eusse dû tenir jusqu'au bout. Je suis déshonoré!...

Ponclion jura d'avoir plus d'énergie une autre fois. Mais il n'a pas jugé à propos de recommencer l'expérience.

Telle est l'histoire autlientique du retour d'Amiens. Après me l'avoir narrée, l'ai-

mable buveur du café de Cluny conclut : — Il est sept heures. Il se peut que Raoul Ponchon n'ait pas fini de marcher. S'il ne marche pas. vous le trouverez attablé chez Louis, un marchand de vin du carrefour Gaillon, où il prend le repas du soir. Quand je pénétrai chez Louis, au carre

four Gaillon. je discernaidevant le comptoir quelques personnages coiffés de chapeaux en toile cirée et qui avalaient, en se dandinant, des chopines de vin rouge. C'étaient les cochers de la station voisine. Mais, parmi cette « canaille », je cherchai vainement le nez royal de Raoul Ponchon. Je sortis de la boutique et fus accosté par le peintre Z..., ex-sociétaire des hydropathes, vieux complice de Sapek, et qui possède sur le bout du doigt son quartier Latin. Et, derechef, nous devisâmes de Raoul Ponchon. Et le Ponchon qu'il me présenta ne ressemblait point à celui de tout à l'heure.

— Ne tombez pas dans l'erreur commune, qui fait que l'on juge les écrivains d'après leurs écrits. Vous vous imaginez en lisant ses vers gourmands que Ponchon est une sorte de goinfre, sans cesse en godaille. Détrompez-vous... Sauf un penchant assez vif qui l'incline à tarir des chopes, sans toujours y être contraint par une impé-

rieuse nécessité, Raoul Ponchonest le plus sobre et le plus régulier des hommes. Depuis quinze aus,iln'a pas oublié d'envoyer chaque semaine sa copie au Courrier Français. Il s'accommode de la nourriture dont se contentent les gens du commun. Il ne dédaigne pas les crus de Bourgogne et du Bordelais , mais il s'en prive et se délecte au petit bleu d'Argenteuil, qui est fort

agréable, dans la saison chaude. Il chérit, il est vrai, les frais cigares de la Havane, mais il fume aussi le cigare démocratique à deux sous. Toute sa « gueulerie » ne se dépense qu'en littérature, Ponchon est, au

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fond, un timide, un sentimental. Il a composé des vers d'amour qui sont d'une suavité singulière; je conviens qu'ils ne sont pas dépourvus de sensualité. Raoul Ponclion n'oublie pas que le corps est le vêtement de l'âme et qu'une âme semble d'autant plus belle qu'elle a pour enveloppe un beau corps. Mais que de gentillesse dans l'expression de son désir! Cela n'offense point, tant cela est ingénu :

Ton corps est un jardin impérial.

Toutes les fleurs s'y donnent rendez-vous, Les roses qu'on rêve et les œillets fous : C'est floréal, germinal, prairial.

Dans ce jardin d'amour loul embaumé Et plein du gai tumulte du printemps, Il est de» nids perdus et palpitants Pour les baisers, ces beaux oiseaux de mai.

Sur tes seins blancs voie les lis éclore. J'entends tinter des muguets dans ta bouche Et dans tes yeux, où le faste se couche, S'épanouit une lointaine flore.

Et de tes pieds aux doigts de sucre rose A tes cheveux qui passent l'Iiyperljole, Se mariant à mainte fleur roi-close, L'on voit grimper la grâce, vigne folie.

« Le vrai Ponchon est un amant enthousiaste non seulement de la beauté féminine, mais de toute beauté. Il s'exalte pour les formes et pour les idées. Il adore la nature et s'attendrit devant les ïleurs. Promenez-vous au bois de Boulogne, dans les allées où poussent les violettes, vous y découvrirez Raoul Ponchon. »

Ainsi parla le peintre, ex-sociétaire hydropathes... J'ai suivi son conseille allé au Bois. J'ai vu les violettes. Et je pas vu Raoul Ponchon.

des suis n'ai

Mais en revenant du bois, je suis monté chez Jean Richepin. Mon illustre ami, toujours jeune et superbe, la taille pincée dans sa culotte et son gilet de velours, s'amusait à rimer quelques strophes, pour se faire la main avant déjeuner .

Au nom de Ponchon, ce fut une effusion de tendresse . . . Songez que Ponchon est son frère d'armes ; qu'ils ont vécu côte à côte aux jours des débuts. Aussi loin que remontent ses souvenirs, Richepin aperçoit auprès de lui le crâne chauve et le nez loyal de Ponchon. Il lui révéla sa vocation. Ponchon était vaguement inscrit comme étudiant à la Faculté de droit ou de médecine, il se

reposait des cours qu'il ne suivait pas, en s'occupant de littérature.

— Comment t'y prends-tu pour faire des vers? demanda-t-il à Ricliepin.

— Essaye! Ce n'est pas bien difficile.

Ponchon, qui était fort latiniste, entreprit

une traduction des Géorgiques qu'il brûla plus tard, dans une minute de découragement et qu'il eut tort de détruire, car elle renfermait des pages supérieures. Il ne s'était pas attaché au sens étroit et précis des mots. Il avait voulu donner par des équivalents, la sensation de l'original. Et cette tâche, vaillamment accomplie, était très honorable pour un débutant

— Tu en sais autant que moi, lui dit Richepin. Travaille...

Ponchon travailla, et il continue de travailler; et il n'est jamais content de ce qu'il a produit. Il y a des jours où il est très malheureux. On le supplie de tirer un volume de son oeuvre éparpillée. On n'a

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pu l'y résoudre et vaincre sa répugnance :

— Ce qui parait dans le journal n'a pas d'importance. Il y a du bon et du mauvais. Tout est oublié le lendemain. Le livre dure et c'est très grave...

Jean Richepin a déployé une énergie surhumaine pour triompher de ses scrupules.

— Écoute, lui a-t-il déclaré, je comprends que le choix à faire t'embarrasse. Je m'en charge. J'enverrai la copie à l'impression, je corrigerai les épreuves, je donnerai le bon à tirer, et je t'apporterai le premier tome paru. Je ne te demande pour ma peine, qu'un exemplaire de luxe, sur grand papier...

La perspective des droits d'auteur à toucher n'a pas désarmé Raoul Ponchon. Il a fallu user de ruses pour l'amener à signer un traité avec le Journal. Et l'idée de la responsabilité qu'il encourt en publiant deux chroniques rimées par semaine l'épou-

vante. Et c'est pourquoi il se dissimule et ne se montre plus chez Louis, au carrefour Gaiilon, et dans les cafés du pays latin où

il avait ses habitudes. La seule satisfaclion qu'il retire de ce surcroit de besogne, est de griller des « pures » de Upmann et de Henry Clay. Le havane est son délice. Il a confessé ce péché mignon. II l'a avoué à

son nez, à son nez précieux, qui est dépositaire de ses secrètes pensées :

Et quand, pour te flatter, en flocons diaphanes Je fais monter vers toi l'encens bleu des havanes, Tu brilles au travers en pourpoint précieux. Tel doit être, vêtu de pourpre, dans les cieus, Jupiter porte-foudre et dompteur des orages. Resplendissant parmi des vagues de nuages.

Jean Richepin a réuni la collection à peu près complète des poésies de Ponchon. Il y a là-dedans une trentaine de pièces qui sont des chefs-d'œuvre d'anthologie. Richepin m'a montré de lui une scxtine qui est la plus achevée qui existe en notre langue. Et ces morceaux sont très variés. Ponchon, qui manie la satire avec rudesse et qui a mené une si vive campagne contre les persécuteurs du CowTier français, trouve des accents d'une émotion pénétrante quand il s'adresse aux humbles, à ceux qui soutirent et qui ont besoin d'être consolés. Il ne leur

tient pas de discours pompeux, ii leur parle avec bonté, et de choses familières. S'il loue les vertus du vin, il veut qu'elles profitent à tout le monde, et surtout aux pauvres gens :

Il faut que les petits, les humbles cl les gueux En barbouillent aussi leurs estomacs rugueux; Il faut qu'aux quatre coins de la terre de PVance, Ceux que courbe la tâche et que tord le souffrance. Fendant que nous prenons, nous autres, du bon temps, Puissent boire ce vin qui leur donne vingt ans, Sans le payer jamais des deux yeux de leur tête... Quand on fut à la peine on doit être à la fête.

Brave Ponehon !

... Comme je traversais, hier, après souper, les solitudes de la place du Carrousel, je distinguai un petit homme légèrement bedonnant, coiffé d'un chapeau melon à bords plats, crânement planté sur l'oreille...

C'était lui !...

Il paraissait absorbé dans de profondes méditations. De temps à autre, il levait son nez mirifique vers la voûte constellée. Je compris qu'il s'entretenait avec la Muse. Et je m'abstins de l'aborder, ne voulant pas troubler leur commerce.

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