‹ Un collaborateur de Mirabeau [E.S. Reybaz], documents inédits, précédés d'une noticeChapitre 3 sur 6 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

DE

MIRABEAU A REYBAZ

30 septembre 1789. »

Je vous assure, Monsieur, que vous feriez une œuvre de bien public profondément estimable et utile, de venir à Versailles, mais quand? Ce soir. Et quand votre aimable famille pourrat-elle vous suivre? Demain chevaux et chariot seront aux ordres de Madame Clavière; et aprèsdemain chevaux et carrosse seront aux ordres

1 Quelques-unes de ces lettres n'ont pas été datées ; d'autres ne l'ont été qu'incomplètement. Reybaz a suppléé aux lacunes en cotant soigneusement chaque pièce; et comme il a parfois ajouté à la date un sommaire, il a paru intéressant et même utile de reproduire ses cotes, en conservant néanmoins les dates clair-semées de Mirabeau.

de vos dames; mais Genève, vos amis, la France, et s'il faut pour vous plaire le minuendo, moi, nous aurions demain matin un extrême besoin de vous. J'ai donc l'honneur de vous proposer d'aller vous prendre ce soir, c'est-àdire dans une heure, pour venir à Versailles, Vous connaissez mes sentiments respectueux.

Le comte de Mirabeau.

30 septembre 1789.

4 janvier 1790. — Sur les établissements préliminaires à la réforme de la jurisprudence criminelle.

Je VOUS envoie, mon cher Monsieur, les Mémoires secrets de Duclos pour Madame Reybaz, et le Traité des délits et des peines pour vous ou plutôt pour moi. Je joins en même temps, — je joins un travail que j'ai préparé dès longtemps pour le Comité des lettres de cachet, afin que vous voyiez ce qu'il y a à y changer

pour le faire concorder avec vos idées sur la peine de mort. Je crois que ce projet de loi, ces établissements d'amélioration vous paraîtront et bons en eux-mêmes et les indispensables préliminaires d'une réformation de notre jurisprudence criminelle. Quoi qu'il en soit, j'abandonne à votre sagesse ma conduite en cette occasion très-délicate. Non-seulement la transportation ne me paraît pas arrangeable encore ici; mais est-elle juste? Jusqu'à quand

les nations se traiteront-elles en ennemies?

Je ne veux pas me livrer en ce moment; car, i^ vous n'en avez pas besoin; et 2° je n'en ai pas le temps ; mais je prendrai peut-être la liberté de vous envoyer cinq ou six pages de bavardage à cet égard; car voilà deux ou trois nuits que ce sujet me poursuit, et il faut me délivrer de ce spectre; mais ce n'est qu'à vous que je devrai de le faire tout à fait évanouir. Vale et me ama.

Mardi.

Mai il90.

Je prie Monsieur Reybaz d'agréer et mon droit de la guerre et ma motion d'aujourd'hui dont le succès lui aura fait quelque plaisir. Ma première course aura pour objet d'aller lui porter l'hommage de ma reconnaissance et de tous mes sentiments.

Vendredi.

28 mai 1790.

Sur l'espoir que m'a donné Du Roveray, ^ que M. Reybaz condescendrait à ma prière de s'occuper du céhbat des prêtres dans tous ses rapports moraux et poHtiques, et que le désir de

* Le nom de Du, Roveray a été biffé par Reybaz, et remplacé par on : « Sur l'espoir qu'on m'a donné... » — Revoir, pour les diverses ratures signalées, la supposition faite à la page 45.

concourir, par son talent et ses lumières, à l'une des plus importantes et des plus salutaires parties de la révolution, laisserait quelque place à celui de m'obliger et d'augmenter mon tribut à la chose publique, j'adresse à M. Reybaz et mes supplications et mes remerciements et un livre qui ne lui donnera pas une seule idée peut-être, mais des faits et des autorités dont cette matière a quelque besoin pour les esprits vulgaires et les consciences timorées.

Ce que je voudrais bien montrer, c'est que permettre le mariage des prêtres est d'un côté le seul moyen de les faire entrer dans la révolution et de les y attacher, et de l'autre une bonne manière de donner des officiers de morale estimables à la société. Si je parlais à un penseur moins accoutumé à la méditation de ces sortes de matières, je me permettrais d'indiquer quelques accessoires du sujet et surtout ceux relatifs à la législation matrimoniale qu'il sera bien utile de présenter du moins. Si je parlais à un homme d'un goût moins sûr, je remarquerais combien ici le tact des convenances oratoires est peut-être le premier gage du succès ; mais c'est à M. Reybaz que je m'adresse.

et je n'ai qu'une inquiétude, c'est que sa modestie excessive ne mette en souffrance et ma gratitude et ma délicatesse. Je le supplie d'agréer mes salutations cordiales et mon hommage respectueux.

Le comte de Mirabeau.

28 mai 1790.

2 juin il 90.

Du Roveray ^ me fait passer un billet de Monsieur Reybaz où il paraît découragé de ce que Robespierre ^ m'a escamoté la motion sur le mariage des prêtres. Je crois, moi, qu'il est des hommes que l'on ne vole point et que Monsieur Reybaz est un de ces hommes. Ici seulement son zèle doit redoubler, car il est évident que Robespierre ' gâtera la cause et nuira au succès, d'où il suit qu'il faut seconder ou plutôt

^ Nom biffé et remplacé par on.

relever la motion par un discours très-sage et très-intéressant ; comme aussi qu'il faut nécessairement un peu se hâter, puisque nous dépendons désormais des lunes de M. Robespierre. * J'aurais déjà été remercier Monsieur Reybaz et conférer avec lui, si mon œil gauche ne m'avait pas encore cherché une querelle assez sérieuse. Je le snpphe d'agréer encore une fois l'hommage de ma reconnaissance et de conférer ... sur le projet de décret à proposer, car il est trop probable que celui de mon escamoteur ne sera pas propre à faire fortune.

2 juin 1790.

Dimanche matin, 15 août 1790.

Le Comité pour la vente des biens ecclésiastiques a décidé hier, mon cher Monsieur, qu'il

' Remplacé par autrui.

^ Mots biffés. Il y avait probablement « avec Du Roveray. »

présenterait jeudi à l'Assemblée le plan de l'évèque d'Autun, du moins en ce qui concerne la proposition de recevoir pour paiement des biens nationaux tous les titres de la dette publique, réduite pourtant à un intérêt uniforme, ajournant d'ailleurs ce qui regarde les rentes viagères. Vous voyez que c'est jeudi qu'il me faudrait parler ou tout au moins demander la parole pour le lendemain. Je sens aussi bien que vous-même combien cela est ridiculement pressé; mais il est si clair que, même avec la modification qui restreint l'agiotage, ce n'est encore là qu'un plan de la rue Vivienne, qui va concentrer ces dépouilles opimes dans les mains de quelques capitalistes, et prodigieusement mécontenter les provinces, cela est si clair, dis-je, que c'est en cette occasion qu'il faut soutenir la bannière. Je prends donc la liberté de vous donner cet avis et de me recommander à votre zèle. Vous voyez au reste que voilà notre mise en scène déterminée. Vous connaissez mon dévouement.

15 août.

Dimanche soir, 15 août i790.

Je VOUS fais passer, mon cher Monsieur, l'apologie du plan de l'évêque d'Autun que M. de Gondorcet m'adresse en ce moment, ensuite d'une conversation un peu chaude que j'eus hier au soir avec lui. Vous y trouverez nettement expliquée la mauvaise ou du moins inefficace modification dont s'est avisé le Comité pour la vente des biens ecclésiastiques, et le parti qu'ils prétendent en tirer pour défendre leur proposition. Je n'ai pas, en ce moment, un seul scribe auprès de moi , pour en tirer copie

au profit de ^ dont pourtant il nous faut

connaître les réponses. J'enverrai demain matin prendre la lettre, ne fût-ce que pour la copier afin qu'il vous en dise ce qu'il en pensera. Au reste, je pense comme Monsieur Reybaz qu'il a trop peu de temps ; mais qu'il faut en ceci que le talent l'emporte sur le goût, et l'amour du bien sur l'amour-propre littéraire. Je supplie

1 Nom biffé, remplacé par le mot celui.

Monsieur Reybaz d'agréer l'hommage de mon bien sincère dévouement.

15 août.

Vendredi, 20 août 1790.

20 août.

J'envoie chercher mon trésor, et je crois que ce n'est pas encore aujourd'hui que j'en doterai l'Assemblée; car les très-mauvaises nouvelles que nous avons reçues des provinces nous occuperont la plus grande partie de la matinée. D'ailleurs, les Comités reculent un peu depuis qu'ils savent que je soutiendrai contre eux la barrière. Nous voilà au terme, cependant, et il faut bien qu'ils s'expliquent. Je vous prie, mon cher Monsieur, si vous venez, de demander moi ou Monsieur Frochot ; mais la séance ne sera probablement qu'orageuse. Je vous recommande

bien ardemment de rendre ce fils cadet de *

digne de son aîné et de vous occuper à faire

' Mot illisible.

par le divorce de bons mariages autant que vous avez préparé de nouveaux mariés. — Vale et me ama.

Au reste, si les Comités reculent, avec deux modifications très-faciles, je puis faire de ce discours une motion principale, ou plutôt directe.

24 août il 90. — Il veut attendre poui' faire son discours sur les assignats que M. de Montesquiou fasse son rapport sur les finances.

Votre avis me confirme puissamment dans le mien, mon cher Monsieur; et je me sais bon gré d'avoir attendu un rapport de comité pour prononcer le discours. Je dis un rapport de comité parce que celui du Comité des finances qui donne l'état de la dette et ne conclut à rien, m'est une aussi bonne occasion, et même une meilleure, que celle du Comité d'aliénation qui paraît reculer depuis que l'on se doute que je combattrai le plan de Tévêque d'Autun. J'es-

père que demain, M. de Montesquieu parlera, et, qui plus est, que nous emporterons notre mesure. Au reste , l'affaire Frondeville hier, et l'affîaire Burmont aujourd'hui m'auraient rendu impossible de parler finances quand je l'aurais voulu.

Me permettrez-vous maintenant, tout riche, mais non rassasié ni près de l'être, de vos bienfaits, me permettrez-vous de vous recommander de raccorder le mariage des prêtres, que je compte très-incessamment pousser? Après quoi vous passerez au divorce où il importe bien que vous soyez digne de vous et dans toute votre stature de moraliste et d'écrivain. Ce qui n'empêche pas (c'est la soif de l'hydropique) que je n'aperçoive dans l'horizon la grande question de la réélection et même l'espoir de vous engager à un travail sur l'éducation publique... Mais je parle trop et je crains de vous faire peur de mon ambition vorace. Agréez l'hommage de mon dévouement, et mettez mon respect aux pieds de Madame Reybaz.

24 août 1790.

^1 août 1190. — Avis que c'est pour ce jour-là que M. de Montesquiou fait son rapport et que M. de Mirabeau doit faire son discours.

Je n'ai su que très-tard, hier au soir, que Monsieur de Montesquiou ferait son rapport aujourd'hui. Je me hâte d'en prévenir Monsieur Reybaz. S'il le veut , je Tirai prendre ; s'il lui convient mieux de se rendre de son côté, à onze heures, je le chercherai sur la terrasse des Feuillants et le placerai dans la loge du Moniteur.

Demain matin, si je ne le dérange pas, j'irai causer avec lui sur le mariage des prêtres. Je ne sais pourquoi' il m'attend pour les corrections ou retranchements; car il a certainement la dictature. Je ne me rappelle que l'idée de la chasteté comme perfection qui revient dans la seconde partie , mais absolument sous d'autres formes. Enfin nous verrons. Je prie Monsieur Reybaz d'agréer mon hommage.

27 août.

27 août i790. — Après le discours sur les assignats.

Je VOUS envoie tous les compliments que m'a valu l'excellent discours dont vous m'avez doté. Ne soyez pas fâché des deux ou trois mots que j'y ai dissimulés ; ils resteront dans l'impression; mais j'ai craint que l'Assemblée fût quelquefois, ou plutôt ne se crût un peu trop gourmandée. Ainsi j'ai ôté (seulement pour la prononciation) le mot BIEN, etc. Maintenant je vous assure : 1« que le succès a été énorme ; 2» que cela passera. Je vous demande la permission d'aller corriger les épreuves avec vous. Je vous demande aussi d'exercer sur-le-champ la dictature la plus absolue sur le discours, où vous voulez bien donner droit de cité au petit nombre de pages que j'y ai ajoutées. — Vale et me ama.

27 août 1790.

Au reste, je me suis aperçu que l'écriture

toute charmante qu'elle soit, ^ est un peu petite à la tribune. Mes respects aux pieds du secrétaire.

NB. — Suivez avec un grand soin les Moniteurs afin de nous tenir prêts à une réplique.

58 août 1790. — Avis sur la marche de la discussion à l'Assemblée nationale relativement à la matière des assignats. Dernière main à mettre au discours sur le mariage des prêtres.

Il a été arrêté hier aux Jacobins que pom^ l'instruction publique on laisserait parler aujourâJhui les aristocrates et que l'on ajournerait la question à huit jours. Je sais d'un autre côté que l'évèque d'Autun qui se prépare, mais lentement, à répondre, voudrait aussi n'avoir la parole que vendredi prochain. Nous aurons donc tout le temps et d'épousseter le mémoire du ministre et d'aiguiser une réponse contre les

^ C'était très-probablement celle de M^ieReybaz.

objections qui vont nous pleuvoir. Je crois notre succès certain, mon cher Monsieur, pourvu que ni votre talent, ni ma vigilance, ni l'activité de Clavière ne s'endorment. Ce qui importe encore, c'est de combattre le système métis des assignats réunis aux quittances de finance; car cette ignorante assemblée incline toujours aux demi-partis, et c'est de cette tendance surtout que nous avons à nous défendre. Comme la réplique ne sera que la réfutation des objections et qu'elles peuvent aisément être disposées par masse d'avance, j'espère que vous vous préparerez un peu, avant même d'être convenu d'un plan méthodique de réponse.

Puis-je espérer que vous exercerez aujourd'hui votre dictature sur le mariage des prêtres ? Nous espérons que Emmeri sera président demain; alors nous serons, le jour que nous voudrons, à l'ordre du jour, et il faut lire en petit comité avant. Au reste, à moins de contreordre de votre part, notre conférence de demain matin tient toujours. Agréez mon sincère hommage.

28 août.

30 août iT90, soir. — Sur le mémoire de Necker contre les assignats; la nécessité d'une réplique — et contre l'évèque d'Autun.

Voilà votre seconde épreuve, mon cher Monsieur, et demain matin mon messager viendra la reprendre, car il importe que ce discours paraisse. On fait tout ce que l'on peut pour faire rétrograder l'effet qu'il avait produit. Clavière a dû vous remettre de ma part le Mémoire de Necker qu'il importe de couler bas comme il ne le fut jamais (que vous entendiez ceci du Mémoire ou de l'homme, l'amphibologie n'est pas dangereuse). Il me semble qu'à présent vous avez les éléments de la réplique, en sorte que je vous prie de réfléchir s'il n'est pas bon de commencer à l'organiser, sauf à intercaler une réponse ex professa à l'évèque d'Autun lorsqu'il aura parlé. On m'a dit qu'un jeune Anglais avait parlé hier sur cela à 89 d'une manière trèsingénieuse. Enfin, je recommande la chose, vous, moi, nous tous, à votre zèle et à votre amitié. — Vale et me ama.

31 août 1790. — Envoi des notes sur le discours de Rœderer et celui de Huskisson fait au club de 89 contre les assignats.

Je vous envoie, mon cher Monsieur, le discours de ce Mr Huskisson qui a eu à 1789 un si grand succès. Voici encore des notes prises par un de mes amis sur ce qu'a dit hier Rœderer ; et je vous fais passer ce chiffon, parce qu'il a lui-même griffonné en marge sa pensée. Faites du tout le bon usage que vous savez. Je ne cesserai pas de vous tenir au courant.

Vale et me ama.

Mardi, 3i aoi'it il 90. — Sur la réplique à M. sur Garât et Suard.

Toute réflexion faite, mon cher Monsieur, vous avez raison, et je reculerai la motion du mariage des prêtres.

Certainement s'il est un homme au monde qui sache alHer la sévérité des principes et du polémique à celle de la décence et du goût, cet homme est vous, et loin de vous demander d'en sortir, je vous prierais d'y rester religieusement, si cette prière n'était pas purement oiseuse ou même ingrate.

Garât est un membre d'académie né ; louangeur avant tout, par-dessus tout et malgré luimême. Suard n'a un peu coloré sa réputation d'espion de police qu'en se vouant à l'idolâtrie neckrienne ; voilà le mot de l'énigme du Journal de Paris. Mais certes, il faudra bien qu'ils en parlent ! Surtout si votre réphque, que je garderai pour fermer la discussion, est, pour tout dire en un mot, digne de vous. — Vale et me atna.

31 août.

4 septembre 1190. — Envoi de l'ouvi'age de M. Gouget en faveur des assignats.

J'espère, mon cher Monsieur, que vous êtes au courant des nouvelles objections dont le

MonUcnr est le meilleur répertoire. Mais j'ai cru qu'il était bon que vous connussiez le discours d'un certain M»' Gouget-Des Landres en laveur des assignats, où j'ai cru trouver quelques points de vue nouveaux. Au reste , ce sont plutôt les objections terre à terre qui frappent l'Assemblée nationale que des idées fines et neuves. Ce dont on est généralement le plus frappé, c'est de la crainte de la hausse de toutes les valeurs et des parallèles triviaux entre le système de Laws et notre théorie.

Vous savez que M. Necker a cru que le meilleur plan de finance qu'il pût trouver dans la quinzaine, c'était sa démission et qu'il l'a donnée ce matin. Raison de plus pour ne pas lui laisser l'honneur de l'argumentation. Au reste, c'est d'aujourd'hui vendredi en huit, qu'il faut que je réplique. Je me recommande à votre zèle et à votre amitié.

Ci-joint quatre nouveaux exemplaires du discours, et je vous répète que j'en ai à vos ordres le nombre que vous pourrez désirer. Vous connaissez mon dévouement.

5 septembre 1790. — Sur ce qui doit entrer dans l;i réplique sur les assignats.

Je ne vous écrivis pas hier, mon cher Monsieur, le résultat que vous me demandiez, parce que Clavière ' allait vous voir et était chaigé de ma réponse verbale. Il vous aura dit que la lettre de M. N. fut lue dans l'Assemblée avant qu'il y eût du monde, que l'on y proposa immédiatement de faire un bureau de trésorerie qui fût dirigé par des membres de l'Assemblée, et que l'on chargea le Comité des finances de donner un plan à ce sujet.

L'Assemblée hésite évidemment sur les assignats, et d'autant qu'on la harcèle de pétitions isolées des provinces, qui au reste ne prouvent rien du tout. Trois choses sont capitales dans la réplique :

Insister sur la nécessité de diminuer la masse des intérêts pour pouvoir se passer d'une fjrande masse d'impôts, et montrer que les assignats sont le seul moyen;

1 Nom biffé, remplacé par celui qui.

Rassurer sur la hausse de toutes les valeurs, et nommément de la main-d'œuvre dont on nous menace;

Enfin, battre en ruine les quittances de finance, seule mesure que l'on propose à la place, si vous y joignez les émissions partielles qui altèrent le gage sans alléger les intérêts.

Je vous envoie le discours de Mi' de Casaux contre les assignats. Vous déciderez s'il n'est pas bon d'annoncer que nous résumerons les objections faites au dehors comme au dedans de l'Assemblée. Au reste, on attend cette réplique comme le Messie. Je vous enverrai les discours de Landine et La Blache quand ils seront imprimés; mais c'est mercredi ou jeudi, ce me semble, qu'il nous faudra voir ensemble votre travail, parce que je parlerai au plus tard samedi, et c'est un inconvénient sans doute que l'abbé Maury et l'évêque d'Autun parleront trop près de cette époque, pour que nous puissions leur répondre ex professa. Sur le tout, ma confiance est en vos lumières et votre dextérité. Vale et me ama.

5 septembre 1790.

Trouvez moyen, je vous prie, de placer une noble réponse au reproche que l'on me fait d'avoir varié dans mes principes sur le papiermonnaie et de le soutenir après l'avoir plus vigoureusement attaqué qu'aucun autre.

6 septembre i790. — Envoi du discours de M. de Casaux contre les assignats.

Voici ce que mon sot étourdi de secrétaire a oublié ce matin. Le discours de M. de Casaux se trouve page 9 de ce journal. Je ne puis que vous répéter que les quittances de finance prennent une grande faveur sur cette imbécile et indécise Assemblée; ainsi c'est surtout elles qu'il faut battre en brèche. ' — Vale et me ama.

Lundi.

1 Reybaz a écrit au bas de cette lettre les mots : « Ceci n'est pas vrai. »

6" [8] septembre i790. — Envoi du projet d'Anson. — Avis pour le laver de la contradiction dont on l'accuse.

Je vous adresse, mon cher Monsieur, le projet de M. Anson avec les notes de Clavière. Il sort d'ici, et il vient de me rappeler, après plusieurs autres amis, l'importance qu'il y avait pour moi à commencer ma réplique par repousser l'accusation de plaider pour le papiermonnaie après avoir plus fortement qu'un autre écrit contre le papier- monnaie. Je n'ai que faire de vous dire tout ce qui rend absurde ce reproche; mais ce qui est très-remarquable, c'est que dans la séance à Versailles, où je dis le mot qu'on a rendu assez fameux : C'est un emprunt... Oui, c'est un emprunt le sabre à la main, je distinguai (alors même) le papier-monnaie d'un papier hypothécaire, ou billet d'Etat, auquel il fallait bien, en certains cas calamiteux, que la société se résignât. Je soumets comme de raison et le plan et la mesure du morceau à vos lumières et à votre bonté, mais il est fort essentiel, car cette diable d'Assemblée

est trop heureuse quand elle peut nous soupçonner d'une contradiction. — Y aie et me ama.

Mercredi.

Au reste, Glavière pense comme moi que M. De Bois-Landri a été jusqu'ici le plus redoutable, c'est-à-dire le moins déraisonnant adversaire des assignats.

Septeynhre ildO.

Le Comité diplomatique convoqué extraordinairement, mon cher Monsieur, ne me permet pas d'aller chez vous ce soir et j'en enrage. Veuillez m'envoyer vos additions et corrections si je puis les intercaler sans vous; sinon je vous demande la permission d'être chez vous demain à neuf heures du matin pour faire cette opération; dans tous les cas , je vous demande votre soirée de demain. Au reste , nous avons de cruelles nouvelles.... mais nous causerons.

Vale et me ama.

8 septembre 1790. — Envoi de brochures de Lavoisier et Condorcet.

Ci-joint , mon cher Monsieur, un écrit de M. de Lavoisier et un autre écrit. Je n'ai pas encore celui de M. de Condorcet qui cependant me l'a annoncé dès hier. Pour comble de bonheur, l'évêque d'Autun parle vendredi. Je ne sais comment vous réintercalerez ce qui aura besoin d'être touché. A demain pourtant.

Vale et me ama.

Mercredi.

iO septembre il 90. — Remise de la discussion sur les assignats au 17.

L'affaire ne sera pas jugée avant le 17. Cependant je vous demande le plus tôt possible une bonne copie afin que j'apprenne bien la chose. Puis-je l'envoyer chercher ce soir ou demain matin? J'ai beaucoup rétabli les bonnes

dispositions de l'Assemblée ce matin. Cependant c'est surtout sur la hausse du prix des denrées qu'il faut l'édifier.

Agréez mes salutations très-cordiales.

iS septembre il90. — Heure demandée pour conférer sur des choses relatives au... discours sur les assignats.

J'ai été tellement harcelé depuis trois jours, mon cher Monsieur, que je n'ai pu retourner chez vous, et que demain encore, sauf l'aprèsmidi, si vous pouvez me le donner, cela me sera impossible. Vous le comprendrez aisément en pensant que mercredi l'affaire du Châtelet sera rapportée. Me voici donc solhcitant de vous votre après-midi, ou plutôt votre soirée, pour ne pas déranger vos habitudes ; encore si l'affaire des gens de lettres venait, serais-je obligé d'y parler. Il est nécessaire que nous causions, et sur le discours et sur la tactique de l'Assemblée que l'on cherche à ébranler par toutes voies, et sur le décret à propos duquel

j'ai quelques doutes à vous offrir. Youlez-vous bien m'indiquer votre heure, pardonner à mon importunité, me continuer votre aimable et philosophique bienveillance et agréer l'hommage de tous mes sentmients.

13 septembre 1790.

Milieu de septembre il 90.

Je vous envoie, mon très-cher Monsieur, une très-bonne explication sur les clameurs des commerçants qui m'a été donnée par un député d'une grande ville manufacturière du Languedoc ; et en effet, c'est une chose très-remarquable que toutes les pétitions pour les assignats nous viennent des manufactures en faveur desquelles, soi-disant, on pousse de si grands cris contre les assignats. Voyez si vous voulez intercaler ces raisons à la suite du morceau qui précède le paragraphe 63, morceau que vous vouliez retrancher ce matin ce fait parler l'aveugle intérêt et soufflé son rôle à l'ignorance, » mor-

ceau d'autant plus nécessaire à conserver que j'ai eu ce matin un débat très-piquant, et qui aura fort réussi, contre le rapporteur du Comité de commerce qui nous a très-stupidement lu une très-longue liste de villes prétendues réclamantes, dont nous avons autant de pétitions en faveur des assignats.

Une idée qui m'est venue et qui ferait extrêmement d'effet, c'est un parallèle du genre de vie d'agioteur et d'agriculteur, et cela vient comme de cire à propos des quittances de finances. Mais ce qu'il faut absolument, et ce que le débat de ce matin a nécessité, c'est un alinéa obligeant pour Paris, pour Paris ce grand foyer de sentiments patriotiques, cette armée de la révolution qui désire si ardemment les assignats, parce que la raison et l'instinct lui disent également que c'est une mesure qui consommera la révolution. Je l'ai indiqué aujourd'hui : il faut le développer demain ; car voyez-vous, mon très-cher, la métaphysique mène bien les idées, mais non pas tant les choses. C'est un mot de vous, et j'ai fort senti aujourd'hui le besoin d'électriser l'Assemblée.

Pardon, pardon, je vous écris de l'Assemblée;

je ne sais pas trop quoi me mène; je sens que vous devez être las et blasé; mais moi qui suis sur le trépied , je sens combien cela est nécessaire. Eh ! qui pourrait aussi bien que vousmême raccorder quelque intercalation dans votre superbe ouvrage? — Vale et me ama.

Un mot de réponse, je vous en prie.

Vendredi.

16 septembre il 90. — Envoi du mémoire de Clavière contre M. Necker.

Voici le dernier écrit de Clavière où il y a vraiment de l'esprit et du talent. Avec tout cela, cette cause était perdue sans vous. Si vous trouvez moyen, mon cher Monsieur, de faire ressortir en finissant, à la suite même des aveux peut-être, cette singularité que tous les adversaires des assignats en veulent tous qui plus, qui moins, mais tous. Gela prendra fort l'As-

semblée. Puis-je passer ce soir chez vous sans importunité? — Vale et me ama.

Jeudi.

i7 septembt^e 1790. — Envoi de l'argument de Cloots sur les assignats.

Voilà, mon cher Monsiem^ l'opinion de la Chambre du commerce de Lyon. Je vous supplie de faire les additions convenues à la péroraison aujourd'hui ou demain si Apollon vous rit; car il me semble que nous pourrions bien être forcés de parler samedi. — Vale et me ama.

Je joins ici un argument très-bon quoiqu'on style vandalico-oriental que Clootz (à la tête du genre humain) a fait aux Jacobins.

Vendredi.

3i septembre 1790.

Je VOUS envoie, mon cher Monsieur, une réponse directe et personnelle qui vient de m'être adressée. Je ne dis pas qu'elle demande une réponse, car je ne la connais pas; mais je crois qu'elle doit être mise sous vos yeux et la voilà.

Demain matin je serai avant huit heures chez vous. — Vale et me ama.

21 septembre.

ier octobre il90.

Je me range à votre sage observation : j'envoie chercher votre paragraphe. Je désire que votre imagination rie au parallèle de l'agriculteur et de l'agioteur dont vous ne me parlez pas. Quoi qu'il en soit, mon carrosse sera chez vous demain à 9 heures. — Vale et me ama.

Vendredi.

5 octobre 1790. — Proposition pour m'occuper de l'éducation publique.

Je vous envoie, mon cher Monsieur, la procédure, le lihellns famosiis qui a inspiré quelque curiosité à Madame Reybaz. Malgré toute sa douceur, elle y trouvera de quoi s'indigner.

Vous m'avez donné hier, en deux ou trois esquisses de conversation, deux ou trois conjinotions de regret et de désir qui ne m'ont point laissé de repos, et il faut que je vous en reparle, au risque d'être indiscret. Vous m'avez permis de croire que vous aviez quelque bienveillance pour moi, et vous m'avez prouvé que votre philosophie n'était point inaccessible à l'enthousiasme du bien qu'un grand talent peut faire dans des circonstances qui ne se retrouveront plus. Comment, avouant que vous avez été appelé, dès l'aurore de votre raison, à réfléchir sur l'éducation particulière et publique, sur les meilleurs procédés que la législation pourrait employer pour changer l'esprit, la morale, les rites même d'une grande nation , vous refusez-

VOUS à traiter un sujet si important et si neuf? Si vous étiez sensible à la gloire, je vous dirais que c'est une des plus belles couronnes qu'il reste à la philosophie à décerner, que le mérite d'avoir enrichi l'esprit humain d'un tel ouvrage, et que j'aurais assez pour moi de la gloire d'avoir promulgué et défendu la loi qui en serait l'application et le résultat.

Mais je sais trop bien que vous n'êtes pas tourmenté de votre talent autant qu'on l'est ordinairement avec autant de feu élémentaire que la nature en a versé chez vous, et l'habitude du recueillement et de la méditation qui condamne au besoin d'écrire presque autant qu'à celui de. penser. Quelle fibre tàcherai-je donc de faire résonner chez vous? Que vous dirai-je que vous ne sachiez mieux que moi sur l'importance de ce travail, complément de tous nos autres travaux, ancre de la révolution, si je puis parler ainsi, et, après la liberté de la presse, le seul palladium de la liberté publique? Que vous dirai-je que vous ne sachiez mieux que moi sur l'incommensurable avantage, et tout à fait nouveau dans l'histoire des hommes, d'une éducation nationale formée d'après la conception

d'une seule tête et non d'après le choc des hasards et à la lente, mais monstrueuse et inextirpable accumulation de tous les préjugés de la fausse science, mille fois plus funeste que l'ignorance? Et quant à ce que vous m'avez déjà dit, que l'on ne parviendrait pas à exécuter un plan d'éducation nationale tout d'un jet, je ne puis pas convenir qu'il ne fût praticable du moins d'assurer des bases dont l'esprit des nouvelles institutions ne s'écarterait plus, et sur lesquelles la perfectibihté humaine rencontrerait les plus beaux développements... Allons, mon cher Monsieur, laissez-vous séduire par l'espoir d'un si grand bienfait. Laissez-vous amorcer par le charme de vos propres idées. Vous savez bien que la France ne peut devoir un code d'éducation nationale qu'à un penseur inoccupé aux affaires publiques.

Le recueillement et la méditation nous sont entièrement ravis; il nous est devenu presque impossible d'organiser un grand travail, lors même que nous en aurions des matériaux préparés. Jugez si nous pouvons nous flatter de saisir les idées mêmes d'un sujet si profond, si vaste, dont on n'a encore observé attentivement

pas même les superficies. Venez à notre aide ; faites-le pour moi ; faites-le pour la révolution ; faites-le pour la grande famille dont vous êtes un des membres les plus éclairés, et je ne connais rien que vous n'ayez droit de me demander en échange, rien que je ne tienne à faveur de m'entendre demander, rien que je ne tente indépendamment de mon tribut personne] pour que ce service soit aussi utile à vous et aux vôtres qu'il doit l'être à la régénération de la France et de l'Europe. — Vale et me iima.

5 octobre 1790.

Vendredi 8 octobre i790.

La séance d'hier a été de onze heures; avanthier je n'avais pas les détails que vous désiriez, ni le livre que vous m'aviez demandé pour Madame Reybaz. Voilà ce livre.

La nouvelle de Fribourg est fausse.

Je cours à l'Assemblée parler des détails de petite monnaie, etc.

Je vous honore et vous aime de toute mon âme. Pensez à moi et prenez en bonne part ma précipitation.

22 octobre 1790. — Sur sa maladie et la proposition faite, en son absence de l'Assemblée, par Lavenue d'imposer les rentes.

Vous avez su, mon cher Monsieur, ou vous n'avez pas su que j'ai été mort ou mourant depuis que je n'ai eu le plaisir de vous voir. Je ne sais comment le diable a perdu cette partie, car elle était belle. Enfin, vendredi passé, on croyait que je ne passerais pas samedi, et hier, pour faire hommage à MM. les noirs de ma convalescence, j'ai fait le madrigal que vous aurez vu ce matin dans le Moniteur. C'est ne pas perdre son temps. Aussi ce matin étais~je très-désappointé, comme on dit dans cette fière Albion, et je n'ai pu remuer ; et voici ce qu'en mon absence on a fait ce matin à l'Assemblée nationale :

On a renvoyé au Comité d'imposition un

PROJET d'imposition SUR LES RENTES POUR EN ÊTRE RENDU COMPTE INCESSAMMENT.

C'est à ce degré de turpitude qu'en est l'Assemblée lorsqu'on ne la soutient pas constamment par les lisières, ou plutôt (car il ne faut pas oublier que c'est toujours ma verve qui lui a arraché contre son gré des déclarations favorables à la foi publique) c'est à point que couve dans son sein la soif de l'infâme banqueroute! J'aimerais mieux avoir tous les jours un accès de colique épathique que de laisser passer une telle infamie ! Mais c'est à vous que j'ai recours pour détruire de fond en comble l'infâme système que l'on tâche ainsi de rajeunir, et pour m'aider à repousser de l'Assemblée une souillure dont rougirait l'abbé Terray si l'enfer le restituait aux finances. Vous savez cette matière à fond... Votre probité, votre intérêt, votre philanthropie, votre morale publique et privée doivent avoir également horreur de cette idée. Je vous conjure de suppléer à mon temps, à ma santé, à ma faiblesse, et de me mettre le plutôt possible en l'état :

io Théorie de la question; examen des con-

-séditions de l'emprunt, des lois du crédit et de la foi publique.

S*^ Illusion de cette inique mesure qui, au fond, ne grève que les emprunteurs.

30 Quelle indignité à l'Assemblée de se démentir!... En un mot, mon cher Monsieur, je vous demande un discours ex 'professa où la raison ait toutes ses armes, et le mouvement toute son impulsion. Dites, dites, puis-je y compter?

Vous trouverez dans les Opinions d'un créancier de l'Etat et dans le Courrier de Provence d'assez bonnes choses sur cela; mais fouillez surtout dans votre tête et dans votre âme.

Je vous envoie la feuille où vous trouverez en substance ce que cet infâme Lavenue (page 4) a dit à cet égard. Protégez la fortune pubhque,

^ fortune particuhère, et mon devoir et ma

réputation en cette occasion. — Vale et me ama.

22 octobre.

Présentez mon respect à Madame Reybaz qui aurait eu grande pitié de moi, si elle eût su ce que je souffrais.

1 Mot biffé, remplacé par la.

93 octobre il 90. — Sur la proposition de Lavenue d'imposer les rentes : nouvelles instances pour m'en occuper.

J'envoyai chercher hier , immédiatement après l'étrange nouvelle, ... ' qui me confirma dans mon idée de la haute importance qu'il y avait à paraître dans une telle occasion armé de toute pièce, de manière à dégoûter à jamais d'une telle turpitude ; et vous imaginez bien que ses yeux, pas plus que les miens, ne purent tomber sur un autre talent que le vôtre. ... - est plein d'idées, mais n'est ni écrivain (quoique né avec de l'imagination de style), ni organiseur méthodique d'un travail. Or il faut ici méthode, mouvement et style. D'ailleurs, ... ^ m'a dit que c'était une des idées que vous aviez le mieux méditée et élaborée, vous qui ne laissez entrer rien que de net et de précis dans votre lucide cerveau.

Au nom de vous-même et de nous, ne recu-

' Nom biffé, remplacé par xin homme. Il s'agit probablement de Claviers.

^ Nom remplacé par il.

lez donc ni je ne sais par quelle modestie qui est vraiment chez vous un peu maniaque, ni par paresse philosophique qui est beaucoup plus raisonnable, mais qui en cette occurrence serait vraiment fatale.

J'approuve très-fort votre idée du procès-. verbal, et je quitte mes eaux de Barège pour y courir. Mais aussi , comme je ne puis m'empêcher de demander jour pour approfondir la matière, cette mesure nous force à ne pas perdre un instant pour nous mettre en état. Sacrifiez donc deux belles matinées à cela, mon très-cher philosophe, et aimez-moi comme je vous aime, soit malade, soit en santé. — Vale et me ama.

23 octobre.

23 octobre il 90.

Ne VOUS y trompez pas, mon cher Monsieur, mon énoncé était parfaitement exact. Je vous envoie la rédaction du procès-verbal, et le

changement qu'y a proposé Prieur sur mes observations qui sont la base d'une lettre au Mo7titeur, très-hâtée, mais très-énergique, que je fais vite et très-vite imprimer. Nous voilà donc à huitaine, et je ne puis pas vous cacher que l'Assemblée a paru très-mal disposée ce matin. L'ignorance et la prévention y sont au plus haut degré. Mais c'est un argument puissant que ce qu'ils ont déjà fait. Je tâcherai de savoir ce que Rœderer, qui est le membre du Comité de l'imposition dont il est parlé, veut proposer sur cette matière. Mais j'invoque votre âme et votre génie. Songez qu'une fois déjà j'ai tonné sur ce sujet et que même cette séance sera à jamais mémorable. — Vale et me ama.

23 octobre.

S5 octobre il90.

Voici, mon cher Monsieur, une copie exacte de la réponse Rœderer. Je vais lui écrire pour

avoir une copie du mémoire Necker dont il parle. Mais je vous le répète, l'Assemblée est mal disposée et a besoin d'être professée à fond à cet égard. Je vous supplie de traiter toutes les questions que se propose Rœderer, même en attendant son ultimatum. Quel jour voulezvous que nous nous voyions ? — Vale et me ama.

Lundi.

26 octobre il90.

Cela est juste et je récris le 3e article du décret ' comme vous me l'indiquez. Je ne crois pas que l'affaire vienne avant jeudi et d'ici là je pourrais bien vous adresser le discours de Lavenue, que l'on dit fait avec art, pour lui distribuer cinq ou six coups de sabre qui le dépècent. — Vale et me ama.

Mardi.

1 Du décret est effacé.

98 octobre il 90.

Je ne vous renvoie pas le discours; car je l'ai laissé à Rœderer que j'ai voulu tout à fait convertir, qui est en campagne aujourd'hui et qui ne rapporte pas demain. Quand je dis convertir, c'est que je désire que le Comité propose (et s'il ne le fait pas, je le ferai moi) un article constitutionnel (veuillez préparer la chose ^ en ce sens) qui nous délivre pour jamais d'une telle inquiétude. Mais je vous envoie : \^ Tous les édits d'emprunt qu'il vous faut avoir l'ennui d'examiner afin d'être parfaitement exacts et inattaquables. (Veuillez mettre en note ce qui ne pourrait pas entrer dans le discours.) — '2o Le discours de Necker à l'ouverture des Etats généraux. Il me semble qu'il serait adroit à moi de citer les deux pages assez belles qu'il a écrites sur la banqueroute. — 3° Le mémoire de Necker dont parlait Rœderer et qui est imprimé. Faites la bonne œuvre, mon très-cher Monsieur, de revoir votre minute d'après tout cela et même de

1 Mirabeau avait d'abord écrit un décret.

prévoir une autre objection qui est celle des bonnes gens : // faut tout payer; point de retenue; point d'imposition sur les rentes. Mais une fois tout payé, imposer les rentiers comme les autres, suivant leurs facultés, etc., etc., etc.

(c Je vous invite non à vous divorcer (vous » seriez trop à plaindre), mais à épancher votre raison forte et sensible sur le divorce dont on est résolu à s'occuper le mois prochain. — Vale et me ama.

29 octobre il 90.

Je vous dirai, mon cher Monsieur, que nos forts sont très-bien, et me soutiendront fortement pour faire passer des articles constitutionnels qui non-seulement nous mettent à l'abri de tels brigandages, mais qui statuent que la

^ Bas de la page tranclié aux ciseaux. La ligne qui suit « entre guillemets » a été écrite par Eeybaz pour donner le sens de la phrase dont la fin se trouve au verso du feuillet rogné.

somme nécessaire aux intérêts de la dette sera votée à jamais, indépendamment de ia législature, et aussi qui déterminent que les rentes ne pourront plus n'être pas à jour. Je crois qu'un si honorable décret est nécessaire de tous points, ^ et qu'il sera l'âme d'un très-grand crédit. Mais si vous pensez comme moi, vous trouverez qu'il faut ajouter à la fin un morceau qui montre la nécessité d'un tel décret pour dissiper à jamais les alarmes que la coupable proposition de M. Lavenue a réveillées, et préserver la nation soit d'une lubie qui la déshonore, soit d'une possibilité qui altère son crédit. — Yale et me ama.

Permettez-vous que je sois demain matin à 9 heures chez vous?

30 octobre 1190.

J'ai cru que bien que devant être chez vous à neuf heures et demie, je ne ferais pas mal de vous envoyer d'avance le discours et la lettre dont Rœderer l'a accompagné. 11 a tort selon moi relativement aux rentes genevoises. Ce côté

sera trop certainement attaqué pour qu'il n'y eût pas de la maladresse à l'éluder. Quant à l'autre objection, il y a bien quelque moyen de la sauver et je la recommande à votre bon esprit. Sur le tout nos articles constitutionnels passeront, après combat, mais ils passeront; et c'est une bonne et grande chose. En soi, et pour ma conduite particulière, il importe infiniment que Paris m'ait cette obligation. Bonjour, mon cher Monsieur, à 9 heures /^.

Samedi.

4 novembre 1790.

Vous êtes trop sage et trop méthodique pour l'Assemblée qui n'y regardera pas de si près. D'ailleurs j'aurais improvisé sur cahier les réponses à Lavenue si j'eusse parlé après lui; mais il vaut mieux parler avant. Le fait du 7 octobre est faux. Je parlai contre Ja réduction et voilà tout, parce que le mot facultés est du vague le plus commode pour la tyrannie et l'arbi-

traire qui y conduit toujours. Je vais faire demander le procès-verbal du 27 août. Demain, je serai à 10 heures du matin chez vous. — Vale et me ama.

Ci-joint l'écrit sur le divorce dont la. saison arrive.

5 novembre 1190.

Il est impossible que j'aille chez vous, mon cher Monsieur; les affaires nous écrasent et les commissaires des Jacobins, qui pour mes péchés m'ont chargé de faire je ne sais quelle adresse, m'étranglent le peu de moments que j'ai ce matin avant l'Assemblée. Cependant je crois que notre affaire peut y venir, et il m'importe d'avoir voire travail. Veuillez donc me le faire passer. — Vale et me ama.

5 novembre.

Demain j'aurai le plaisir de vous voir.

i4 novembre 1790. — Entrevue pour le décret sur les rentes viagères. Sur l'opinion et le caractère de Rœderer.

Pouvez-vous, mon cher Monsieur, me recevoir ce matin? J'ai remis chaque jour à vous répondre, parce que chaque jour je comptais vous voir, et chaque jour j'en ai été impérieusement empêché. Enfin aujourd'hui, quoi qu'il arrive, je suis décidé à causer avec vous, et d'autant que la bonne foi de Rœdereren cette affaire ne m'est pas du tout démontrée, et comme de sa nature il est obscur et subtil, il nous déserterait et se tirerait encore d'affaire si le Comité changeait d'avis; et il est bien assez bête pour cela. Au reste, je tiens en réserve sur ce sujet deux ou trois parleurs, et je crois toujours que nous triompherons. Quant au S^ article, nous l'arrangerons ce matin ensemble, si nous nous voyons. Autrement, je tâcherai d'être chez vous avant dix heures; mais aujourd'hui je suis plus sûr de mon fait. — Vale et me ama.

Dimanche.

i5 novembre il90. — Sur le duel.

J'envoie reprendre le discours que vous avez choyé avec tant de bonté et je vous salue bien cordialement.

Lundi.

On a hier pris aux Jacobins la résolution d'aborder dans l'Assemblée nationale la question du duel. Il ne manquera pas sur cela d'orateurs à lieux communs. Si vous aviez réfléchi plus qu'en général sur cette question dans ses rapports pohtiques, et surtout si vous aviez l'idée d'une loi qui attaquât le préjugé plus en législateur qu'en bourreau, qui dégradât l'homme plutôt qu'elle ne le punît, qui en un mot se saisît de l'opinion plutôt encore que du coupable, vous me rendriez un grand service de m'enrichir de votre pensée et de ses développements. Autrement je ne parlerai pas sur cette question banale, où la difficulté n'est pas de discourir, mais de statuer.

21 novembre i790, au matin. — Pour adapter mon morceau sur la distinction entre le pouvoir législatif et le corps législatif, et son projet de le réciter à l'Assemblée nationale.

Voici, mon cher Monsieur, un fait bien important, et pour la chose pubhque et pour moi, car il faut ici le minnendo. Le Comité central, entièrement mené par les héros de la démagogie qui ne comptent guère que sur leurs excès pour être réélus, reviennent, dans l'organisation du pouvoir exécutif, sur cette grande question : Le corps législatif est-il le pouvoir législatif? ou ce qui revient au même : Le pouvoir exécutif est-il partie intégrante du pouvoir législatif? J'en suis averti de bonne part, et vous sentez combien il me convient d'être prêt. Je le suis, grâce à vos bienfaits, mais il me semble qu'il faut maintenant tourner directement le morceau vraiment admirable que je vous renvoie, y placer un ou deux paragraphes d'introduction à la tête et en élaguer peut-être quelques détails trop particuliers au décret de la paix et de la guerre. J'espère que vous voudrez

bien vous charger de cette besogne qui demande plus d'habileté que de travail. Je l'espère, dis-je, car à quelle main confierais-je une intercalation ou une modification quelconque dans un morceau si fini?

La question des rentes est à l'ordre du jour pour aujourd'hui. Rœderer porte l'avis, au nom du Comité, qu'il n'y a lieu à délibérer. Si vous aviez désiré assister à la séance, vous savez que vous pouvez disposer d'une place. Je suis persuadé que nous aurons un grand combat, mais que la victoire nous restera. — Vale et me ama.

Dimanche.

2i novembre 1190, au soir. — Proposition d'un travail sur l'organisation des gardes nationales.

La question n'a pas été vidée ce matin, mais le parti de nos adversaires a forcé la main au président et la voilà irrévocablement à l'ordre du jour pour demain. Comme Lavenue m'a interpellé, j'ai déclaré que mon avis irrévocable

sur une pareille proposition étant que pour l'honneur de l'Assemblée il n'y avait lieu à délibérer, je ne pouvais pas provoquer le débat, mais que j'acceptais le défi, et déclarais qu'étant prêt ou plutôt n'ayant nul besoin de préparation pour soutenir ce que trois des plus honorables décrets de l'Assemblée avaient décidé, je discuterais le jour et l'heure quelconque oi: le Comité ferait son rapport.

Toute la séance a été prise par le rapport sur l'organisation des gardes nationales. Je voudrais savoir, mon cher Monsieur, si sur les bases du Comité de constitution et avec les miennes, car j'ai profondément réfléchi sur cette matière, vous répugneriez à faire mon discours. C'est moi qui ai institué les gardes nationales et c'est mon principal contingent dans cette grande révolution, mais par le fait, je n'aurai qu'anarchisé le royaume si ja ne les organise pas. Je mets donc une très-grande importance à paraître dans cette question avec toute la puissance du talent et de la raison ; or je crois avoir trouvé des choses bonnes, mais il m'est impossible de trouver le temps de la rédaction. J'invoque donc votre amitié, mais certes sans vou-

loir attenter à votre liberté ! Un mot de réponse, je vous en conjure. -— Vale et me ama.

24 novembre i790. — Discours sur les rentes viagères.

Voici le discours de Lavenue que, ne le recevant que pour deux heures, je n'ai pu que faire copier en toute hâte et même sans le lire. J'y joins votre discours que je n'irai reprendre demain matin qu'au cas où la question serait à l'ordre du jour, ce que je tâcherai d'ôviter pour que vous ayez plus de temps. — Vale et me ama.

24 novembre il 90. — Sur l'organisation des gardes nationales et les testaments en ligne directe.

C'est parce que je regarde comme notre ouvrage le plus important aujourd'hui l'organisation des gardes nationales, sur laquelle j'ai d'ailleurs quelques bonnes idées arrêtées , que

j'aurai bien de la peine à confier à un autre et ma pensée et le soin de l'élaborer et de la mettre en œuvre. Enfin vous verrez lorsque le rapport et mes jalons seront sous vos yeux.

Quant à ce que vous me dites, mon cher Monsieur, sur l'abrogation du droit de tester en ligne directe, je pense entièrement comme vous qu'elle est nécessaire, et je suis très-reconnaissant que vous ayez préparé à cet égard quelque chose à mon intention. Vous savez sans doute que Merlin nous proposa l'autre jour un trèsbon projet de loi pour abolir les inégalités de partage résultantes de la loi des successions et que je demandai alors que l'on s'occupât de l'aire disparaître celles résultantes de la volonté (substitutions, tidéi-commis , majorats, etc.). Je voudrais apercevoir plus nettement que je ne fais dans laquelle de ces deux catégories se range votre travail, ou s'il prend une place à part. Je vais tâcher de vous faire passer le rapport de Merlin, à cet effet, et samedi, je vous communiquerai mon travail sur les substitutions. Mais je vous supplie d'aller en avant et de me continuer dans lés futurs contingents cette aimable surveillance.

Pour ce qui est des rentes, les délais pour traiter la question, que je crois d'une très-mauvaise tactique, viennent : 1° de la crainte de perdre la question que les richards portent jusqu'à la pusillanimité; 5° de ce que MM. de Lameth, Barnave et compagnie craignent que je n'aie un succès éclatant dans une cause si populaire. En attendant, les préjugés de l'Assemblée se renforcent et la question est nettement en danger, si on ne la traite pas incessamment ex professa. — Bonjour, mon très-digne reclus et penseur. Mon hommage et mes respects à Madame Reybaz.

?5 novembre il90. — Pour faire au discours sur les rentes de telles variations marginales qu'il pût servir à la fois de discours exprofesso sur la matière ou de réponse à Lavenue, selon que Mirabeau serait appelé à parler avant ou après lui.

Les rentes viennent demain, mon cher Monsieur, et Lavenue a arrangé avec le Comité qu'il parlerait immédiatement après lui , ce qui est assez conforme à l'ordre successif de la hste

pour et contre introduit dans TAssemblée. Alors je répondrai à Lavenue , et ceci ne change-t-il pas quelque chose dans les tournures? Il me semble que je fais bien de vous renvoyer votre discours et celui de Lavenue; et que vous devriez avec des papillons marginaux faire les variantes qui vous paraîtront nécessaires, parce que par ce moyen j'aurais la latitude du rang quelconque oi!i je parlerai. J'irai prendre chez vous demain mes papiers. J'attends avec impatience votre système sur les successions. — Vale et me ama.

Jeudi.

25 novembre il90. — Sur l'inutilité de son idée de modifier la réponse à Lavenue de manière qu'elle put être lue avant ou après le discours de ce dernier.

Vous avez toute raison et je ne suis qu'un sot. J'étais tout occupé de notre grande affaire de ce soir quand je vous ai écrit mon inutilité de ce matin, et mon billet de ce matin n'était

pas parti que j'avais réfléchi ce que vous m'écrivez, que j'improviserai très-bien ces légers changements de forme, lesquels vous voudrez bien rétablir sur les épreuves. Ne vous donnez donc pas la peine de faire un mot de plus que ce qu'il y a et ne changez pas votre admirable instrument en un estomac de bœuf. Pensez encore, pensez toujours, mais ne ruminez plus. Je vous renvoie tout exprès pour réparer ma sottise. — y aie et me ama.

Jeudi.

30 novembre il90. — Demande de la mise au net du discours sur l'abrogation des lois testamentaires en ligne directe et de m'occuper de l'adoption.

Voici, mon cher Monsieur, une moins mauvaise édition du sermon que j'ai prêché aux prêcheurs. J'attends les ordres de Madame Reybaz pour aller prendre le superbe plaidoyer contre le droit de tester. Je vous supplie, encore une fois, en homme gâté par vos bontés, peut-être, mais qui les ressent assez pour n'en être pas

indigne, de porter le même regard philosophique sur le petit nombre de lois nouvelles qui touche à cette matière tant fatiguée des successions. L'adoption y tient entièrement, par exemple, ainsi qu'au code matrimonial; il faut là de l'analyse et de l'éloquence, la raison des modernes et l'imagination des anciens, il faut vous enfin ; et j'ai pris l'engagement de traiter cette question de manière à y intéresser les âmes sensibles; au reste, vos mouvements spontanés me servent si bien que je me reprocherais de trop insister. Agréez mes hommages pour vous et votre compagne.

Mardi.

iS décembre. — Sur la pièce concernant l'abrogation du droit de tester. Demande d'autres morceaux.

Je dois VOUS dire qu'après avoir relu trois fois ce morceau, je l'ai trouvé parfait de con-

1 Deux lignes effacées, probablement par Reybaz.

ception, d'ordonnance et de style; jamais la magie de la clarté n'a été portée plus loin; cette déduction complètement neuve est d'une telle simplicité qu'on croit volontiers en la lisant qu'on l'avait toute élaborée dans la tête. Enfin j'en suis frappé à tel point, que quoique n'ayant jamais compté que poser une pierre d'attente pour la législation et prendre une belle date en philosophie politique, je commence à espérer que la loi passera; puisse la nature vous conserver longtemps ce beau talent et vous en tourmenter davantage !

Maintenant, j'attends d'apprendre à quoi vous allez vous décider, mais je ne puis pas vous laisser en repos que vous n'ayez pris une décision. Adoption ou divorce ou quelque belle pensée qui vous presse davantage, mais j'avoue que l'adoption tenant à toutes les idées de propriété et d'hérédité, d'éducation particulière et publique, de code matrimonial, etc., etc., qui me paraissent si nettement classées dans votre puissante tête, j'y incline beaucoup.

Vous me ferez dire, je vous prie, si l'idée d'écrire deux pages aux départements vous a ri et si je dois y persister.

Adieu, mon très-cher Monsieur, agréez tous mes remerciements et tous mes hommages.

Lundi.

24 décembre 1790. — Renouvellement de demande d'un discours sur l'adoption.

Voici, mon cher Monsieur, les six premiers exemplaires de l'éternel Baudoin ; je joins un livre qu'en bouquinant j'ai trouvé et où il y a un long morceau sur l'adoption; vous n'oublierez pas, mon très-cher Monsieur, que j'ai toutes les collections académiques dont vous pourriez avoir besoin pour ce nouvel enfant dont vous m'avez promis de soigner la naissance et l'éducation. — Vale et me ama.

Je joins une brochure dont j'ignore si elle vous a été envoyée.

LU

25 décembre il90. — Sur la peine de mort.

II y a trois jours que tout malade que je sois je me lève avec la ferme résolution d'aller vous voir, mon cher Monsieur, afin que vous sachiez sur les bruits publics relatifs à moi, la vérité extérieure et la vérité intérieure. Et depuis trois jours, l'enfer suscité contre moi en dérangements de toute espèce me ravit à ma résolution et me retient en vasselage. Enfin, j'ai résolu de m'affranchir demain, et je vous prie de me faire dire si vous pouvez me recevoir sans vous déranger.

En attendant, je vous fais passer l'étrange déclamation que Casaux a ïdxi à 89 avec un prodigieux succès, afin que vous voyiez s'il est opportun de toucher dans votre discours ce répertoire de heux communs où tous les orateurs banaux de l'Assemblée iront chercher leurs armes — car c'est la semaine prochaine que Merlin, qui me donnera d'avance son travail, rapporte à l'Assemblée.

Lui, est personnellement de notre avis, mais le Comité veut laisser le quart au père.

Oserais-je vous demander si vous avez un avis fait sur la peine de mort ? Le Comité de constitution l'attaque, et il me demande secours. Quels sont vos principes à cet égard ? et puisje compter que vous vous chargerez de les exposer? Agréez l'hommage de mon bien sincère dévouement.

Samedi.

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