‹ Un complot sous la TerreurChapitre 85 sur 124 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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prisonniers du Temple semblât, à ce moment-là, plus que compromise, presque perdue, il n'en est pas moins vrai que dans ce même mois de juillet, si la cour d'Autriche l'avait voulu, Marie- Antoinette aurait pu être sauvée.

Cette question, jadis obscure, est aujourd'hui élucidée par des documents nouveaux de la plus haute importance. Il est bon d'en dire ici quelques mots.

Tandis que la Commune s'acharnait contre ses victimes, ceux qui menaient le mouvement révolutionnaire n'étaient pas sans inquiétude aussi bien sur les destinées futures de la France et de la République que sur leur sort individuel. En dehors du sentiment d'humanité qui poussait ces hommes, moins cruels ou moins aveugies, à épargner ce qui restait du sang et de la famille royale, il y avait aussi un puissant mobile politique à user de miséricorde.

C'était le moyen de conserver à la République française ses derniers alliés, le moyen de lui faciliter une paix honorable et, peut-être, de la sauver de la destruction. L'Europe, qui, suivant eux, ne faisait la guerre que pour délivrer la Reine, l'Europe désarmerait et laisserait librement la France achever et consolider les conquêtes de la Révolution.

Cette pensée était alors dans l'esprit de bien des gens. De là ces projets, la plupart restés à l'état vague et qui témoignent d'une sollicitude, malheureusement restée stérile.

Danton eut-il le désir de sauver Marie-Antoinette, et de racheter ses complaisances coupables par cet acte de générosité et de politique? S'il faut en croire le fils du conventionnel Courtois, son père en eut l'idée, à laquelle s'associa Danton. Tous deux songèrent à faire évader la Reine... La chose est possible, bien que peu vraisemblable. En tout cas, elle ne repose sur aucune autre preuve que l'affirmation de ce Courtois.

Ce qui est plus sérieux, c'est une tentative presque officielle, faite en juillet 1793 et sur laquelle un homme, qui y fut initié officiellement et qui y joua le premier rôle, a laissé des mémoires qui ne permettent pas le moindre doute. Cet homme, c'est Maret, celui que, plus tard. Napoléon, créa duc de Bassano, et qui devint ministre de la guerre et ministre des affaires étrangères.

Voici son témoignage :

« La Révolution prenait un cruel essor ; cependant il y avait encore au pouvoir des hommes qui ne s'abusaient pas sur l'avenir, s'en épouvantaient et étaient capables de se dévouer pour

tenter de sauver ce qui restait de si précieux dans le grand naufrage. La plus saine partie du gouvernement s'entendit pour faire une démarche auprès des seules puissances encore en état d'alliance avec la République. C'étaient Yenise, Florence et Naples. Les républicains tenaient à ne pas être désavoués par le monde entier. On se crut assuré que si les trois États que je viens de nommer mettaient pour condition à la continuation de leur alliance la sûreté de la Reine et de sa famille, elle ne leur serait pas refusée. Le projet fut arrêté, les instructions dressées, et je fus chargé de leur exécution... On chargea M. de Sémonville de concourir avec moi aux négociations qui devaient commencer par Venise, Florence et que je terminerais à Naples... Je rencontrai M. de Sémonville à Genève... »

Mais les missions des deux plénipotentiaires gênaient trop les plans secrets de la cour d'Autriche. Déjà une première fois, alors qu'on proposait l'échange de la famille royale contre les quatre conventionnels livrés au prince de Cobourg par Dumouriez, la diplomatie autrichienne s'était arrangée pour laisser sans réponse ces propositions' ; cette fois encore le salut de Marie-

1. Le Comte de Ferseii et la cour de France^ t. II, pp. 71-75.

Antoinette passa après les intérêts de la cour d'Autriche. Bien plus, celle-ci ne songeait qu'à profiter des malheurs de cette princesse pour satisfaire son désir de conquêtes en France; M. de Thugut craignit pour sa politique la liberté de la Reine et de Louis XYII. Comment, s'ils étaient sauvés, les dépouiller des plus belles provinces de leur royaume?

Au mépris du droit des gens, il fit arrêter Mar et et Sémonville à Novale, sur le territoire neutre des Grisons. Ils furent conduits dans la prison de Gravedona, puis de là à Mantoue, où ils arrivèrent le 24 juillet 1793, à six heures du matin.

Leur captivité ne cessa qu'en 1795. A cette époque, la Reine, Madame Elisabeth, le petit roi Louis XVII étaient morts. Leur liberté ne pouvait plus nuire à la politique de François II et de son ministre, M. de ïhugat.

L'occasion manquée ne se retrouva pas. A l'insulte faite à la France dans la personne de ses envoyés, se joignirent bientôt les plus affreux revers, qui mirent à son comble l'exaspération universelle.

Chaque jour apportait son contingent de mauvaises nouvelles : c'étaient les républicains rejetés au delà de la Loire par les bandes vendéennes (17 juillet); c'était Mayence qui se rendait (2o juil-

let); c'était Yalenciennes qui capitulait (2 8 juillet); c'était enfin dans la France entière et surtout dans Paris la disette la plus affreuse avec la misère la plus complète. Les assignats étaient réduits au sixième de leur valeur.

La Révolution ne se laissa point abattre sous tant de coups. Elle résolut de tenter un suprême effort qui pût la sauver, et comme toujours elle eut recours à la terreur.

Le 1^"^ août, Barère se présenta à la tribune de la Convention et fit un rapport sur la conjuration de l'Europe contre la liberté française; une des conclusions de ce rapport était le renvoi de Marie-Antoinette devant le Tribunal révolutionnaire...

Yotée par la Convention, cette mesure fut immédiatement signifiée par les soins de la Coinmune, et, dès le lendemain, 2 août, la Reine était transférée à la Conciergerie, « cette antichambre de la mort » .

Le désespoir et les cris qui avaient marqué chez elle la douleur qu'elle éprouvait d'être séparée de son fils, ne se renouvelèrent pas devant ce nouvel outrage. Il y avait quelque chose de brisé dans son cœur...

Elle était aussi fort malade, et divers renseignements laissés par des témoins véridiques en

fournissent des preuves irrécusables. L'énergie morale survivait à l'énergie physique, mais farouche, mais silencieuse.

Madame Elisabeth et Marie-Thérèse, restées seules au Temple, à un étage supérieur à celui oii était enfermé Louis XYII, cherchèrent à avoir des nouvelles de la Reine. A. qui, si ce n'est à Toulan, devaient-elles s'adresser?

C'est à ce moment qu'on dut le mettre dans la confidence des sentiments secrets d'un homme aussi courageux qu'il l'était lui-même, aussi dévoué et sinon plus, au moins aussi habile et aussi maître de lui, son collègue Michonis.

Cet officier municipal qui avait tenté une première fois de faire évader la Reine avait su, jusqu'à ce jour, échapper à tous les soupçons. Il était fréquemment de garde auprès de la prisonnière, et son civisme connu, établi, indiscuté, lui permettait de pénétrer presque quotidiennement dans la prison, sans même éveiller l'attention.

Sa fidélité était pour Madame Elisabeth une garantie que la Reine n'aurait pas à subir de trop mauvais traitements à la Conciergerie. Sa préoccupation fut donc de savoir si des collègues grossiers ou hostiles ne l'empêchaient pas de donner libre carrière à ses sentiments de pitié et de commisération*

Elle écrivit à Turgy :

«... Pour Fidèle^ demandez-lui si Michonis voit ma sœur, et s'il n'y a que Michonis pour la garder^. »

Toulan rassura Madame Elisabeth, autant que le comportait la situation.

Michonis, en effet, malgré tout son zèle, et il était grand, Michonis ne pouvait rien ouvertement en faveur delà prisonnière. Quant à essayer de la soustraire par la fuite à la mort qui l'attendait, c'était un projet bien autrement difficile, bien autrement chanceux et, pour tout dire, bien autrement irréalisable que celui de Toulan et de Jarjayes, ou même que sa première tentative au Temple avec Cortey et le baron de Batz.

Il l'essaya pourtant; le chevalier de Rougeville était son complice. Mais tout se découvrit dès la première entrevue de ce dernier avec la Reine. Rouge ville se sauva; on arrêta Michonis. Cette aventure, connue sous le nom de « conspiration de l'œillet », fut la dernière. Le cercle fatal se resserrait autour de la Reine, et la rage de ses ennemis croissait en même temps que l'impuissance de ses amis.

Le 7 août, de nouvelles élections eurent lieu.

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