‹ Un comtemporainChapitre 2 sur 5 · IV. Jacques — marié en 1776 à j Greneviève Laisné · texte numérisé non relu

IV. Jacques — marié en 1776 à j Greneviève Laisné

Y. François-Xayieh — marié I en 1808 à Grertrude Amiot.

VI. François-Xavier — né le 15 juin 1809 ; marié le 25 août 1835 à Esther Bilo- DEAU, native de la Canardière — décédé le 3 février,

L'aïeul de M. Garneau était un riclie cultivateur de Saint- Augustin : il avait conservé un profond attachement pour la France, et un vif souvenir des gloires et des malheurs de la patrie au temps de la conquête. " Il se plaisait à raconter, dit M. G-arneau au commencement de son Voyage en Angleterre et en France, les exploits de ses

pères et les épisodes des guerres de la conquête.

" Mon vieil aïeul, courbé par râg'G, assis sur la galerie de sa longue maifson blanche, perchée au sommet de la hutte qui domine la vieille église de Saint- Augustin, nous montrait de sa main tremblante le théâtre du combat naval de YAtahuite avec plusieurs vaisseaux an^'lais, combat dont il avait été témoin dans son enfance ^ Il aimait à raconter comment plusi(^urs de ses oncles avaient péri dans les luttes héroïques de cette époque, et à nous rappeler le nom des lieux où s'étaient li^a'és une partie des u'iorieux combats restés dans ses souvenirs."

A la mort de ce bon vieillard, son fils aîné, Jacques, hérita du

I. Ce combat se livra en 1760; vis-à-vis de la Poiiite-aux-Trembles.

bien paternel. Le père de M. Garnean, qui s'appelait comme lui François-Xavier, yint s'établir à Québec, où il apprit le métier de sellier. Il épousa, en 1808, Gertrude Amiot dite Villeneuve, de Saint-Augustin, et eut plusieurs enfants, dont l'aîné est celui qui fait l'objet de cette notice. Il naquit, comme l'indique l'arbre généalogique ci-dessus, le 15 juin 1809, et fut baptisé le même jour.

Son père, ne réussissant pas dans son métier, acheta une goélette dans le but de réaliser une spéculation, dont l'issue faillit lui être fatale.

" J'avais à peine quatre ou cinq ans, lorsqu'un jour je vis entrer mon père triste et fatigué d'une excursion commerciale vers le bas du Saint-Laurent, qui n'avait pas été heureuse. Il raconta à ma mère

comment il avait failli périr, avec sa goélette, par la faute d'un vieil i^nrogiie, nommé Lelièvre, qui s'était donné pour pilote."

Il paraît que, dès son bas âge, le jeune Garneau l'ut un enfant étrange. Grrave, presque taciturne, on le voyait très-rarement jouer ; il était cV une timidité excessive, caractère qu'il conserva jusqu'à la iin de ses jours.

L'enfant ne se plaisait qu'à l'école: dès qu'il sut un peu lire, la lecture fut son seul amusement.

Son premier maître fut un bon '\âeux qu'on appelait le bonhomme Parent, et qui tenait sa classe à l'entrée de la rue Saint-Réal, (Coteau Sainte -G-ene^iève.) Cette maison existe encore : c'est la seule, parait-il, qui ait échappé à la conflagration de 1845. Bien des fois, lorsque M. Grarneau descen-

dait avec ses enfants la côte d'Abraham, il leur indiquait du doigt, en souriant, cette modeste maison où il avait appris les premiers rudiments de la grammaire.

Un jour, vers l'âge de cinq ou six ans, il s'échappa aux regards maternels, et pénétra, par la porte Saint-Jean, dans la yille où il ne tarda pas à s'égarer. Après avoir longtemps erré dans les rues, il arriva tout pleurant à la porte de la Caserne, sur le marché de la Haute- Ville. Des soldats l'accueillirent, essuyèrent ses larmes et le firent manger. Le soir, bien tard, son père, qui le cherchait depuis plusieurs heures, le trouva, assis sur les genoux d'un grenadier, jouant joyeusement du tambour, au grand amusement des bons troupiers.

A l'école, il eut bientôt appris

tout ce que savait le bonhomme Parent, et on l'envoya à ime autre institution moins élémentaire, établie en dehors de la porte Saint- Louis, rue de l'Artillerie. Cette école, où se pratiquait la méthode de renseignement mutuel, avait été fondée et était entretenue par M. Joseph-François Perrault, protonotaire de la Cour du Banc du Ivoi, — cet homme de bien, cet ami des lettres et des jeunes gens studieux, qui a fait tant de sacrifices pour la cause de l'éducation.

Dès lors, on pouvait soupçonner, dans le jeune élève, la future supériorité de l'historien. En peu de jours, il eut surpassé tous les élèves de sa classe : son vieil ami, M. Louis Fiset, se rai^pelle encore r avoir vu faisant gravement l'office de moniteur général au milieu de ses petits compagnons d'études.

Yers l'âge de quatorze ans, le

jeune G-arnean sortit dé cette école pour entrer au greffe de M. Perrault, où il se lia d'amitié avec un jeune Dufault, clerc au même greffe, et que le bon M. Perrault retirait chez lui. Très-souyent le soir, François-Xavier allait voir son ami ; et durant la veillée, le digne greffier donnait des leçons de grammaire et de littérature aux deux jeunes clercs. M. Grarneau a toujours conservé le plus tendre souvenir de son vieux patron et a toujours eu pour lui la plus sincère reconnaissance : il en parlait souvent à ses enfants avec de grands éloges, et lorsqu'il publia son Histoire du Canada^ il lui présenta le premier exemplaire de cet ouvrage.

Vers l'âge de seize ans, il sortit du greffe, et entra en cléricature chez M. Archibald Campbell, cet autre ami de la jeunesse, et qui a

été, en particulier, le bienfaiteur de notre peintre canadien, M. Falardeau, chevalier de l'ordre de Saint-Louis de Parme. M. Garneau sut bientôt gagner l'estime et l'affection des on nouveau patron. M.

Campbell lui prêtait des livres, que le jeune clerc lisait avec ardeur, sans négliger l'étude du notariat.

Depuis longtemps il désirait vivement faire des études classiques, et aurait bien voulu entrer au petit séminaire.

Un jour, cédant à ses pressantes sollicitations, sa mère se rendit auprès du supérieur :

— Prenez mon fils, je vous en prie, lui dit-elle. Il est vrai que je suis trop pau^^re pour payer les frais de son éducation ; mais mon fils est un jeune homme laborieux.

Après ses études faites, il gagnera

de l'argent, et il promet de tous payer alors.

Le supérieur eut le regret de ne pouvoir acquiescer à sa demande.

M. Garneau fut vivement peiné de cet échec.

A peu de temps de là, Mgr.

Signai, alors curé de Québec, le rencontra et lui dit :

—Si tu te sens de la vocation pour l'état ecclésiastique, jeté ferai faire tes études.

— Impossible, répondit le jeune homme avec cette droiture et cette franchise qui caractérisèrent toute sa vie : je ne me sens pas appelé au sacerdoce.

L'extrême rareté des prêtres engageait le clergé d'alors à faire des sacrifices de toutes sortes pour recruter des sujets parmi la jeune génération. B

M. Grarneau se remit, avec plus d'ardeur que jamais, à l'étude. Il dévorait les livres. Or, à cette époque, les livres français étaient très-rares, le Canada se trouvant sans relation avec la France.

N'ayant pas toujours les moyens d'acheter les ouvrages qu'il lui fallait, il les copiait de sa main : c'est ainsi qu'il transcrivit tout son cours de ])elk'S-lettres et de rhétorique, et Boileau en entier. Outre ces travaux, il s'appliquait à l'étude de l'anglais, du latin et même de l'italien. Il étudia seul les classiques latins, et plus particulièrement, dit-on, Horace, dont il admirait le bon sens et le génie poétique si facile.

Son père demeurait alors dans une maison située au coté nord de la rue Saint-Jean, non loin de l'éghse actuelle du faubourg. Les citoyens des emdroii? ont gardé

ie souvenir des habitudes studieuses du jeune Grarnean. Toutes les nuits, disent-ils, on yoyait une petite lumière briller à une fenêtre de la mansarde : c'était la lampe de l'étudiant.

Voyages aux Etats-Unis et en Europe,

Depuis ses plus jeunes années; M. G-arneau nerêyait que voyages.

Il brûlait surtout de voir l'Europe, cet Orient de l'Américain, comme, il l'a dit lui même.

" Je grandissais avec le goût des voyages et de cette incessante mobilité qui forme aujourd'hui le trait caractéristique de l'habitant de l'Amérique du Nord, Si les circonstances oula fortune ne me permettaient pas encore de parcourir ces lacs, ces fleuves grandioses que

nos pères avaient découverts dans le Nouveau-Monde, de visiter cette ancienne France, d'où ils venaient eux-mêmes, je me promettais bien de saisir la première occasion qui s'olli'irait pour accomplir au moins une partie de mes vœux, et aller saluer le berceau de mes ancêtres sur les bords de la Seine.

" Pendant mon cours de droit, une occasion me permit de satisfaire une partie de mes désirs. Je la saisis avec toute l'ardeur d'un jeune homme de dix-neuf ans."

Voici quelle fut cette occasion à

sion. C'était au mois d'août 1828, Un Anglais atteint d'une maladie grave entra, un matin, chez M.

Campbell, et lui dit qu'il voulait entreprendre un voyage dans les provinces du Grolfe et les Etats- Unis pour améliorer sa santé, et

Garneau l'ait ici allu-

qtf il désirait emmener avec lui, à titre de compagnon, un jeune homme intelligent, dont il paierait les frais de voyage. M. Campbell, connaissant les goûts de M. Grarneau, le recommanda à ce voyageur qui l'accepta pour compagnon.

Ils partirent de Québec aur un brick de commerce nolisé pour Saint-Jean du Nouveau-Brunswick, descendirent le Saint-Laurent, et en passant par le détroit de Canseau, firent le tour de la Nouvelle-Ecosse, cette ancienne Acadie, dont le berceau fut éprouvé par tant d'orages. " De Saint- Jean, ils se rendirent à Portland et à Boston, d'où ils firent le trajet par terre jusqu'à New- York. Après un séjour de quelques semaines dans la capitale commerciale des Etats-Unis, ils revinrent en Canada par la route d'Albany, Troy et

F. X. GAKNEAU.

BufFalo. L'actmté et les progrès étonnants de la jeune république firent sur notre voyageur une impression qui ne s eifaça jamais, et dont on retrouve des traces dans son Histoire. " Les Etats-Unis, " dit-il dans son Voyage, " sont destinés à devenir luie Chine occidentale. En 1775, il y avait trois millious d'habitants ; cette population a doublé huit ibis depuis (1854). Ace compte il y aura, vers 1925, deux cent milHons d'habitants ; mais cet accroissement se ralentira probablement

" BufFalo, incendiée dans la dernière guerre, ne faisait que commencer à sortir de ses cendres.

J'avais devant moi les eaux du lac Erié, une de ces mers douces qu'on ne trouve point dans l'ancien monde. Je me hâtai d'arriver à la chute du Niagara, plus grandiose encore par la masse d'eau

qui se jette dans un précipice d'un mille de largeur, que par la profondeur de l'abîme La longueur du lac Ontario, le plus petit de nos grands lacs, (60 lieues,) fait juger assez des proportions de la nature canadienne. Ces lacs, la chute de Niagara, le Saint-Laurent, son golfe, sont taillés sur le gigantesque, et conviennent parfaitement à la bordure colossale qui les encadre. En effet, d'un côté, au nord, ce sont des forêts mystérieuses, dont les limites sont inconnues ; de l'autre, à l'ouest, ce sont encore des forêts qui appartiennent au premier occupant, anglais ou américain ; au sud, c'est une république dont le territoire excède de beaucoup celui de toute l'Europe; à l'est, c'est la mer, lamer brumeuse, orageuse, glacée, de Terreneuve et du Labrador. L'infini semble régner sur nos frontières."

C'est en faisant ces reflexions sur Timmensité de ces contrées, que notre jeune voyageur descendit le lac Ontario, sur lequel on fait usage du compas pour se diriger, comme sur l'Océan. Il atteignit enlin Kingston, l'ancien Frontenac des Français, et rentra à Quél)ec, après avoir parcouru une petite portion de cette Nouvelle- France d'autrefois ; " et cependant, dit-il, j'avais fait près de sept cents lieues de chemin par terre et par mer."

" Cette rapide excursion, dans laquelle j'avais traversé des nations à leur ])erceau, côtoyé des rives encore sauvages, circulé au milieu de forêts à moitié abattues, surtout entre Albany et BufTalo, forets qui avaient abrité autrefois les barbares indigènes, ces indomptables Iroquois, dont on apercevait encore ça et là quelques fan-

tomes décrépits, me donnait une vaste idée de l'avenir de ce nouvel empire jeté par Ohamplain sur la voie du temps."

De retour de cette excursion, M.

Garneau reprit son cours de droit, et fut admis à la profession du notariat en 1830.

Depuis quelque temps, il s'était mis à étudier l'histoire du Canada, alors très-peu connue. L'historien anglais Smith faisait encore autorité, et l'on sait jusqu'à quel point il dénature l'histoire. D'après lui, nos pères, dans leurs guerres contre les Anglais, avaient presque toujours été battus ; et lorsque, d'aventure, ils avaient gagné la "\^ctoire, c'était grâce à la supériorité du nombre. Telle était alors l'intime conviction des Anglais.

Pour eux, les Canadiens n'étaient que des vaincus.

M. Garneau avait tous les jours

des discussions avec les jeunes clercs anglais du bureau de M.

Campbell : parlbis ces discussions devenaient très-^âves. Ces questions-là avaient le privilège de faire sortir le futur historien de sa tacituniité.

Un jour que les débats avaient été plus violents que d'ordinaire :

— lih l)ien ! s'écria M. Clarneau fortement ému, en se levant de son siège, j'écrirai peut-être un jour l'histoire du Canada ! mais la véridique, la véritaljle histoire ! Vous y verrez comment nos ancêtres sont tombés ! et si une chute pareille n'est pas plus glorieuse que la victoire ! lit puis, ajouta-t-il, ivhat

thoiig'h Ihe fieJd be hst ? Ail is 7iot lost. Qu'importe la perte d'un champ de bataille : tout n'est pas perdu ! . . . . Celui qui a vaincu i>SiV la force, n'a vaincu qu'à moitié son

ennemi ^

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