‹ Un conte bleu: comédie-vaudeville en un acteChapitre 2 sur 16 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les mêmes, JENNIE , enveloppée d'une mante

JENNIE, qui est entrée au fond précipitamment sur les dernières paroles de Caraby. Mademoiselle... mademoiselle... il faut que je vous parle...

TIENNETTE. A moi !

JENNIE. Oui, à vous!...

TIENNETTE. Garaby, allez chercher le reste du dessert!...

CARABY , à part. On sait ce que ca veut dire.

Il sort.

JENNIE. Maintenant. Tiennette , je puis te parler sans crainte !...

Elle se découvre.

TIENNE! TE. Que vois-je!... madame la comtesse d'Arbelles!. . . De grâce. . . expliquezmoi ce mystère ! Je vous croyais à Paiis. . . comment êtes-vuus ici à Toulouse ?

JENNIE, souriant. Je vois que depuis l'époque où j'ai séjourné quelque temps ici avec M. d'Arbelles, tu as conservé toutes tes qualités... comme autrefois, toujours curieuse. . .

TIENNETTE. CuHeuse. . . non , c'est un trop vilain défaut, je ne tiens à savoir que ce qu'on me cache...

JENNIE. Je ne te cacherai rien... mais auparavant j'ai besoin de savoir quelque chose moi-même. Cet hôtel appartient à ton père... tu en es la maîtresse... "* et je viens te demander des renseignements sur tes locataires. . .

TIENNETTE. Vous allez être satisfaite...

Nous avons d'abord au premier étage, ici à côté, M. Lortal, chirurgien-major du Royàl- Gonti, un homme fort bien , ma foi !... et qui aime tant son art qu'il tâte le pouls aux jeunes filles qui se portent bien.. .

JENNIE. Bien ! passons à un autre !

TIENNETTE. A un autre!. . . vous m'effrayez. . . voyez-vous, madame, j'ai un instinct...

sûr. . . et je devine qu'il est question d'un amoureux ; ainsi je dois vous prévenir que le gentilhomme qui habite cet appartement, ei qui va présider à un déjeuner dont voici les apprêts... je le garde pour moi!...

JENNIE. Tu me fais peur à ton tour. Tiennette... son nom... vite, son nom?

TIENNETTE. Un nom superbe comme sa personne.

JENNIE. Est-il officier?...

TIENNETTE. Gertaiuement. .. il se nomme le chevalier de Versac, excellent cœur... Gascon comme nous tous... mais il est un peu plus de son pays que les autres.

Aiu :

Peut-être ai-je lorl, entre nous, D'accueillir sa brûlante flamme ; '

D'un Gascon faire son époux»

C'est imprudent pour une femme...

JENNIE

Mon Dieu ! quel que soit leur pays, Ce (langer n'épargne personne; Mou enfant, crois-moi, les maris Sont tous des bords de la Garonne.

Mais rassure-toi , je ne songe guère ai celuilà... et pour t'ôter toute inquiétude... sache que je prends des informations sur un mari. . .

TIENNETTE. Un mari !... vous êtis donc remariée?...

JENNIE. Oui, à Paris, avec un des officierii de cette garnison, pendant un quartier d'hiver.... mariée depuis deux mois seulement. . . et depuis six semaines séparée de mon mari. . .

TIENNETTE. Ah! par exemple !.. . et vous l'avez souffert ?

JENNIE. Il l'a bien fallu, il est impérieux et jaloux... jaloux surtout, et c'est pour c«'la qu'il me tient en chartre pri\ée à quelques lieues d'ici, au château de Pompignan , oii, sous mon nom de veuve, je m'eimuie en société d'une vieille parente...

TIENNETTE. Oh ! mais à voire p!ace je serais furieuse. 11 cache donc voire mariage?

JENNIE. Il refuse de le déclarera ses.compagnons d'armes , et surtout de me laisser venir à Toulouse... Il lui faut une raison pour agir ainsi, quelque intrigue sous jeu... et comme il se défie de moi... je me défie de lui à mon tour... et je viens le surveiller incognito...

TIENNETTE. Approuvé !. . . la confiance perd les femmes. Maisque dit-il pour sejustifier ?. . i'*

UN COiNTE BLEU.

JE NJNIE. 11 dit que mes succès de Paris sont venus jusqu'à Toulouse, où son bonheur lui fait trop d'envieux... que me jeter au milieu d'olficiers jeunes et liardis. . . ce serait m'exposer. . .

TiENNETiE. Bail! OU s'y fait bien vite... Après ça, il fautconvenir qu'il y a des officiers bien émoustillants. .. et si, par exemple, monsieur votre mari vous laissait en présence du capitaine de Lancei. . .

JENNIE , attentive. Ah!... encore un de tes locataires ?... J'en ai entendu parler... ( A cec une vive curiosité. ) C'est donc un mauvais sujet?...

TiENNETTE. Hum ! hum !.. . dame ! il est libre, il est garçon, et il fait tout ce qui concerne son état... Tiens ! je crois que je l'entends... oui, il vient pour le déjeuner. ..

JENME. Je ne veux pas qu'il me voie !...

TIENNETTE. Rien de plus facile. . . ce cabinet donne sur l'tscalier...

JENNIE. Très-bien ! Garde-moi le secret sur ce mariage.

j lENNETTE. Sovez tranquille.

Au; : Pourquoi donc hésiter? (Chevreuil.)

JENNIE

C'est bien lui^ le voici...

A Tienneite.

Surtout de la prudence !

TIENNKTTE.

Comptez sur mon silence...

De Lancei entre sans voir Jennie.

JENNIE, à pari.

Voilà bien mon mari 1

LANCEL.

Quoi 1 de ces lieux... ah! c'est vraiment étrange ! l^e chevalier est absent, par ma foi !

A Tienne Ue.

l'ourle punir, auprès de vous, bel ange, Je suis tenté de remplir son emploi...

Il veut l'embrasser.

ïiENNETTE, se défendant.

L«iissez-moi !

JENNIE, à part.

Quelle perfidie !...

LANCEL.

.le suis jaloux d'un bien si précieux 1

JENNIE, se montrant et à Tiennette.

Cédez à d'aussi tendres vœux.

LANCEL.

Ma femme! ô ciel!..

TIENNETTE, à pari.

Lui ! l'époux de Jennie I jEBiNiE, ù de Lancei.

Continuez, je vous en prie !..

ENSEMBLE

LANCEL.

Elle ose ici venir !

Je maudis sa présence...

D'une telle imprudence Je saurai h punir !

JENNIE

Oui, j'ai voulu venir, Et sur votre constance Votre femme, je pense, Sait à quoi s'en tenir.

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