Ad fam., VIL
ses ennemis, il l'accusa de mœurs contre nature, en vertu (le la loi Scantinia. Alors Gaelius, qui était plaisant et hardi, cita le censeur en justice en se réclamant de la même loi : ce fut un beau scandale, et tout le monde, des plus petits aux plus grands, s'amusa beaucoup'. Le procès d'ailleurs n'eut pas de suite : seul un tribun du peuple avait le droit d'accuser un censeur pendant l'exercice de sa charge, et encore n'y avait-il pas de précédent de ce genre ^. Mais le geste de Gaelius avait produit le plus piquant ellet, et il y avait là de quoi contenter ce jeune homme spirituel et vaniteux.
César et ses légions vinrent arrêter la fièvre réformatrice du censeur. Appius ne put que suivre Pompée : il s'était trop compromis dans la lutte contre César pendant toute l'année 50; il avait dans le camp du proconsul des ennemis, comme Caelius etCuriou'^ dont il redoutait la vengeance. Cicéron, qui avait débarqué en Italie le 23 novembre 50^, n'était pas rentré dans Rome, gardant jusqu'au dernier moment l'espoir du triomphe. Lorsque Pompée passa en Asie, au mois de mars 49, il ne le suivit point : il attendit deux mois encore avant de quitter l'Italie, hésitant toujours sur le parti à prendre. Appius n'avait pas attendu si longtemps ; mais son exemple n'encouragea pas Cicéron, ni ne lui fit honte : si Appius restait fidèle à Pompée, sa ligne de conduite politique n'avait pas toujours été aussi ferme, et ceux qui se ralliaient à César n'étaient pas plus inconstants que lui-^ D'ailleurs, s'il suivait Pompée, c'est qu'il craignait des représailles de la part de César et des ennemis qu'il
-1. Adfam., YIII, 12, 1-4.
2. Tite-Live, XXIX, 37, raconte bien l'histoire d'un tribun qui voulut mettre les censeurs en accusation devant l'assemltlée du peuple. Mais le Sénat s'interposa, ne voulant pas laisser créer un précédent.