‹ Un coup d'il dans La case de l'oncle Tom;Chapitre 17 sur 17 · poésie · texte numérisé non relu

poésie

» J'ai comme toi, la joie et la souffrance, J'ai, comme toi, la terreur et l'amour; Et comme toi, j'étends mon espérance Bien au delà du terrestre séjour,

» Je suis souffrant — et ton sort est prospère ; Moi je suis pauvre — et l'or est dans ta main; O frère, au nom de notre commun Père, Arrête un peu tes pas sur mon chemin. »

Ainsi le noir que sa douleur pénètre, Sur leur chemin vainement gémissait ; L'homme, et la femme, et l'enfant et le prêtre, Hélas! chacun entendait et passait.

Ce pauvre noir, qu'on rejette et méprise, Chassé par tous, à qui tous ont fermé Et le palais et l'école et l'église, Demeurait là, dans son deuil abîmé,

poésie, 329

Alors je vis une forme divine :

Elle passait ; tous baissèrent les yeux ; Et la splendeur dont son front s'illumine Inondait tout, l'air, la terre, les cieux.

Il dit au noir, qui courbé jusqu'en terre A ses genoux se tenait plein d'effroi : « Relève-toi, je t'ai nommé mon frère; » Le Fils de Dieu n'a point honte de toi.

» Quand je vêtis la nature mortelle, » Que je l'unis à ma divinité, » Je consacrai d'une marque éternelle, » Pour être à moi, toute l'humanité,

» J'ai juré, moi, par mon nom immuable, » De réprimer celui qui fait du tort ; » Je défends, moi, le faible qu'on accable ; » C'est moi qui prends parti contre le fort.

330 poésie.

» J'ai de mon doigt sur ma sainte bannière » Tracé ces mots, avec des traits de feu : » Malheur à qui méprise un humble frère î y> Sa part, à lui, doit être loin de Dieu. »

Toi qui combats pour l'homme qu'on enchaîne Marche en avant ; crie aux soldats : « Voici, Des bras meurtris j'entends tomber la chaîne ; Si Christ est Dieu, Christ est un homme aussi ! »

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