LE GÉNÉRAL DE CISSEY
l'Est, s'est porté à la Villette, et a pris position au pied des buttes Chaumont.
> Ainsi, les deux tiers de l'armée, après avoir conquis successivement toute la rive droite, sont venus se ranger au pied des hauteurs de Belleville, qu'ils doivent attaquer demain matin. Pendant ces six jours de combats continus, nos soldats se sont montrés aussi énergiques qu'infatigables, et ont opéré de véritables prodiges, bien autrement méritoires
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de ceux qui attaquent des barricades que de ceux qui les défendent. Leurs chefs se sont montrés dignes de commander de tels hommes, et ont pleinement justifié le vote que l'Assemblée leur a décerné.
» Après les quelques heures de repos qu'ils prennent en ce moment, ils termineront demain matin, sur les hauteurs de Belleville, la glorieuse campagne qu'ils ont entreprise contre les démagogues les plus odieux et les plus scélérats que le monde ait vus, et leurs patriotiques efforts mériteront l'éternelle reconnaissance de la France et de l'humanité. »
Les fédérés occupaient encore le cimetière du Père Lachaise et les buttes Chaumont, d'où ils canonnaient les quartiers du centre. De Montmartre, l'armée les attaquait, ralentissait et éteignait leur feu. Dans la soirée du 27, de Ladmirault, après avoir franchi le bassin de la Villette, l'abattoir, le marché aux bestiaux, gravit les buttes Chaumont et les hauteurs de Belleville. Le général Douai attaqua par le centre ces mêmes positions, pendant que Vinoy enlevait le cimetière, la mairie du 20^ arrondissement et la prison de la Roquette.
Le 28, les insurgés n'occupaient plus que l'espace compris entre la rue des Amandiers, le boulevard de Charonne, celui de Belleville et le canal. Leurs chefs avaient disparu, tués ou en fuite. La résistance ne fut plus ni régulière, ni efficace, ni longue. Il fallut se rendre, et ceux qui s'obstinèrent dans une lutte impossible, que leur fureur même rendait inoffensive, périrent presque tous. La conviction où étaient la plupart de ceux qui avaient participé au mouvement, qu'ils n'avaient pas de quartier à attendre, prolongea leur défense. Quant aux soldats, les liqueurs fortes qu'on leur avait prodiguées, les rendaient aussi Incapables de prolonger la lutte que de l'abandonner.
A cinq heures, une proclamation de Mac-Mahon disait aux habitants de Paris : « L'armée de la France est venue vous sauver... la lutte est terminée ; l'ordre et la sécurité vont renaître. » On comprend avec quelle joie cette nouvelle fut accueillie par ceux qui, depuis plus de deux mois, tremblaient sous une atroce tyrannie.
Les prisonniers, au nombre de plus de 20.000, furent emmenés à Versailles, au milieu des imprécations de ceux qu'ils avaient menacés, opprimés et courbés sous la terreur. Les manifestations les plus hostiles contre eux vinrent de ceux qui, par faiblesse ou par calcul, avaient favorisé la Commune, et qui retrouvaient contre les vaincus l'énergie qu'ils auraient plus honnêtement et plus patriotiquement déployée contre les ennemis de la religion, de l'ordre, de la propriété, de la famille et de
la civilisation. Malgré l'excitation qui survit toujours à la lutte, l'armée resta pure de tout excès. Elle savait que la justice achèverait l'œuvre de la force.
L'histoire de laCommune est moins dans la résistance qu'elle a opposée à l'armée, que dans les actes par lesquels elle a manifesté son pouvoir à l'intérieur de Paris, depuis le i8 mars jusqu'au 28 mai. Préparée par les agitations et les tentatives insurrectionnelles du siège, nourrie des doctrines les plus subversives, issue d'une résistance criminelle à l'autorité qui maintenait l'ordre, souillée à son origine d'un double assassinat, elle était condamnée à marcher dans la voie de la violence contre les personnes et les choses, et à ne reculer devant aucun moyen pour se maintenir et triompher.
Tout ce qui n'était pas avec elle, était contre elle. Les prêtres, les religieux, les soldats, les fonctionnaires devaient être traités en ennemis. La haine contre l'Eglise catholique et ses ministres s'explique par la condamnation que portent la doctrine et la morale évangélique contre l'erreur, le vice et le crime. Pourquoi ceux qui se divisent sur les systèmes politiques et les moyens d'acquérir ou de conserver le pouvoir, sont-ils toujours d'accord pour la persécution religieuse .'' C'est que la vérité et la vertu ne se prêtent à aucune capitulation, et que la guerre hypocrite ou la violence ouverte paraît, à leurs ennemis, seule capable de faire taire ces voix importunes. L'Eglise, d'ailleurs, n'a jamais rencontré l'indifférence. Ou on l'aime, et on la sert comme une mère, ou on la frappe comme une ennemie, et on lui assure ce triomphe qu'elle paie de ses souffrances et de son sang, et que l'on appelle le martyre.
La Commune fut particulièrement l'ennemie des prêtres et des religieux. Elle profana les églises, supprima le budget des cultes, viola les maisons consacrées à la prière et au soulagement de l'humanité souffrante, et procéda à des arrestations qui atteignirent presque tous les corps au service de l'Eglise.
Mgr Darboy, archevêque de Paris, Mgr Surat, premier vicaire général, l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, MM. Bécourt, de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, Houillon, delà Société des Missions Étrangères, Allard, aumônier des ambulances, Sabatier, deuxième vicaire de Notre-Dame de Lorette, et treize de ses confrères ; Planchât, aumônier du patronage Sainte-Anne, Icard, supérieur de Saint-Sulpice, Paul Seigneret, séminariste, et sept de ses condisciples ; les Dominicains de la rue Jean de Beauvais, ceux du collège Albert-le-Grand à Arcueil, les PP. Captier,
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Bourard, Rousselin, Cottreau, Delhorme, Chataigneret ; cinq Jésuites, les PP. Ducoudray, Clerc, de Bengy, Olivaint, Caubet ; quatre Pères de Picpus, Ladislas Radigue, Tuffier, Marcellin Rouchouze, Frézal- Tardieu, furent successivement arrêtés, et la plupart, après une plus ou moins longue, mais toujours douloureuse captivité, furent immolés en haine de la foi.
Les églises restèrent quelque temps ouvertes et les offices continuèrent à y être célébrés. Mais le i8 avril, le délégué civil des Carrières ordonna que l'église Saint-Pierre de Montmartre fût fermée, et décréta «l'arrestation des prêtres et des ignorantins ». L'église de Saint-Jacques du Haut- Pas fut occupée au moment même de la grand'messe, et, après avoir fait défiler les femmes, les gardes nationaux retinrent les hommes et firent une minutieuse perquisition. Il en fut de même à Saint-Jean- Saint-François, d'où de fort ballots furent enlevés la nuit. A Saint-Roch,à Saint-Séverin, à Saint- Laurent, à Saint-Joseph, à Saint-Eustache, à Notre-Dame de Lorette, à Bonne-Nouvelle, les armes retentirent dans l'asile de la prière, et les blasphèmes remplacèrent les chants sacrés. Les presbytères furent pillés, et le clergé qui ne put se cacher ou se dérober par la fuite, resta entre les mains de ces troupes armées qui, le plus souvent, agissaient sans mandat. Le trésor de Notre-Dame ne fut sauvé que par une de ces inconséquences ou un de ces oublis qui ne permettent pas de faire tout le mal que l'on pourrait redouter. Les passions les plus violentes et les appétits les plus avides se trouvaient ainsi, plusieurs fois pendant cette lamentable période, inconséquents avec eux-mêmes, ou trompés dans leurs espérances.
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