‹ Un Démoniaque. Espagnes. Histoires du bord de l'eauChapitre 42 sur 62 · LA HUERTA I · texte numérisé non relu

LA HUERTA I

toute une province s'adonne exclusivement à la culture des orangers ; tout autour et plus loin l'Espagne stérile, empierrée et pouilleuse !

« Valence ! la belle \'alence! » ce cri caractéristique de nos Décembres parisiens, entendu sous la brume et la pluie dans toutes les rues voisines des théâtres et des gares, nous reporte tout à coup au milieu des baraquettes du jour de l'an et des étalages des camelots, à la Madeleine et au boulevard. Oh! la voiture de la marchande d'oranges, brouettant sa marchandise sous le fallacieux éclairage d'un réflecteur en papier rouge !

Mais voilà que le paysage, tout à l'heure apparu si rutilant dans je ne sais quelle lueur de féerie, vient de pâlir et de se faner subitement. Les terrains d'un beau rouge de piment sont devenus ocreux, comme de la simple argile ; la verdure des orangers s'est décolorée, les montagnes elles-mêmes ont perdu leur transparence, elles sont tout bonnement

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pierreuses, incultes et pelées et moutonnent en grisaille sur un ciel platement bleu ; les vergers d'orangers seuls continuent d'être criblés de fruits; la clarté rose qui nous avait éveillés en wagon s'est également évanouie, et la lumière incolore du jour a remplacé le magique incendie de l'aurore naissante sur les jardins de la Huerta.

Cette partie de l'Espagne aurait-elle le fameux rayon vert des pays des tropiques ?

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