VALENCIA DEL CID
Dans les rez-de-chaussées, un encombrement de boutiques à l'instar de Paris, bijoutiers, tailleurs, modistes, papetiers ; nous trouvons chez l'un d'eux les photographies de Mlles Brandès et d'Émilienne d'Alençon en montre..., à V'alencia del Cid, oui mesdemoiselles! Une population bigarrée: \'alenciens drapés dans d'assez étranges couvertures de laine à dessins noirs et verts, jaunes et rouges, coiffés de mouchoirs serrés sur le crâne, Andalous en culotte collante et veste sanglée, femmes de la Huerla velues d'indiennes voyantes ont beau ^se démener, se croiser et s'agiter ; l'impression de ces maisons maquillées et lézardées persiste. Une sensation s'affirme de ville en carton peint, de portants de coulisse et de vieux décors de rebut pour théâtre de banlieue ou de faubourg parisien ; des cages à poulets, des courges, des poteries ébréchées et de vieilles balustres à claire-voies pourrissant péle-mèle sur les terrasses aggravent encore celte mauvaise
impression de factice et de minable ; on attend toujours le coup de sifflet du régisseur qui va mettre enfin ordre à ce gâchis de toiles de fond et la venue du machiniste qui, de ce plâtras et de ces cartonnages, va bâtir la place de la Fille mal gardée ou de la Mule de l'Alcade. La population elle-même, avec ses costumes espagnols maladroitement mélangés de moderne, ajoute à ce malaise en vous donnant l'idée de vagues figurants. Ainsi, les rues sont pleines de capas circulant fièrement pleines de morgue et en silence, mais ces capas arborent des melons à dix francs ou des casquettes anglaises; des paysans, pieds nus dans les alpargatas, ont sur leur crâne rasé des articles-coiffures du Bazar du voyage ; ij n'y a pas jusqu'aux femmes qui dans leurs indiennes à fleurs, sous ce ciel frissonnant d'hiver, n'évoquent le souvenir de poupées de massacre, les poupées coloriées aux oripeaux fleuris de nos fêtes foraines.
Il faudrait du soleil et de la chaleur sur