‹ Un dernier jour de fortune, comédie-vaudeville en un acteChapitre 12 sur 20 · SAINT -PIERRE, MADAME DE ROSTANGE · texte numérisé non relu

SAINT -PIERRE, MADAME DE ROSTANGE

MAD. DE ROSTÀNGE.

Ail ! mon cber voisin ! que^ je vous fasse part de mon bonheur... Je sais riniérêt que vous nous portez... apprenez donc que je marie ma fille.

St.-PIERKE.

Que dites-vous ?... Ce. n'est sans doute qu'un projet.

MAD. DE ROSTAJVGE.

Non... c'est arrêté... c'est convenu... Je n'avais pas de fortune a donner... mais une place est une dot... Et en foyeur des services que mon mari a rendus, on m'accorde, pour mon gendre, le poste le plus honorable^ st.-piERRE , à part.

Cela se trouve bien. ( haut ) Je m'en réjouis comme vous., mais ce gendre n'est pas encore choisi.

MAD. DE ROSTAIVGE.

Si vraiment... Un arrière-cousin du ministre... comme je vous le disais, tout est d accord; il a ma parole... j'ai la sienne; et nous n'atlendions plus que ce brevet qu^on vier^t enfin de m accorder, et que je vais lui expédier, st. -PIERRE, à part.

Morbleu!... c^est fait de nous.

MAD. DE ROSTANGE

Eh! bien... qu'avez-vous donc ! D'où vient ce troubln , celte émotion ?'

St.-PIERRE.

Moi, madame... c'est de surprise, et de satisfacti9n..c pour vous... du moins...

mAd. de rostaivge.

Je crois bien... im arrière-cousin an ministre... (s'ap'^ prochant de la table ) Vous avez la des enveloppes... un cachet... Je vous demanderai la permission..»

^ St.-PIEllRE.

'■ C'est trop d'honneur que vous me faites... ( Pendant que madame de Rostange arrange une enveloppe ) Eh ! bien... a la première attaque, me voilà dérouté... et je ne sais pins que dire... Morbleu! La pierre, tu t'es rouillé dans la prospérité... Pas une idée... pas une ruse... Et tu veux remonter valet-de-chambre ?

MAD. DE ROSTANGE

Vous n'auriez pas la un de vos gens ?

St.-PIERRE.

Sijj Madame... Mais avant d'adresser le paquet à monsieur l'arri ère-cousin du ministre... j'aurais voulu obtenir de vous un instant d'audience... Vous comprenei sans que je vous le dise que ce m iriage me contrarie beaucoup.

MAD. DE ROSTANGE

Et pourquoi?... Il ne tenait qu\h vous d'épouser ma fille,

St.-PIERRE.

Oui sans doute.

mAd. de rostange.

N'avez-voiis pas refusé l'alliance que je vous proposais ?

St.-PIERRE.

Je ne dis pas non.. .

MAD. DE ROSTANGE

Alors, quel motif pouvez vous avoir ?

St.-PIERRE.

Quel motif ?... ( a pari ) Ah ! mon Dieu! il n'y a pas d'autreiîioyen... Eu bon serviteur, il faut ici se dévouer. ( haut ) Vous me demandez les motifs de mon refiis?... Toute autre que vous, Madame, les connaîtrait déjà; mais votre sévérité vous empêche de les deviner, et votre modestie de les apprécier.

MAD. DE ROSTANGË.

Que voulez-vous dire?

St.-PIERKE.

Que je serais déjà votre gendre, si vous même ne vous y étiez opposée.

MAD. DE KOSTANGE.

Moi, Monsieur?

St.-PIERRE.

Oui, Madame; quelqu étonnans qu'ils puissent vous paraître, tels sont les sentimens que je n'ai jamais osé vous déclarer... L'amour ne sVst jamais présenté à moi paré des illusions de la jeunesse... je l'ai toujours vu sage, estimable, raisonnable... enfin tel que je vous vois... Je n'ai point rêvé la tendresse.., jeTai spéculée...

Air. : De la robe et les bottes.

Sensible amant, capitaliste sage,

Mon rœur, mes biens, veulent un guide sur,

Et je préfère aux roses du jeune âge

Les fruits heureux de l'âge mur.

Doublant mes fonds , chaque anne'e à ma caisse Ajoute encordes revenus nouveaux, Et le temps fait sur ma tendresse Le même effet que sur mes capitaux.

MAD. DE ROSTANGE

Comment ! Monsieur, il se pourrait !

ST-PIERRE

Oui, Madame, tels étaient mes projets; et je songeais a les réaliser, lorsque ce fatal mariage est venu détruire a jamais toutes les combinaisons de mon amour.

MAD. DE TtOSTANGE.

Et pourquoi donc , Monsieur ?

ST-PIERRE

Votis comprenez, Madame, qu'a mon âge, me dévouant par goût a l'état de beau-père, je tiendrais à Texercer avec tout l'agrément ^dont il est susceptible, ce quii n'arriverait

eertaînement pas^ si j'avais pour gendre un àrrière-conrâa (la ministre^ que je ne connaîtrai pas ^ et qui ne sera oîiipë envers moi h aucun égard... Si, au conlr Jre, l'époux de votre fille avait été choisi par moi... S'il me devait tout... S'il me regardait comme son père,., comme son bienfaiteur... 8i en un mot, vous aviez agréé le jeune homme que j'avais en vue.

MAD. DE ROSTANGE

Commeot, Monsieur, vous y aviez pensé?...

St.-PIERIIE.

Voilà quinze jours que je jn'en occupe... et j'avais pris parmi ce qu'il y avait de mieux... j\l . le comte Edmond de Morinval, le dernier héritier de la famille de c^ nom.

MAD. DE ROSTAIVGE.

M. Edmond, qui est ruiné, et qui n^a rien !

Stl-PIERBE.

Oui... mais moi... je lui donne c'nquante mille livres de rente.

MAD. DE ROSTAKGE.

Il se pourrait!

St.-PIERRE.

En signant le contrat.

MAD. DE ROSTANGE, étO'JWe.

Vous lui donnez cinquante mille livres de rente!... Et que vous resie-t-il donc?

st.-PiERKF!, sonnant.

La-dessus, soyez tranquille... Mais je vous en ai prévenue, le véritable amour ne fait pas de phrases., il ne procède que par articles.. Accordez a Edmond de Morinval : lO la main de votre fille... 2^ la place que vous avez obtenue, et dans huit jours nous faisons les deux noces..... Qu'en dites-vous?

MAD. DE r.OSTAJVGE.

Certainement... je sacrifierais tout au bonheur de raa fille... mais permetlez : je vais rompre avec l'arrière cousin du ministre... donner à un autre ime place qui lui était destinée, et qu'il m'avait un peu aidée a soluciler... V oilà

Archives de fa Vide de Bruxelles

Archief >/an de Stad Brussel

ce qull y a de sûr, et de positif : les mariages dont vous me parlez le sont-ils autant?... Qui m'en répondra?

St.-PIERRE,

J'entends... Vous me demandez des garanties?...

MAD. DE ROSTANGE

Non pas... Mais enfin...

St.-PIERRE.

Je VOUS dis que nos cœurs s'entendent, et quils sont nés l'un pour l'autre... La sympathie du calcul!... Comment donc vous rassurer sur mes sentimens?... Les dédits!... sont d'anciens moyens qui n^ontplus coursa présent;. mais les billets au porteur ^ont toujours de mode... (^e tnettanl à la table et écriuanî) et le style de celui-ci est d'une précision qui ne laisse aucun doute. <( Fin septembre pro- » cliain, je payerai à rnadame de Rostange, ou à son » ordre, la somme de 60,000 fr. valeur reçue, si, à cette » époque, je ne suis pas son mari. »

MAD. DE KOSTAIVGE.

Fi donc!... ce n'est p;is cela que j'exigeais; mais vous le voulez... Je rentre chez moi... j'envoye au cousin du ministre son congé , et à M. Edmond notre consentement.

Elle sort, St.-PIERRE , la reconduisant,

A merveille... Voila déjà mon maître marié, et placé... ce n'est pas sans peine... Et pour ma rentrée dans 1 emploi, j'ai eu affaire à forte partie D'autant qu'il 1 allait

brusquer les événemens; car, ce soir, adieu ma fortune... et par suite, mon crédit... C'est donc ce soir... {appelant) Jasmin... C'est ce soir que mon règi?^ fiiiit avec le trimestre... Ah! Jasmin..

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