SCÈNE VIL SAINT-PIERRE, EDMOND
EDMOND, entrant.
M. de Saint-Pierre...*
St.-PIERRE.
C^est moi-même... {le regardant) Voilà un jeunehomme qui a de fort belles manières.
EDMOND, à part , pendant que Saint-Pierre V examine.
Pendant que madame de Rostange était sortie, je viens de voir Elise... d après cequ^elle m'a dit, il n'y a plus de doutes, on a des vues sur M. de Saint-Pierre... et je saurai bien le forcer à s'expliquer, (liant) Monsieur, le motif qui m'amène va vous paraître...
si.'ViET^^B y d'un air aimable.
Fort agréable , puisqu'il me procure l'avantage de vous recevoir... Mais je ne souffrirai pas que vous restiez ainsi... Holà , quelqu'un !... Des sièges...
EDMOND
Du tout , monsieur , ce n'est pas la peine de déranger vos gens pour si peu de chose.
st.-PiERRE, allant chercher deux fauteuils.
Vous avez raison, quand on peul: se servir soi-même... (Je regardant a^^ec affection) Ce jeune homme a quelque chose qui prévient en sa faveur... {le forçant a s'asseoir) Asseyez-vous donc, je vous prie... Eh ! bien, Monsieur?...
EDMOND
Eh bien. Monsieur... ( a part ) Avec ses politesses, il m'a tout déconcerté; et je ne sais comment m^y prendre... ( haut ) Monsieur , je suis lié depuis long-temps avec la famille de madame de Rostange; et sans avoir Thonneur d'être connu de vous, j'ai à ce sujet ime demande à vous faire.
St-.PIERRE.
A. ixLoi, une demande ?
EDMOND
Oui... une question... sur laquelle je vous prierai ^^ vouloir hien me satisfaire.
St.-PIERKE.
Avec grand plaisir ; maisacliarge de revanche,.. Puisque vous m'interrogez, il doit m^êîre permis d'en fûre autant; et si je réponds k vos questions, vous devez répondre aux miennes.
EDMOND
Qu'à cela ne tienne, Monsieur, je suis prêt à vous coii» tenter sur tous les points.
St.-PIERKE.
D'abord, quel âge avez-vous?
EDMOND
Il me semble qu'il n'est pas nécessaire...
St.-PIERRE.
Si, Monsieur y plus que vous ne croyez, moi ]y tiena !
EDMOND
Vingt-huit ans.
st.-piERRE, à part.
Vingt-huit ans, c'est bien..: Bon âge!,.. Voila ce que je cherche... ( haut ) Vous êtes d'une bonne famille !
Mon père était comte et lieutenant-général.
st. -PIERRE.
Tant mieux. Et dites-moi, n'auriez-vous pas par haseircl des dettes, des créanciers ?...
EDMONDi.
Monsieur!... de pareilles questions...
St--PIERÏIE,
Vous étonnent, jele sais; mais qnand vous en connaîtrez^ le motif... D'ailleurs vous serez libre tout à l'heure de' m'inlerroger à votre tour, sur tout ce qu'il vous plaira.,: Moi , je ne crains pas les informations.
Z/n dernier four de fortune, 2:
EDMOivD, souriant h part.
Allons, Cécile avait raison, c'est un original de la première force... {haut) Eli ! bien , monsieur, puisque vous prenez inîérêt à mes affaires, je vous déclare qne je n'ai ni deîîeS; ni créanciers ; et que j'espère bien n'en avoir jamais.
st.-piERRE, à part.
De la conduite, de Tordre... c'est très-bien... (haut) Vous me semblez d/nn caractère aimable et facile ... Mais^esl-ce que quelquefois vous ne vous mettez pas en colère ?
EHMOivD, souriant. /
Convenez que si j'y étais S4]jet, j'aurais ici une belle occasion... Car toutes ces demandes, que depuis une heure j'ai la patience d'écouter.
St.PIERRE.
C'est juste... et je n'en veux pas d'autres preuves, (à ^ar^) Vodà l'homme qu^il me faut... (Jiauf) Je parie que vos domestiques ont di toujours être très-heureux avec vous.
EDMOND
S'il en avait été autrement nous aurions été bien ingrats; nous avons trouvé en eux, pendant notre exil , tant de zèle , tynt de devoûment... En pareil cas, monsieur , un domestique est un ami.
st.-PiEPLRE , ai^^ec attendrissement.
Cela suffit, mon.^ieur. {Ils se lèvent) Vous avez en moi.. un ami , et désormais , je vous suis attaché.
EDMOND
Comment , monsieur, ai-je pu mériter ?...
St.-PIERRE.
Vous ne mo connaissez pas!... Je peux vous rendre pins de services qu'un autre... Et pour commencer, il ftmt que je vous donne un domekique de ma main. . ce n^est pas pour me vanter ^ mais vous trouveriez difficilement un meilleur sujet.
EDMOND
Je vous remercie, monsieur , de vos bontés ^ et surtout
ciii domestique que vous voi.lez jjien m'olFiir.., Mais inà fortune lie me permet plus cVeii avoir»
St.-PIEi\RE,
Comment ! il serait possible...
Oui , monsieur , je n'ai rien , et n'en rougis pas... Après Fexplication que je voulais avoir avec vous, mon intention était de m'cngager, et de me fcâre soldat... st.-PiEKPtE, à part.
Est-ce jouer de malheur! je n en rencontre qu'un qui me convienne... je ne trouve qu'un s. ul homme qui soit digne d/ètre maître, et il n'a pas de domestiques!... Ça m'est éjjal, j'y mettrai de robsiination , et nous verrons... ( haut ) JNon, Monsieur, il r.e faut pas que cela vous dé-^ courage... Qu est-ce qui vous m.anque ? une fortunie!..* Eh! mon Dieu, ce n'est pas si difficile k acquérir... Il y a tant de moyens... le hasard, l'intrigr.e, et quelquefois même le mérite... Ne suis- je pas là, d'ailleurs ?
EDMOND
Comment! vous daigneriez ?...
st. -PI EURE
Oui... jeune homme... je serai votre guide, votre pro-^ tecteur, en attendant mieux.
EDMOND
Que voulez-vous dire ?
Sti'PIEP.RE.
Je vous l'expliquerai plus tard... Metiez-moi d'abord au fait de votre position.
EDMOND
Ce ne sera pas long... J'ai été riche, je ne le suis plus-
St.-PIERRE.
Je connais ça... Tout le monde en est là.
^îon père, le comte de Morinval, a quitté la Fraiice ^ il y a une trentaine d'années...
S'.-PIERÎIE.
Comment !... Que dites-vons là?... Vous èies le (Ik..* ri.éîiliei' direct des comtes de Moriavi.l ?
(ao)
EDMOJNTD.
Oui; Monsieur.
st.-piERRE, courant à la table.
Cette lettre... Oui.... c'est bien cela... Ali! mon Dieu! s'il était encore temps.
EDMOND
Que voulez-vous dire ?
St.-PIERRE. •
Rien ; car je ne veux pas vous donner de fausse joie ; mais cependant.!.
Air : de Marianne.
Si le sort comble mon attente, Je puis vous rendre , à l'impromptU ^ Cinquante mille francs de rente.
Et faute d'autre revenu.
C'est toujours ça, Mais jusques là Entre nous deux gardons ce secret-là.
EDMOND
Que dites- vous ?. . il se pourrait !.. Un tel trésor soudain me reviendraitV
Et pourquoi pas !.. chacun l'éprouve. En fait de fortune, à présent, A chaque instant, On en perd tant, Qu'il faut bien qu'il s^en trouve.
EDMOND
Mais daignez, au moins, m'éspliquer ce mystère»
St.-PIERRE, écrwant.
Mon avoué s'en chargera... Je vous adresse a lui... Un haljile homme..... Si la presc; iption n'est pas encore acquise, il suffira, je croîs, d'une seule signification, et je le comiais, il en fera plutôt deux qu'une... Holà! quelqu'un.
EDMOîfD.
Eti vérité, je ne sais si je dors, ou si je veille.