SCÈNE IV
SUZANNE, MORONIS.
SUZANNE, après un regard du côté de l'escalier, tombe assise sur le canapé de droite et, la tète dans ses mains, elle éclate en sanglots.
Ah ! mon Dieu ! mon Dieu !
MORONiS.
I Là, j'en étais sûr. Mais pourquoi aussi;avoir voulu venir? Pourquoi courir au-devant de ces cruelles émotions, quand le juge d'instruction avait consenti à vous les épargner?
SUZANNE
J'ai dû m'assurer, avant sa venue, que ses ordres avaient été exécutés.
Je m'en serais assuré aussi bien que vous.
SUZANNE
Allons, ne grondez pas. Depuis si longtemps, je n'étais entrée ici... j'ai eu le cœur serré en m'y retrouvant. C'est fini. Voyez, je ne pleure plus.
MORONIS.
Jusqu'à ce que vous pleuriez de nouveau. Ah ! quand serons-nous au bout de ces épreuves ? Quand me sera- t-il permis de vous emporter loin de ces lieux et d'arracher à Jamais de votre cœur le souvenir de cet homme qui, même [mort, ne cesse devons opprimer?
SUZANNE, accent de reproche.
Armand!...
MORONIS.
Pardon!... Suzanne!
SUZANNE
Si je pleure, c'est que, malgré moi, je suis obsédée par le souvenir de ce malheureux.
Encore quelques mois de patience, ma Suzanne, et votre existence sera transformée... Jusque-là songez à votre enfant, songez un peu à moi aussi; efforcez-vous de vous détacher de cet horrible passé.
SUZANNE
M'en détacher! Le puis-je, quand tout me le rappelle, cet hôtel que j'habite, le nom que je porte, les intérêts que je défends, les journaux que je lis, tout, jusqu'à ces formalités de justice qui se succèdent et ne me laissent pas dQ
MORONIS.
Peut-être celle d'aujourd'hui sera-t-elle décisive !...
SUZANNE, se levant.
Ah! espère-t-on découvrir l'assassin?
MORONIS.
S'il n'est pas découvert, l'affaire sera classée, comme on dit au Palais. On n'en parlera plus et peut-être cela vaudrat-il mieux.
SUZANNE
Quoi, c'est vous...