ACTE DEUXIÈME
GÉRARD
Avez-vous quelque raison de supposer qu'il gardât ordinairement chez lui de l'argent en grande quantité ?
SUZANNE
Je dois supposer au contraire qu'il en gardait très peu. Il payait en chèques tous ses fournisseurs ; en chèques, aussi, la pension mensuelle qu'il était tenu de me servir.
GÉRARD
Comment expliquez-vous que le jour de sa mort, il ait eu ces cinquante mille francs?
SUZANNE
C'est que probablement, il voulait taire à son banquier l'usage qu'il avait résolu d'en faire.
GÉRARD
Vous croyez donc qu'il a pu offrir à madame le cadeau que celle-ci déclare avoir reçu ?
SUZANNE
Il était si riche*
GÉRARD
Est-il à votre connaissance qu'il fût homme, après avoir fait une promesse, à ne pas la tenir?
SUZANNE
La vérité m'oblige à dire qu'il m'en avait fait de très solennelles en m'épousant et qu'il ne les a pas tenues.
Mouvement.
GÉRARD
De grâce, madame, ne nous égarons pas. La question qui se pose est celle-ci... Madame prétend que votre mari.
sa parole une fois donnée, a voulu la reprendre. Quelque Irait de sa vie autorise-t-il cette affirmation ? Voilà ce que nous avons intérêt à savoir.
SUZANNE
J'ignorais sa vie... elle était tellement en dehors de la mienne.
GÉRARD
Vous ne pouvez donc nous renseigner. Je ne vous retiens pas madame, j'espère ne plus avoir besoin devons.
SUZANNE
Je me tiens à votre disposition.
Elle sort.