ACTE DEUXIÈME
FONTAL, à Rose.
Voyons, ma chère, vous avez trop d'expérience pour ignorer comment ces choses se passent. On est auprès d'une femme, on s'emballe, on se grise, on lui promet monts et merveilles; puis, l'ivresse tombée, on n'a plus d'autre souci que de se dérober aux engagements qu'elle vous a arrachés.
OLGA
En voilà une morale !
DALBERT.
Ceux qui s'exécutent sont les naïfs, ceux qui se dérobent sont les malins.
OLGA
Et quand ils réussissent, ils appellent cela...
Rires.
GÉRARD
Nous n'avons pas besoin de savoir comment ils l'appellent. (a Rose.) Vous affirmez donc que M. de Véran vous a ramenée au seuil de ce pavillon à quatre heures du matin.
ROSE
Je l'affirme.
GÉRARD prend le leyolver qui est sur la table, monte T escalier et se plaC3 sur le palier.
Voici le revolver qui a servi à l'exécution du crime. (a Rose.) Venez vous mettre à mon côté, madame!
ROSE
Vous voulez me faire figurer dans cette atroce mise en scène?
GÉRARD
Montez toujours, (sue monte.) Prenez ceci! (ll lul met le roTolver dans les mains et redescend. Debout snr la dernière marche.) Et maintenant.
Rose Morgan, montrez-nous comment vous avez faitl
stupéfaction générale.
ROSE pousse un cri, en laissant tomber le rcTOlver.
Vous m'accusez!
Elle descend rescalier. Mauret s'est précipité pour lui porter secours et l'aide à s'asseoir près de la table.
GÉRARD
Je vous accuse ! Nous avons entendu votre version, toute de dissimulation et de mensonge. Voici la mienne. Si M. de Véran vous avait fait une promesse, il avait changé d'avis. Quand vous la lui avez rappelée, il Ta niée, cela résulte de vos aveux. De là votre irritation; de là aussi la querelle qu'a entendue Jeanrod et dont ces dames, vos amies, ont surpris les éclats. De là, enfin, Fefifort qu'a tenté M. de Véran pour vous apaiser, car ce n'est pas pour autre chose qu'il vous a appelée près de lui. Vous étant alors heurtée une fois de plus à sa volonté, vous avez feint de vous y résigner, mais vous étiez décidée à recommencer votre tentative! Restée seule avec lui, vous l'avez recommencée.
ROSE
C'est faux! C'est faux! A ce moment, j'avais obtenu ce que je désirais!
GÉRARDé
Non... Vos séductions avaient été aussi vaines que vos menaces.
ROSE
S'il vous entend, monsieur, il doit vous prendre en pitié, vous, mon accusateur, moi, votre victimei.. Car il sait bien que vos paroles outragent la vérité.