SCÈNE PREMIÈRE
ROSE, LA BARONNE CHARLIN, OLGA, MORONIS, MAURET, CERIZET, FONTAL, DALBERT, LA- GARDIE, JEANROD, LE PRÉSIDENT, Deux Assesseurs, L'AVOCAT GÉNÉRAL, MAITRE FARGET, Le Greffier, L'Huissier, Le Garçon DE salle, Les Jurés, Trois Gardes, Avocats, Spectateurs.
La Cour d'assises. — Au lever du rideau l'audience est en train. Rose est assise au banc des accusés entre deux gardes. Maître Farget au banc de la défense, avec un avocat assis à côté de lui. La baronne et Cerizet sont sur un banc à gauche. Sur un autre banc, adroite Olga, Dalbert, Mauret. Derrière eux, sur un autre banc, Lagardie et Jeanrod. Fontal est à la barre. Un garde se tient debout à la porte des témoins. Le garçon de salle est assis derrière la cour, près de la porte. Spectateurs muets assis un peu partout sur les bancs. Le président cause avec les assesseurs penchés vers lui.
LA baronne, à Uoronis qui entre.
Arrivez donc, vous manquez le plus intéressant.
MORONIS, 8'aseyant à côté d'eUe,
Je viens d'envoyer à madame de Véran, un compte rendu
de la première partie des débats. Dispensée de comparaître, elle a tenu à connaître les incidents du procès. Sa voiture &it la navette entre son hôtel et le palais.
LA BARONNE
C'est bien imaginé.
LE PRÉSIDENT, à FonUl.
Veuillez achever votre déposition,
FONTAL.
Mais, je n'ai plus rien à dire, monsieur le président.
LE PRÉSIDENT
Cependant, devant M. le juge d'instruction, vous avez été moins discret. Vous avez donné sur la vie de l'accusée, sur ses habitudes, des détails...
FONTAL, YlYoment.
J'étais son agent de change... rien de plus.
LE PRÉSIDENT
Un agent de change très attentionné... très empressé; vous viviez dans son intimité, dans celle des femmes qui la fréquentaient.
FONTAL.
Oh! dans son intimité!... Quand on est marié et qu'on a cinq enfants...
LE PRÉSIDENT, sourire ironique.
Ce n'est pas toujours une raison... mais je comprends votre embarras et je ne veux pas insister; j'ai cependant le devoir de faire remarquer que la nature de vos rapports avec cette femme et l'expérience que vous avez de son caractère donnent une certaine autorité à l'opinion que vous avez exprimée sur elle. Vous lui reprochiez au cours de
ACTB TROISIÈME. 67
l'instruction, je cite vos paroles, la ténacité qu'elle apportait dans la défense de ses intérêts, son goût immodéré pour l'argent.
FONTAL.
Il ne feut rien exagérer... Elle était, comme on dit, près de ses pièces... mais c'est tout.
l'avocat général.
Même réduite à ces termes, l'observation dans les circonstances actuelles, a son importance.
LE PRÉSIDENT
Messieurs les jurés la retiendront (a Fonui.) Vous pouvez vous asseoir.
FONTAL, allant s'aiseoir & côté de Lagardie.
Est-il assez indiscret, ce président... Et penser que le repos d'un ménage est à la merci de ces gens-là!...
LAGARDIE
Ne vous plaignez pas, mon cher... S'il avait tout dit...
Ils causent à Toiz basse.
LE PRÉSIDENT, & rhaissier.
Le témoin suivant (L'huUsier se dlnge yen la porte des témoins. —
Aax jurés.) G'ost le dernier.
CERIZET, & la baronne.
La belle Gisèle...
LA BARONNE, à Ceriiet.
Une horizontale?
CBRIZBT.
Elle ne sera pas tendre pour l'aGCUsée celle-là...
Comment le savez-vous, monsieur?
CERIZET, myslérieux.
J'ai publié à l'avance sa déposition dans mon journal.
LA BARONNE
Oh! ne me dites rien... Je veux en avoir la surprise.