ACTE QUATRIÈME
LA MARQUISE
Son passé surtout.
LA BARONNE
Ah! oui, son passé, parlons-en... Quand le président le lui a rappelé, j'ai cru que le ministère public allait requérir le huis clos.
LA MARQUISE, riant.
C'eût été dommage.
LA BARONNE
N'empêche qu'elle. est charmante, la coquine. Une voix délicieuse... un tact extraordinaire, des manières d'une distinction... 11 parait, d'ailleurs, qu'elle n'est ainsi que depuis que le Père Vignal l'a convertie... Elle a été touchée par la grâce et aussi par la beauté du prédicateur, à ce que racontent les mauvaises langues... Et ce doit être vrai, car, tandis qu'il parlait en sa faveur, elle avait une attitude extatique... et lui...
LA MARQUISE
Vous calomniez le Père Vignal...
LA BARONNE
Le calomnier, moi ! Dieu m'en garde.
SUZANNE
Et à quelle peine peut-elle être condamnée?
A quelle peine?... attendez donc... M. de Moronis me l'a
dit... Ah 1 m'y voilà... (comme si elle cherchait à se sourenir.) LcS
travaux forcés à temps... si le jury écarte la préméditation et admet les circonstances atténuantes... S'il est affîrmatif sur la question de meurtre et de vol... la mort.
SUZANNE, d*ane voix étouffée.
La mort I
LÀ BARONNE
Ne soyez donc pas dupe de votre cœur, ma chère... Si cette malheureuse n'a pas commis le crime pour lequel elle est poursuivie, elle a sans doute commis tant d'autres méfaits... Et c'est vraiment bien du bruit pour une gourgandine retirée de la circulation.
LA MARQUISE
SoitI Mais, il est quelqu'un encore plus méprisable qu'elle...
LA BARONNE
Qui donc ?
LA MARQUISE
L'assassin.
SUZANNE, accablés. — A part.
L'assassin !
LE VALET DE PIED, entrant.
M. de Moronis.