‹ Un drame parisien; pièce en cinq actesChapitre 66 sur 81 · SCÈNE VI SUZANNE, VIGNAL · texte numérisé non relu

SCÈNE VI SUZANNE, VIGNAL

VIGNAL

n faut que vous m'écoutiez, madame... Il y a quelques mois, dans une église, un prêtre descendait de chaire... Une lèmme, une inconnue, se présenta à lui... Elle venait le

supplier de l'entendre en confession... Il consentit à Técouter... C'est ainsi qu'il reçut Taveu d'un crime, qu'en une heure d'égarement, elle avait commis. Elle sollicitait le pardon que le confesseur, au nom du Dieu qu'il représente, doit accorder au pécheur qui se repent. Le prêtre, comme c'était son devoir, exigea de sa pénitente une autorisation et une promesse, l'autorisation pour lui, si jamais une innocente était accusée, d'aller devant la justice attester son innocence; la promesse que, si cette attestation solennelle ne conjurait pas une sentence injuste, la coupable irait elle-même se dénoncer. La pénitente autorisa et promit. A ce prix, le prêtre laissa tomber sur elle les paroles sacrées de l'absolution. Elle se retira réconciliée avec le ciel et la conscience en paix...

SUZANNE

Oh! en paix... Les remords ne m'ont pas fait grâce.

La justice divine avait désarmé ; mais, la justice humaine ne désarmait pas. Une innocente fut arrêtée, jetée en prison, l'objet d'une instruction criminelle et traduite en Cour d'assises. Ah ! madame, ce que ce prêtre a souffert alors, partagé entre l'impérieux besoin de nommer le meurtrier et les serments qui lui défendaient de le nommer!... Que de fois ils lui ont pesé, ces serments redoutables!... Mais il ne pouvait les trahir... Il ne les a pas trahis... Seulement, fort de l'autorisation qu'il avait reçue, il s'est présenté aux juges. Il leur a déclaré que la femme amenée devant eux n'était pas coupable... Contrairement à son espérance, sa parole ne les a pas convaincus. Il ont prononcé une condamnation... L'heure est donc venue...

SUZANNE

Mon sacrifice a été résolu depuis le jour où, sans me connaître encore, vous m'avez tracé ma conduite...

Page 1