SCENE PREMIERE
AUBRY, dans le fond, CHALAIS, occupé à écrire devant une table sur laquelle sont deux bougies allumées. L'horloge sonne cinq heures.
CHALAIS
Déjà cinq heures du matin ! le jour commence à paraître. ( // tire une boîle de son sein , embrasse à plusieurs reprises ce quelle contient , et l'attache sur une lettre qu'ilvient de ployer.) Aubry !
AUBRY
Monseigneur?
CHALAIS , désignant une lettre qu il prend sur la table.
Cette lettre est pour ma mère, [montrant le pacj^uet.) Ceci, pour une personne dont tu ne prononceras jamais le nom : madame de Chevreuse. Je dépose le tout ici. (// ouvre un panneau de la boiserie, à gauche du spectateur.) J'emporte la clé. Si je ne rentrais pas ce soir , tu briserais ce panneau, et tu remettrais ce qu'il contient à son adresse ; mais auv personnes désignées, à elles seules.
AUBRY
Oui , monseigneur.
CHALAIS
Ah! j'oubliais le sauf-conduit de l'abbé de Gondi. (// signe un papier et le met dans sa poche.) Tu vas faire seller de suite mon meilleur cheval ; et surtout qu'on ne fasse pas de bruit, on pourrait réveiller ma mère.
AUBRY
Tous vos ordres seront exécutés , monseigneur.
CUALAIS.
Ah ! lu laisseras aussi la grande porte ouverte , car je vais sortir.
AUBRY
Seul , monseigneur ?
CUALAIS.
Oui.
AUBRY
Si j'osais vous demander la permission de vous accompagner ? Monsieur le comte connaît ma discrétion , et il peut avoir besoin de quelqu'un.
CHALAIS
Non, mon ami, je te remercie de ton zèle. Gomme te voilà ému ! est-ce donc la première fois que tu me vois sortir à cette heure? Allons donc , mon pauvre Aubry, pas d'enfantillage. Ya.
( Il détache son épée et la met sur la table.)