SCÈNE III
CHAlLAlIS , GONDl , passant la tête à la porte.
GONDI
C'est moi, monseigneur.
(Il entre portant une épée à son côté et des pistolets à sa ceinture.) CHALAIS.
Que veut dire ceci, xaox\?Àe\xv 2 [montrant la pendule.) Cinq heures un quart , vous voyez , et notre rendez-vous n'est que pour six heures. Craignez-vous donc que je manque d'exactitude?
GONDI
Votre réputation m'est trop connue, monsieur le comte. Non ; je sais fort hien qu'à l'heure précise je vous aurais trouvé au rendez-vous , le pistolet ou l'épée à la main , et prêt à me faire payer cher toutes mes extravagances , pour peu que je vous en eusse laissé le temps.
CHALAIS
Pourquoi cette visite alors ? Nous avons encore trois quarts-d'heure.
GONDI
Je le sais, et c'est précisément là ce qui m'amène.
CHALAIS
Comment?
GONDI
Passé ce temps , je n'aurai plus une seconde à vous donner.
CHALAIS
Pourquoi donc , monsieur ?
GOKDI.
Parce que j'ai à six heures une affaire également importante , qu'il ne m'est pas possible de traiter dans le même lien , et que je n'ai pas encore trouvé le moyen d'être dans deux endroits en même temps.
CHALAIS
Ah! un rendez-vous encore?
GONDI
Précisément.
CHALAIS
Rassurez-vous. Il est probable que , dans tous les cas , yous manquerez l'un ou l'aulrc.
GONDi, en rianl.
J'ai plu3 de confiance que monsieur le comte , et c'est pour cela que je voudrais tout concilier. cH.vLAis , avec impatience.
Mais, monsieur, c'est moi qui le premier vous ai provoqué : l'autre personne attendra.
GONDI
Je n'aurais pas hésité aie lui proposer, si je| n'avais eu à faire qu'à une simple mortelle ; (un rendez-vous d'amour, vous le voyez,) mais c'est|à une divinité de l'Olympe que mes vœux se sont adressés ; elle a daigné les exaucer , et une déesse, quelque petite qu'elle soit, n'est pas faite pour attendre. Celle-ci surtout , que tant de respects et d'hommages ont entourée ! c'est la blanche Phœbé , qui , au milieu d'un essaim de nymphes , brillait d'un si vit éclat dans cette soirée enivrante.
CHALAIS
Je ne vous demande pas à^la connaître.
GONDl.
Comme il vous plaira ; d'ailleurs toute la cour l'apprendrai demain.
CHA.LAIS
J'en seraisfâché pour vos bonnes fortunes, monsieur; mais s'il ne me plaisait pas de changer l'heure de notre combat?
GONDI
J'obéirais à vos ordres , monsieur le comte ; mais il y aurait vraiment de la cruauté.
Air : Ainsi qu'au temps de la cJieualerie. C'est dans Ja nuit que règne ma déesse ; Là seulement elle brille à nos yeux.
L'éclat du jour la fatigue et la blesse; Vojez! l'aurore a paru dans les cieux.
De nos maisons elle a blanchi le faîte ; Ah! dans l'instant où, pour fuir son retour, Ma déité va gagner sa retraite , N'exigez pas que je reste au grand jour. {l>is.) C'est un service qu'en pareil cas je serais prêt à vous rendre.
CIIALAIS.
Eh bien! monsieur, marchons.
GO^iDI.
Je n'attendais pas moins de votre générosité. CHALAis, lui donnant un papier qu'il tire de sa poche. Votre sauf-conduit.
GONUi , le lisant.
Votre excellence voudrait-elle y mettre deux noms? Ma déesse consentira peut-être à adoucir les rigueurs de mon exil , et comme elle est mariée.. ,
CHALAIS
Ceci est votre affaire, monsieur. ( indiquant les pistolets et Cépée de Gondi. )Tous ces apprêts sont-ils nécessaires?
GONDI
Ils VOUS indiquent que vous avez le choix des armes.
CHALAIS
Je VOUS le laisse.
GONDI
Oh ! cela m'est tout-à-fait indifférent, à moi
CHALAIS
Eh bien ! alors, à cheval.
GONDI
Soit.
CHALAIS
Al'épée et au pistolet.
GONDI
J'ai l'un et l'autre.
Jusqu'à ce que l'un des deux reste sur Ja place.
GONDt.
Hein?
CHALAIS
Ce combat VOUS étonne, monsieur?
GONDI
Je ne le propose jamais , mais je l'accepte tou jours*
CHALAIS
Allons.
'SCENE ÏY.
AUBRY, CHALATS, GONDI.
AUBRY , bas â Chalais.
Une dame masquée veut absolument parler à monsieur le comte.
CHALAIS
Une dame !
GONDI
Eh bien ! monsieur le comte?
CHALAIS
Un moment, monsieur.