‹ Un duel sous le cardinal de RichelieuChapitre 31 sur 39 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

CHALAIS, LA DUCHESSE

( L'horloge marque deux heures.) LA DUCHESSE.

Monsieur , quelle est donc cette lettre dont vous parliez ?,

CHALAIS, avec desespoir.

Cette lettre? Je l'écrivais ce matin , avant de partir pour ce duel : elle vous était adressée.

LA DUCHESSE

A moi! et que renferme-t-elle , mon Dieu?

CHALAIS

Mon amour , le vôtre ; des aveux qui vous perdent.

Que dites-vous?

CHALAIS

Tout cela est entre les mains du cardinal , et sera bientôt entre celles de ton mari.

LA DUCHESSE

Il me tuera. Oh ! j'ai peur , j'ai peur.

CHALAIS

Silence! ou tu es perdue. Ecoute , un seul parti te reste: fuir.

LA DUCHESSE

Oui, comment?

CHALAIS

Tous deux.

LA DUCHESSE

Jamais, monsieur.

CHALAIS

A.ttends-toi donc à mourir ici ; mais avec lui , avec moi.

LA DUCHESSE

Vous me faites frémir.

CHALAIS

Penses-tu que je consente à sauver mes jours quand les

tiens sont menacés? Tu préfères la mort : eh bien! elle nous frappera tous trois.

LA. DUCHESSE

Ab! vous m'avez perdue *.

CHALAIS

Allons! pas de cris, pas de plaintes maintenant. Ecoute : je vais sortir d'ici. Je t'attendrai à la porte Saint-Paul. Une heure le suffit pour m'y rejoindre : lu trouveras un prétexte. Ce n'est plus mon amour qui te parle , ce n'est plus pour lui que je te presse de fuir. Non ; ton oncle est gouverneur de Champagne : eh bien ! je te remetti^ai dans s5s bras : il te protégera ; et moi , moi , je respecterai ta douleur , je te dirai adieu pour toujours.

LA DLCHESSE.

Oui : j'irai implorer son appui , mais seule.

CHALAIS

L'oseras-tu? en sera-t-il temps? Non, c'est moi qui dois t'y conduire.

LA DUCHESSE

Vous ! eh ! ne suis-je pas assez coupable?

(On entend les pas de Chevreuse dans la coulisse.)

CHALAIS

Un mot de plus , c'est fait de nous tous.

SCÈî^E YIII.

LA DUCHESSE, CHALAIS, CHEVREUSE, puis un

DOMESTIQUE

CHEVREUSE

Venez, mon ami, tout est prêt, [^indiquant la porte à droite.) Ce cabinet conduit par un escalier dérobé dans le jardin de l'hôtel. Il touche presque à la porte Saint-Antoine. Un cheval vous attend ; dans quelques minutes vous serez hors de Paris.

CHALAIS

Permettez-moi de Vous rendre grâce , monsieur le duc.

CHEVRKUSE.

Le cardiiial croit sans doute vous surprendre au Louvre bu à votre hôtel : pendant que ses espions vous chercheront ici , vous aurez passé la IVontière.

UN DOMESTIQUE, de la porte du fond.

La reine fait demander madame la duchesse.

* La Duchesse, Ghaidis.

CHEVREUSE

C'est bien. ( Le domestique sort. ) Elle est inquiète peut» être de ce qui se passe ; elle craint que vous soyez arrêté. Partez , les instans sont précieux.

( Il va ouvrir la porte du cabinet.)

cuALAis, bas à la duchesse.

Saisissez ce prétexte : rejoignez-moi à la porte Saint-Paul, ou dans une heure je viens vous chercher.

CHEVREUSE

Allons , mon ami !

CHALAis , en saluant la duchesse.

Adieu , madame, [bas.) Dans une heure , ou je me livre.

CHEVREUSE

Venez.

(Il conduit Chalais dans le cabinet.)

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