SCÈNE VIL
CHALAIS, LA DUCHESSE
( L'horloge marque deux heures.) LA DUCHESSE.
Monsieur , quelle est donc cette lettre dont vous parliez ?,
CHALAIS, avec desespoir.
Cette lettre? Je l'écrivais ce matin , avant de partir pour ce duel : elle vous était adressée.
LA DUCHESSE
A moi! et que renferme-t-elle , mon Dieu?
CHALAIS
Mon amour , le vôtre ; des aveux qui vous perdent.
Que dites-vous?
CHALAIS
Tout cela est entre les mains du cardinal , et sera bientôt entre celles de ton mari.
LA DUCHESSE
Il me tuera. Oh ! j'ai peur , j'ai peur.
CHALAIS
Silence! ou tu es perdue. Ecoute , un seul parti te reste: fuir.
LA DUCHESSE
Oui, comment?
CHALAIS
Tous deux.
LA DUCHESSE
Jamais, monsieur.
CHALAIS
A.ttends-toi donc à mourir ici ; mais avec lui , avec moi.
LA DUCHESSE
Vous me faites frémir.
CHALAIS
Penses-tu que je consente à sauver mes jours quand les
tiens sont menacés? Tu préfères la mort : eh bien! elle nous frappera tous trois.
LA. DUCHESSE
Ab! vous m'avez perdue *.
CHALAIS
Allons! pas de cris, pas de plaintes maintenant. Ecoute : je vais sortir d'ici. Je t'attendrai à la porte Saint-Paul. Une heure le suffit pour m'y rejoindre : lu trouveras un prétexte. Ce n'est plus mon amour qui te parle , ce n'est plus pour lui que je te presse de fuir. Non ; ton oncle est gouverneur de Champagne : eh bien ! je te remetti^ai dans s5s bras : il te protégera ; et moi , moi , je respecterai ta douleur , je te dirai adieu pour toujours.
LA DLCHESSE.
Oui : j'irai implorer son appui , mais seule.
CHALAIS
L'oseras-tu? en sera-t-il temps? Non, c'est moi qui dois t'y conduire.
LA DUCHESSE
Vous ! eh ! ne suis-je pas assez coupable?
(On entend les pas de Chevreuse dans la coulisse.)
CHALAIS
Un mot de plus , c'est fait de nous tous.
SCÈî^E YIII.
LA DUCHESSE, CHALAIS, CHEVREUSE, puis un
DOMESTIQUE
CHEVREUSE
Venez, mon ami, tout est prêt, [^indiquant la porte à droite.) Ce cabinet conduit par un escalier dérobé dans le jardin de l'hôtel. Il touche presque à la porte Saint-Antoine. Un cheval vous attend ; dans quelques minutes vous serez hors de Paris.
CHALAIS
Permettez-moi de Vous rendre grâce , monsieur le duc.
CHEVRKUSE.
Le cardiiial croit sans doute vous surprendre au Louvre bu à votre hôtel : pendant que ses espions vous chercheront ici , vous aurez passé la IVontière.
UN DOMESTIQUE, de la porte du fond.
La reine fait demander madame la duchesse.
* La Duchesse, Ghaidis.
CHEVREUSE
C'est bien. ( Le domestique sort. ) Elle est inquiète peut» être de ce qui se passe ; elle craint que vous soyez arrêté. Partez , les instans sont précieux.
( Il va ouvrir la porte du cabinet.)
cuALAis, bas à la duchesse.
Saisissez ce prétexte : rejoignez-moi à la porte Saint-Paul, ou dans une heure je viens vous chercher.
CHEVREUSE
Allons , mon ami !
CHALAis , en saluant la duchesse.
Adieu , madame, [bas.) Dans une heure , ou je me livre.
CHEVREUSE
Venez.
(Il conduit Chalais dans le cabinet.)