QUE NOUS
l'un.
Peste ! le moyen d'être pauvres et d'avoir tort avec de telles précautions ! Mais cette autorisation que vous vous donnez ainsi , quel empire peut-elle exercer sur les intelligences des autres, et de toute une grande nation aussi éclairée surtout que la nation française ?
l'autre.
Quel empire ? un empire souverain. Nous sommes l'esprit, la raison, la conscience de l'état. Devant nous , devant nos décrets, nos ordonnances, nos arrêtés, nos statuts, s'inclinent avec respect et soumission , tribunaux, conseils administratifs, et les départements et les communes, le peuple sou-
veraintoutentier. Nous l'avons proclamé tout-puissant, éternel, Dieu, et nous sommes ses instituteurs uniques , ses moralistes , ses guides suprêmes. A r heure qu'il est , il ne reste à V éclectisme cV autre ennemi que le sensualisme exclusif et le théocratisme fanatique , mais Vun et Vautre peu redoutables et comme frappés d'impuissance, (i) Notre autorité s'étend jusqu'au catéchisme, jusqu'à la théologie. Nous seuls les faisons pour les écoles, ou donnons l'autorisation de les faire et de les enseigner , et le clergé lui-même se soumet aux grades théologiques que nous avons inventés pour constater le savoir au sein du sacerdoce (2), et que nous donnons, au nom de l'état, à qui nous jugeons être capable.
l'un.
Les choses alors sont diablement changées depuis que j'ai quitté ce monde sublunaire! Il n'y a donc plus de Christophe de Jkaumont, plus de Sorbonne , plus de Parlement?
l'autre.
Nous sommes tout cela , ou nous le dominons. Nous sommes l'état , nous sommes l'université, les grands et les petits collèges , l'enseignement du droit , renseignement de la médecine , l'enseigne-
(1) Manuel de philosophie, adopté pour renseignement des collèges royaux et communaux.
(2) Rapport officiel du grand-maître Salvandy. 1S38.