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Un éducateur d'il y a cent ans

Sommaire. — L'intérêt de la petite histoire. — Le manque d'instruction au Canada il y a cent ans. — L'initiative de n<>- lieux curés. — M. Ducharme. — ■ Sources où l'on peut se — -Ai pied

du portrait de AL Ducliarnie. — Talem i - '■> anibiatnus. —

lité d'un retour vers les anciens. - Rô e du f<itntn ou mieux dprovidence. — Jeunesse il»' M. Duchanne. - Il naît à Lachine, vier 17SG. — ■ Ses études à Montréal. - . —

Comment il répond aux vue- de Dtieu. —S des lel

formation à la piété, à l'esprit de • "tu. —

de la religion dan- un système d'éel cation. — et d'un jésuite. — Le dévouement. - - I-'. zèle pour l'instruction de la

tninaire l'âme d

était fier.— I] ouvre une c — S

Au presbytère. — Comment £ années. - de M. Niant

de nos fondateur- de privation- que s'impose le fonda

dan< son vrai cadre. - ■ !>'- dp [ne 0

s'amuse. i.<- collège jaune s de M.

charme: au dortoir, au réfectoire, en classe. — Sa manière. — Comment l'aide son heureuse mémoire. — Il pratique le dévouement. — Protection de Mgr Bourget. — Ordination de M. Doucet en 1840. — I/évêque le laisse à M. Ducharme. — Mandement d'érection du petit séminaire on 1841. — Les " séminaristes " portent la soutane. — Cérémonie de l'institution d>u petit séminaire le 21 janvier 1842. — Vingtcinq élèves en soutane. — Sermon de M. Billaudèle. — Prospérité croissante. — Commencements d'un nouveau séminaire en 1S46. — Appel aux paroissiens et au gouvernement. — Maladie de M. Ducharme. --■ Il se résigne difficilement. — Embarras de M. Duquet et de M. Dagenais. — Mgr Bourget envoie deux jésuites (1S48-1849). — On quitte la soutane. — M. Stanislas Tassé. — La fin de la carrière de M. Ducharme d'après M. Dagenuis. — Mort de M. Ducharme, le 25 mars 1853. — Ses funérailles. — Son oeuvre subsiste. — Cet éducateur d'il y a cent ans a bien mérité de la patrie !

Il est toujours singulièrement émouvant de remuer les souvenirs des choses et des gens d'autrefois. C'est Mgr d'Hulst, croyons-nous, qui disait un jour que rien n'est plus fécond pour l'instruction de l'avenir que d'incliner le présent devant le passé. Eien non plus nVsi davantage fertile en émotions bienfaisantes. Notre histoire à nous, Canadiens de descendance française, qui avons été abandonnés ou cédés, il y a un siècle et demi, à un vainqueur conscient de force, c'est le moins qu'on puisse dire, n'est x^is encore assez connue. Sans doute, elle n'est plus — depuis les solides travaux de nos (îarneau et de nos Ferland, de nos Suit»* et de ; Becelles, do nos David et de nos Chapais, de nos Roy et de nos Groulx — "cet écrin de perles ignorées", dont parlait le poète Fréchette, l'un des anciens présidents de notre Société Royale, en un vers accusateur. Mais elle encore toute pleine de faits et de dévouements, collectifs ou isolés, peu connus, qui peuvent avec avantage «m profil être mis en plus liante lumière. I < - ï ou là. sur un point du pays, telle époque déterminée. <]i>* hommes de bien ont conçu <-t réussi des oeuvres qui méritent de fixer L'attention. C'est une mine toujours riche à exploiter.

Il y a cent ans, au Canada, il a'y avait pas encore, ou il y avait peu, d'écoles élémentaires. Quarante ans après la i 3 sion, une loi, celle du 12 août 1801, renouveler le 18 octobre 1818, avr.it créé ce qu'on avait appelé l'Institution Royah pour l'avancement des sciences, ('et te loi pourvoyait bien à L'établissement d'écoles publiques par tout le pays. Mais. comme elle avait été conçue et élaborée dans un esprit d'hostilité marquée à la religion et à la langue «les plus anciens habitants des rives du Saint-Laurent, elle devait échouer et elle

échoua. "L'Institution Royale, c'est un fait, ne compta guère jamais plus de dix-sept paroisses catholiques où elle put établir des écoles. Ailleurs il n'y avait rien d'organisé. Tout au plus trouvait-on quelques écoles privées, libres, fréquentées pair peu d'enfants. La jeunesse, en fiait d'instruction, ne recevait que ce que pouvaient donner les parents eux-mêmes ou de i rès rares maîtres ambulants. Seuls, depuis la cession, quelques couvents, avec les séminaires de Québec et de Montréal, avaient pu instruire un nombre plutôt restreint de filles et de fils de l'ancienne colonie française. Cela revient à dire qu'on était loin alors des sonsrt-iptions de 25,000, de 50,000 et même de 100,000 dollars pour une oeuvre universitaire î

C'est Fesprit d'initiative et le généreux dévouement de quelques-uns de nos bons vieux curés qui devaient, pour nous, sauver la situation. On comprendra qu'un prêtre, si modeste soit-il, ne saurait le constater sans quelque fierté. Précisément, l'objet de cette étude est de faire connaître aux membres de la Société Royale l'un de ces vénérables prêtres d'il y a cent ans qui, comme Brassard à Nicolet, Girouard à Saint- Hyacinthe, Painehaud à Pocatière, Labelle à l'Assomption et d'autres ailleurs, fut un curé-fondateur et un curé-éducateur : nous voulons parler de M. le curé Charles-Joseph Ducharme. fondateur du séminaire de Sainte-Thérèse. Les circonstances de recherches nous ayant été favorables, nous avons confiance qu'il nous sera facile de voir ensemble jusqu'où il est intéres sant de constater comment la providence prépara M. Ducharme à sa mission, comment aussi il répondit aux vues de Dieu sur lui et comment enfin il assura le succès de son oeuvre.

Mais d'abord, quelques notes préliminaire* >'iu Où peut-on se renseigner mil- M. Ducharm • et,

d'après ces renseignements, quel homme était-il ?

Au lendemain même de la mort de M. Ducharme, en 1 v •".-".. l'un de ses meilleurs amis, M. L'abbé J rer-

main, curé de Saint-Laurent, écrivait a soi courte

notice. Elle est, croyons-nous, restée Inédite. 3 On peut pendant la lire en manuscrit dans un cahier où l'on a recueilli plusieurs lettres de M. Ducharme et qui se c< e aux

archives de Sainte-Thérèse. Presqu'en même temps, st-àdire toujours en \^:i, M. l'abbé Louis I1 ais, qui fut supérieur de Sainte-Thérèse de 1862 à L868, préparai! une notice plus complète sur M. Ducharme. Celle-ci fui publiée, 'dix ans plus tard, dans une brochure, éditée en L865, chez Senécal, à Montréal. La même brochure donnait en j>lus une étude de AL l'abbé Antonin Nantel —qui fut longtemps, lui aussi, supérieur du séminaire — sut .M. Ducharme orateur. Ce dernier travail avait viv lu, en séance académique, an minaire, la deuxième année de l'existence de l'académie Saint- Oharles, le 1 novembre 1864, jour <>ù l'on inaugurait, dans la vieille église de la paroisse, nu monument à la mémoire de l'ancien curé-fondateur. ' Outre ces deux notices biographiques et cette étude sur M. Ducharme orateur, nous avons encore la longue liasse de ses lettres, conservées aux ar-

i Eli»- ;i seulement été publiée dans la liinervi du temps. '■.-•'. \

- Publiée aussi d'abord dans la Minerve. E.-J. A.

■ Publiée dans la Revue canadienne (juin L865). E.-J. \.

4 En isiu. c'est l'écolier Jean-Baptiste Proulx, qui fut recteur de Laval à Montri ilder Paul LaKocque, aujourd'hui Mgr

LalRooque, évêque de Sherbrooke, qui étai

secrétaire de raoadémîe Saint-Charies, M. Proolx avait suecé ime

présidenl à l'écoUer Zéphirin Lorrain, qui devait deva premier évêque de Pembroke. E.-J. A.

ehives de l'archevêché de Montréal, et dont on connait au moins deux séries de copies, l'une, moins considérable, aux archives du séminaire de Sainte-Thérèse, l'autre plus complète, qui est la propriété de M. le curé Aldéric Desjardins.de Sainte Geneviève. De plus, de 1S80 à 1918, les Annales térésienru 1-intéressante publication collégiale éditée par les directeurde la maison, qui a paru avec des interruptions, mais qui en quand même a sa seizième année, a donné en différents temps, soit sons la plume de M. Proulx, sr.it sous celle de M. Nantel — ton* les deux déjà nommés — , de substantiels articles sur la jeunesse de M. Ducharme et sur les eornrnencements de son oeuvre. Ainsi les Annales ont publié, en novembre 1880, La jeunesse de AI. Bu charnu (M. Proulx) ; en dé cembre 1880, P< de M. Ducharme; en février 1881, Mgr

Bourget et les origines du séminairi et le Mandement d'érection minain : en avril 1881,Ly inauguration du seminain : en avril et juin 1882, M. Ducharm< et h séminaire (M. Proulx ) ; en janvier 1SS3. M. Ducharme vicaire i M. Proulx | : puis, plus tard, en novembre 1894 et en février 1895, Les préludes d'un» grandi o<:urre (M. Nantel); enfin, en janvier 1918, Ia 8 y/' mit rs < ommenc ments l M. Nantel ». De la sorte. nous sommes en po>- sssion d'un ensemble de documentécrits, de première ou de seconde main, assez précis et fort rs.

Ce qui vaut, sans doute, tout autant, sinon mieux, cV>r d'aller consulter, ainsi que nous le faisions le 2 mat s dernier, le vénérable chanoine Nantel, aujourd'hui dans sa quatrevingtième année, mais, comme ses contemporains et condisciples. MM. Routhier et David, nos éminents collègues, toujours si alerte et si dispos, et dont l'heureuse mémoire, pas plus que son coeur reconnaissant, n'a jamais su vieillir. Arrivé a Sainte-Thérèse à 11 ans, en 1851. M. Xantel a connu M. Dueharme vieillard (il est mort en 1853, à 67 ans). Il a

surtout connu ceux qui avaient été les première " enfla de M. Ducharme, les MM. Piché, M. Duquet, M D g M. Thibault, ML Tassé. . . ( "est bien dommage q études de langues — cor M. Nantel est un ling iste < un chercheur auquel l'avenir rendra hommage - ite,

ertain sentiment de modestie, devant lequel n que noua incliner, ne lui aient pas | - d'écrire l'histoire

de M. Ducharme avec celle des conimencements A 8 ite- Thérèse. Sa plume, très sure, eut, mieux iju<- toute air élevé le monumentum œn perennius < | ni ••ût convenu !

it cas, pour qui vent se Paire une idée de La père . de

l'esprit d'initiative et du beau talent de M. Ducharme, rien n'est plu* profitable que deux heures de causerie avec M. Xantel.

Il y a, à Sainte-Thérèse, dans l'un des salons <1<* la maison, un beau portrait à l'huile de M. Ducharme. Alors dans la force de l'âge, le digne prêtre est représenté portant un rabat à l'ancienne façon et tenant dans sa main un livre tout ind ouvert. Il a belle tête et noble figure, avec une cheve- 1 lire abondante, légèrement ondulé i yeux pénétrants, une large bouche, un nez délicat et fin, surtout un front - . un vrai front de penseur. " Il était, raconte M. Dagenais, d'une taille au-dessus de la moyenne et d'une constitution vigoureuse. Malgré la vie dur»1 qu'il avait menée, à l'âge mûr il avait assez d'embonpoint Bon teint était animé, - - ux vifs, les traita de son visage réguliers et délie bs 8a figure imposant»* aspirait 1** respect " " Par son esprit, sa piété,

■ M. NanteJ a publié un volume 1 >ï< humaine, où -

sée une théorie fort originale sur l'origine des Le Pi

îil. missionnaire cfaea - ipérieu:

- inte-Thérèse *\ - livre de M. Nantel <|'f;'.

clef du langage des Esquimaux. IX* même le 5, un -vie

sionnaire. n<i Tarit paa d'éloges sur la valeur de ce livre. — K.-.T. A.

ses vertus et son mérite, écrit de son côté M. Saint-Germain. M. Ducbarme devra occuper une belle page dans l'histoire de notre pays. On trouvera peu d'hommes qui, avec les faibles moyens dont il disposait, aient fait autant de choses pour le bien public. " Il nous plairait beaucoup de pouvoir constamment lire ces deux citations au bas du portrait du fondateur de Sainte-Thérèse î Très simplement, elles l'expliquent et le font nous parler, à nous qui ne sommes venus au collège que trente ans exactement après sa mort. On se sent en présence d'un prêtre de haute valeur et d'un patriote convaincu, autant que d'un ami de la jeunesse. Sa physionomie est de celles qui ne trompent point. Ne saurions-nous pas quelle oem fut la sienne que nous éprouverions nettement, rien qu'à regarder son effigie et à lire ces deux courtes appréciations de ses contemporains, qu'il a dû être quelqu'un, vouloir et pouvoir quelque chose. Au pied du portrait de son patron, saint Charles Borromée, ce grand maître de la jeunesse dont il voulut également faire le patron de sou séminaire, M. 1 Micharme avait placé lui-même, si nous ne nous abusons pas, la belle sentence latine que tous les térésiens connaissent: TV lem defensorem ambiamusï Elle s'applique à lui-même, toutaussi bien. On ne saurait marcher sur les traces ou suivre les pas d'un meilleur modelé et d'un plus noble défenseur! En un sens très réel, le portrait de M. Ducharme est éloquent, comme le fut sa parole et comme le fut sa vie.

Et ce nVsi ]»as inutile, assurément, à cette période de noir»* vie nationale canadienne où nous en sommes arrivés, d€ méditer devant le portrait ou le souvenir d'un tel homme. On parle beaucoup, de nos jours, et ce n'est pas sans raison, de progrès e1 de marche en avant. "Nous sommes arriérés, nous répète-t-on sans cesse. Tout est à faire! Il nous faut des compétences, des élites, et, pour les mieux former, il nous faut des millions! Enfin, ajoutent d'autres, la génération est v<

nue de ceux qui veulenl t faire grandir la

Lais.son.s-la les vieux sentiers battus de la routine! Instruisons-nous, élevons-nous, grandissons-nous! " M; oui. sans doute, très bien! Toutefois, ô cham de !'..

nir, n'oubliez pas, nous roue en p ce qui

le passé. Pensez on peu à ce qu'étaient i cent ans. Voyez quel chemin nous a\ couru. Vous voulez le pr la marche en avant? >

anciens, eux aussi, les voulaient. Soyons modestes, ô i contemporaine! Reconnaissons qu'en plus d'u - nos édu-

cateurs «Vil y a cent ans restent des modèles — ainsi qu'écrivait M. Saint-Germain de M. Duchanne en L853 aisés i plus faciles) à admirer qu'à imiter ".

Les écrivains latins de la grande époque, disons du m d'Auguste, parlent souvent du fatum on de la d dieu ou cette déesse aux capri nguliers, .1 qui ils attri-

buent tant d'influence et tant d'empire sut les humains. }'• nous, chrétiens, la fatum s'appelle d'un nom plus juste, \& providence. Nous tenons que l'oeil de Dieu, cause premi et fin ultime de tout ce qui existe, voit tout, que sa puise dirige tout, en ce monde, sans pourtant enlever a la li • humaine et aux causes secondes leur part légitime l'initiai et d'action propre.

qu'il faut tout d'abord remarquer dans la vie de M . Duchanne. c'est que la prov'nh nce l'a bien préparé à l'oeuvre de fondateur et d'éducateur à laquelle il était destiné M

il convient d'ajouter tout de suite qu'il a - rneni

pondu à ce que nous oserons appeler les avances de Dieu.

Il naquit à Laehine le 10 janvier 1780. Son père, Dominique Ducharme, également né à Laehine. était capitaine et . Fait rendu en cette qualité d'importants services pendant

dministratioD de >ir Georges Prévost Sa mère, native de la Pointe-Claire, avait nom Marguerite Charlebois. Les aneê-

- de la Camille Dueharme habitaient Montréal ou ses environs depuis 1653. Plusieurs s'étaient distingués dans les luttes contre les Lroquois ou comme voyageurs aux lointaines

contrées de V( >uest Le nouveau-né de 1786 avait du bon sang dans h>s veines. C'est h" curé Gallet, de Laehine. qui le baptisa, h- lendemain de sa naissance, cependant qu'Alexis Roi-

Portelance et Josette Pominville le tenaient sur les fonts. On lui donna les prénoms de Charles et de Joseph. La maison

- Ducharme se trouvait à un mille environ au-dessus de ajlise actuelle,face a la belle nappe d'eau du lac Saint-Louis.

M. Proulx. la-dessus, a bâti toute une thèse sur l'influence

- larges horizons pour l'avenir d'un enfant, Contentonsnous de dire que l'enfance de notre hem- se déroula dans un

lu cadre. On put. à la maison, la chronique ne dit pas comment, lui faire donner quelque instruction. Au mois d'octo 1798, il entrait au collège Saint-Raphaël, tenu par les Bulpîciens, place Jacques-Cartier, à Montréal. Il n'y fut que

i de temps. On le laissa revenir à la maison paternelle. Deux ans plus tard, il était commis, et il le fut trois ans. ches un marchand de Montréal. Il devait en retenir quelque chose pour le maniement des affaires. En même temps, il connut un peu ce qu'est le monde. En 1864, a 18 ans. il

enait au i - d'étude, et cette fois pour vie bon. La vie l'avait déjà trempé en lui donnant de l'expérience. Le collège Saint-Raphaël devenu le collège de Montréal était alors sous la direction de M. Roux et de M. Roque — deux gloires de Saint-Sulpicc. M. r>ueharme eut du succès, surtout en littérature. Los principaux noms qu'on trouve sur les palmarès

du tempe (1804-1805-1806, etc.), près du rien, sont ceux i

Deniers (curé de Saint-Denis >, de Duranceau < curé de Lachine;, de Jacques Odelin i curé de Saint-Hilaire). Les ooi des professeurs sont Houdet, Kivière, Satin et B tait un bon milieu. La première étape était franchie. M. Ducharme terminait son cours en 1811.

Après Montréal, Québec, ou mieux, ramier

études chez les sulpiciens, un cours de thé gémi

londé par Mgr de Laval, en faut-il davantage | établir

que M. Ducharme fut un favoris.- de la provi ? Jl n'y

avait pas alors, en effet, de grand séminaire a Monta puisqu'il ne devait s'ouvrir qu'en 1840. Un seul évêque, Mg Plessis, administrait au spirituel toute la va<t<- région du Canada. Il avait naturellement son aièg «s à Qué-

bec, mais il était né à Montréal. Cela n'a pas d'importai •'-videmment : un Montréalais se plaît pourtant à le remarquer. En tout cas. c'était un grand évêqne. Il avait l'oeil clair et la main puissante. Connu*' l'écrit rie» bien M. Proulx : "Mgr Plessis, ''était la grande figure qui dominait au séminaire de Québec comme elle rayonnait par tout le p.. " Mgr Pïessis, écrit de son côté l'ai» iand, apportait un

<oin extrême à bien choisir les jeunes gens qu'il admettait a l'état ecclésiastique. Il les surveillait et les interrogeait luimême, pour se rendre compte de leurs talents et de leur capacité. Il s'enquérait souvent de leur caractère et de leur conduite. ' Au moment où M. Ducharme arrivait au grand séminaire de Québec eu octobre 1811, les principaux directeurs étaient M. Lapommeray. M. Jérôme Demns. M. Félix I tien. M. Antoine Parent. 31. Flavien Turgeon. Parmi les collègues ecclésiastiques qu'il y rencontra, il y avait M. Ganlin, M. Provencher et M. Cooke. tous les tr futurs éVêqu

puis M. Marcoux, le missionnaire fameux i M.

Manseau et M. Hudon, qui devinrent grands-vicaires. M.

Imcharme, comme tous las clercs du temps, était tout ensemble étudiant en théologie et régent de discipline. Au nombre de ceux qui furent ses " régis " à Québec, citons les d<mx évèques Blanchet, l'évêque MacDonald, le grand vicaire Mailloux, René-Edmond Caron, futur gouverneur. Xorbert Morin, futur juge et codificateur, et surtout Ignace Bourget, le futur et si grand évêque de Montréal, qui disait plus tard que, " dans ses souvenirs, M. Ducharme était resté le modèle du surveillant bon, pieux, ferme et affable ". Si donc, d'une part, M. Ducharme trouvait, dams cette vénérable maison de <Juébec, des mains habiles pour diriger ses premiers pas dans la voie du sanctuaire, des maîtres expérimentés pour former sa vie aux habitudes sacerdotales et des professeur» distingués pour lui distribuer la nourriture scientifique, il avait aussi, d'autre part, l'avantage d'y rencontrer des confrères et des condisciples, dont la compagnie ne pouvait (pie lui être utile de toutes les façons. " Souvent, écrit justement M. Proulx, l'éducation se façonne, s'accentue et se modifie autant par le contact journalier avec les compagnons d'étude (pie par les leçons et les conseils qui tombent de haut. " La deuxième étape était franchie. Le 9 octobre 1814, M. Ducharme recevait l'ordre sacré de la prêtrise. Il avait 28 ans. Quelle avait j>arachevé l'oeuvre de Montréal. La providence, répétons-] e, avait heureusement servi notre futur fondateur.

Gomment a-t-il répondu aux vues de Dieu? Quels talents, quelles qualités, quelles vertus a-t-il développés, acquis ou fait germer en lui? Il convient, nous semble-t-il, de le dire brièvement, avant d'essayer d'exposer comment tout cela a profité à sa tâche de fondateur et d'éducateur. Sans doute,

il faut compter avec le destin, on mieux arec la providen <iui nous assigne à chacun notre place dans la ne. Mais il n'en reste pas moins vrai «j ni 1 faut que chacun réponde aux vues de Dien et que, en partie dn moins, chacnn lci-t> l'artisan de son propre sort et fait sa destiné

De son séjour dans les maisons bénies de Montréal et de Québec, qu'il aima également tontes deux, profondément, toute sa vie, M. Ducharme emportait une somme de connaissances littéraires et scientifiques, profanes et religieuses, qui n'était peut-être pas extraordinaire, mais qui était sûrement considérable pour l'époque. On n'a qu'à se reporter aux palmarès du col loue de Montréal, de 1804 a 1806, dont parle M. Proulx, dans les Annales téréèiennes de novembre lxvi». pouT constater que l'écolier Ducharme se distingua dans classes. " Ses succès, écrit dans sa notice M. Dagenais, surtout en littérature, furent remarquables. Il montra pour cette partie des études un goût prononcé et un véritable talent. Il composa mémo a cette époque plusieurs piè res de vers qui lui valurent des éloges flatteurs. ' Dès aussi, il manifesta de rares dispositions pour l'éloquence. L'a venir devait prouver qu'il était sons ce rapport remarquablement doué. Nous voudrions pouvoir résumer ici la belle étude de M. Xantel sur M. Ducharme orateur. Bile fut écrite en 1864. M. Ducharme n'était mort que depuis onze ans, et M. Nantel n'avait que 24 ans. Les souvenirs du cher curé «■raient encore tout récents et son admirateur était dans tout L'enthousiasme de la jeunesse. Que «le choses saisissantes il nous raconte sur la spontanéité, le charme, la puissance de la parole de M. Ducharme! Un trait surtout, a propos de la retraite préchée par les oblats a Sainte-Thé - m 1845, significatif au plus haut point. ïje directeur de la mission — c'était le futur Mgr Guignes haranguait les fidèles, à la clôture de la retraite, et demandait au curé de renouveler

pour eux les promesses du baptême. Le vieux curé (il avait 59 ans), à la grands (Surprise de tous, refuse d'abord de le faire. 11 hésite, il a peur qu'on soit encore infidèle. . . Puis, il se ravise, et, confiant dans Foeuvre accomplie par les Pères, surtout confiant en Dieu, toujours -si bon, il consent à répondre pour son peuple. Or tout cela était improvisé et jaillissait du coeur. Ce fut empoignant et irrésistible ! Avec la littérature et l'éloquence, M. Ducharine, au collège et au séminaire, cultiva aussi la musique. kk II avait, écrit M. Dagenais, pour la musique un goût prononcé joint à des dispositions naturelles excellentes. Il possédait une voix très agréable et une connaissance suffisante du chant musical. Aussi l'évêque Plessis éprouvait-il un vif plaisir à l'entendre dans ses fêtes pontificales. Les anciens de la vieille cité se rappellent encore (ceci fut écrit en 1853) les accents mélodieux du jeune ecclésiastique du séminaire de Québec. " Aussi, plus tard, dan® son collège, M. Ducharine s'occupa-t-il toujours de musique. C'est lui qui allait réparer l'orgue de Mgr Bourget à Montréal — il en parle dans ses lettres — et, détail intéressant, c'est lui qui découvrit et fit percer le beau talent de M. Joseph Casavant, le fondateur de la célèbre maison de Saint-Hyacinthe — le fait est attesté par M. Dagenais.

Non seulement M. Ducharme répondit aux vues de Dieu en cultivant les talents naturels qui lui étaient départis, mais surtout, sous la direction des fils de M. Olier et de ceux de Mgr de Laval, il se forma à la piété, à l'esprit de sacrifice, aux vertus chrétiennes et sacerdotales d'une façon fort remarquable. On n'a qu'à lire ses nombreuses lettres pour s'en convaincre. Et ici, à notre avis, une réflexion s'impose. En aucune façon, dans cette étude écrite pour la Société Royale, nous ne voudrions nous donner le luxe de faire un sermon . Mais, même du simple point de vue philosophique, il nous

paraît que beaucoup d'éducateurs de nos tempe oublient trop quelle place Dieu et la religion ont droil d'occuper à la bu de tout (système «l'instruction et d'éducation,» Ton veut qu'il soit solide et qu'il produise des fruits. La science bo de,

si sérieuse et si avancée soit-elle, esl courte par tant d'e droits! Paul Bert, visitant nu jour un collège de jésuites, félicitait le recteur de la belle tenue et du savoir «I " Quelle est donc votre 'méthode, mon Père, ajoutait-il eu souriant, ou mieux quel est votre secred pour si bien réussir ? ' ki Oh !" repartit équivalemment le jésuite — nous nous excusons de citer ce trait de mémoire — " nous n'avons guère de méthode qui diffère de celles de l'Etat, ni de secret particulier ; mais nous avons une spécialité que tout le monde ne pratique pas. " " Et c'est? " demanda Paul Bert " C'est le dévouement, monsieur le ministre ! " L'anecdote a'est peutêtre pas authentique. Ce qui est sûr, c'est que la carrière des éducateurs est de sa nature ingrate, qu'elle exige beaucoup d'abnégation et de dévouement, et que, d'autre pan. rien ne vaut, pour inculquer cette abnégation et ce dévouement, comme l'entraînement de la vie et de la piété chrétiennes, < î'eBt la meilleure école de zèle que l'on connaisse. L<- dévouement. sans doute, ne saurait, chez l'éducateur, suppléer a la scîei mais, toutes choses égales d'ailleurs, il décuple ses forces et ses moyens d'action.

De sa vie d'écolier et de séminariste M. Ducharme garda

en particulier deux soucis qui ne le quittèrent jamais: l'attrait pour le séminaire et le zèle pour l'instruction de la jeunesse. C'est justement ce qu'exposait M. Nantel, dans son article Les préludes d'une grande oeuvre, qui parut dans les Annales térésiennes de novembre 1894 et de février 1895. M. Ducharme aurait voulu d'abord demeurer au séminaire de Québec. Mgr Plessis ne put le lui permettre. H avait besoin lui dans le ministère. Il l'envoya donc à Saint -Laurent, pour

y remplir les fonctions de vicaire auprès de M. Cazeneuve. " Les infirmités de ce vénérable curé, écrit M. Dagenais, firent retomber sur les épaules de son jeune vicaire tout le fardeau du ministère. Il le porta avec un zèle infatigable. " Deux ans plus tard, en 1816, à 30 ans exactement, M. Ducharcne était nommé curé de Sainte-Thérèse. Ce n'est que neuf ans plus tard, en 1825, qu'il fonda son collège. Or, de 1814 à 1825, a Saint-Laurent d'abord et à Sainte-Thérèse ensuite. M. Ducharme eut toujours la pensée de se soustraire à la charge pastorale et de retourner au séminaire, soit a Québec, soit à Montréal. Des obstacles survenaient sans cesse qui dérangeaient ses projets. Il en gémissait et s'en plaignait avec amertume. " El pourtant, remarque M. Nan»tel, ce qu'il regardaii comme aie' épreuve douloureuse n'était que conduite mystérieuse de la providence. C'est à Sainte-Thérèse qu'il devait trouver le vrai champ de son activité et le vrai terme de ses aspirations. Ne pouvant aller au séminaire, il attira le séminaire à lui! " De même, son zèle pour l'instruction de la jeunesse s'affirma dès la première heure. Quand il arriva en 181C à Sainte-Thérèse, la paroisse, qui datait de 25 ans,comme tant d'autres à cette époque n'avait point d'écoles. Dès l'année suivante, il en construisait une, dont il fit en parti'* les liais. Même, il n'attendit pas «pie la maison fût finie. Il donna et fit donner les premières classes dans la mansarde de son presbytère. Aussitôt la maison construite, il chercha a avoir (U'< soeurs de la Congrégation. Il n'y put réussir. Les soeurs ne devaient venir <|iie trente ans plus tard, en 1817. lai attendant, M. Ducbarme eut deux classes, une pour les tilles, (pie dirigea Mme <i rat t<>n (l'aïeule de l'ancien curé Gratton de Sainte-Rose et de L'ancien curé Piché de Terrebonne), et une antre pour les garçons, dont fut chargé un M. Lacroix, puis un M. Yalade (que M. Ducharme avait fait instruire au collège de Montréal). En 1820, certains protestants

— il y en avait quelques-nn* à Sainte-Thérèse — voulun profiter de la loi dite <le Y Institution Royah pour bâtir une académie et demander un maître au gouvemem M. Do-

charme, naturellement, s'y opposa. Mgr Pl< me gea. " Faites votre possible, lui écrivait il (10 ocfc pour établir une école qui ne dépende que ous, d

vous, pour y parvenir, ajouter à vos detu | u'il

fit. Il ajouta à ces dettes et il parvinl à sou bu1 ! El ce fut l'origine du séminaire de Sainte-Thérèse, la grand de sa vie, dont nous allons maintenant parler.

Nous venons de voir de quelle j'ciisée et de quelle pré cupation est sortie l'idée de la fondation d'un sénrbou Sainte-Thérèse. Mais il s'en faut, très probablement, que M. Ducbarme ait eu, dès 1820 ou 1825, une vue exacte de ce qu'il entreprenait. Aurait-il pu simplement imaginer ce que serait son séminaire, un siècle plus tard, en 1920, avec - - quarante professeurs, dont plusieurs docteurs de Rome ou licenciés de Paris, avec ses quatre cents élèves, avec ses superbes édifi qui ont dû coûter près de 250,000 dollars et qui en valent 500, 000? Sûrement non! Ce qu'il voulait, lui, (détail sauver l'ai de ses enfants, et, pour autant, sauver l'âme de la race dont il était le fils et dont il était fier. C'est sous la motion de cette idée, très noble, qu'il se mit à l'oeuvre avec la pins généreuse des confiances. Et,aujourd'bui, c'est notre orgueil à qous tous, térésiens, ses fils intellectuels, de proclamer que cette confiance l'a mené très loin et très baut.

Le 25 février 1825, un mercredi des cendres, M. Ducbarme ouvrait donc, dans son presbytère, une classe de latin. Il

en trouva les premiers élèves dans son école française. Ils avaient noms : Basile Piché, Joseph Duquet, Pierre Piché, Moïse Leclerc, Octave Rochon et François Gauthier. Tous étaient enfants de la paroisse. Les deux Piché étaient les fils du bedeau, les autres appartenaient à des familles de cultivateurs. Basile Piché avait 17 ans. Il avait commencé, à 14 ans, à faire la classe a l'école française pour aider M. Ducharme. Joseph Duquet, qui ne savait pas lire à 13 ans, demeurait à quatre milles de l'église. Au bout d'un an, le curé le prit chez lui. Ce devait être le premier prêtre térésien et le bras droit du fondateur. Ce presbytère, berceau d'une grande institution, était une modeste maison en x>ierre de 12 pieds par 38, qui avait été construite, aux frais du curé en grande partie, vers 1820. On y avait ajouté une cuisine en )>ois, séparée de la maison par un étroit couloir. Le haut de cette cuisine formait un local assez spacieux. C'est là que, depuis 1823, l'école française des garçons était installée. Curé sans vicaire, dans une paroisse de plus de deux mille âmes, comprenant un vaste territoire (Saint-Augustin et Saint- Janviei- appartenaient alors à Sainte-Thérèse), M. Ducharme n'avait guère de temps libre pendant la journée. Il dut prendre soi- ><*s nuits les heures de ses classes de latin. Le jour, les jeunes latinistes travaillaient sous la surveillance de Basile » Piché, qui, tout en «'occupant de sa classe française, leur faisait réciter la grammaire latine. Le soir, après souper, tous se réunissaient autour de M. Ducharme. On corrigeait le devoir du jour, on recevait celui du lendemain, on expliquait la leçon, on traduisait les auteurs. Cette classe se prolongeait suivent jusqu'à 10 ou H heures dans la nuit, Avec les ressources de sa mémoire et de son esprit, M. Ducharme savait abréger les heures et adoucir les aspérités du travail. Il avait ce don, si précieux aux maîtres, de bien communiquer et de mettre en valeur ce qu'il savait, que les Italiens appellent,

d'un mot intraduisible, la commuai' ativa. En quelques mois,

de février à août 1825, ces premiers lati; g firent

l'ouvrage d'une année entière. A Fêté, il y eut un exam public, auquel interrogèrent plusien; bres du voisinage,

et les étudiants s'en tirèrent avec avantage. Lan de nouveaux élèves furent admis en latin : Paul Filiatrault, Flavien Sanche, Louis Des jardins, Louis Leclere. l'a ni Lacroix, Adolphe Marié. Les anciens servirent de aux nouveaux. Bientôt, les deux chu • fondirent en une

seule. Au mois d'août 1829, on achevait la ti te ou \

sification. En 1829-1830, on abordait les humanités. -M ces premiers élèves se dispersèrent très vite pour la plupart, dans les carrières de renseignement, du notariat et de la médecine, dont l'accès était si facile à cette époque. Seul. Joseph Duquet dépassa la rhétorique. " Rien ne fut plus humble, écrit M. Nantel, que ces commencements de notre séminaire. Ixfondateur procéda comme la nature, qui sait tirer d'un g ou d'un embryon ces organismes puissants que nous admirons dans le règne végétal ou dans le règne animal. L'embryon du séminaire térésien, ce fut l'école française que M. Duchear avait fondée d'abord dans sa maison. Il y choisit ses premj élèves. Il se fit leur professeur. Quand il les etit instru quelque peu,il les installa comme professeurs à leur fcour dan» les classes qu'il organisa, une à une, selon que le l>esoin s'en faisait sentir. Et c'est ainsi qu'il forma et organisa t » m r te cours régulier des études classiques. M. Du eh a nue a c son institution, lui-même, de toutes pièces. Son oeuvre lui appartient tout entière. Tout est sorti de son initiative. Et voilà pourquoi — dit toujours M. Nantel, et si justement— M. Ducharme me paraît être le type le plus complet de nos fondateurs de collège. "

L'oeuvre prospéra lentement, mais sûrement. " Le premier cours d'études complet, écrivait M. Dagenais en lv

après avoir été plusieurs fois interrompu, se termina en 1837. Trois élèves — Duquet, Thibault et Crevier — après un examen subi devant Mgr Bourget, alors coadjuteur de Mgr Lartigue, furent admis à la tonsure. Deux — Duquet et Thibault — furent laissés à M. Ducharme pour continuer les classes sous sa direction. " Nous pouvons ajouter que le troisième, Crevier, alla étudier et enseigner à l'école que dirigeait l'évêché. "Le nombre des élèves augmentant, continue M. Dagenais, M. Ducharme en logea une partie dans une maison qu'il venait d'acheter — le collège jaune '' — et, bientôt après, pour la ihême fin, il agrandit le presbytère. . ." k> Pour répondre à tanl et de si belle» oeuvres, poursuit toujours M. Dagenais — et nous prions ici qu'on pèse bien les mots — M. Ducharme s'imposa toutes sortes de privations et se soumit à des sacrifices de tous genres. Il n'avait pour domotique qu'une vieille femme. Sa nourriture était moins que commune. Il portait de méchante habits souvent raccommodés de ses mains. Toutes ces misères, il les supportait avec joie. Il en plaisantait spirituellement. Il affectait même d'en cacher le piérite aux yeux du monde par le tour original qu'il savait y mettre.

Tes débuts plutôt modestes, ci même pénibles, étaient pourtant, on le sait aujourd'hui, riches d'avenir. C'est pourquoi, il nous paraît utile et intéressant d'insister sut les détaxa de cette vie des premières années de notre Aima Mater, d'autant plus que c'est le vrai moyen de faire voir dans son cadre naturel la figure de cet éducateur d'il y a cent ans que fut M. Ducharme. La tâche nous esi relativement facile puisque nous n'avons qu'à puiser dans l'étude de M. Dagenais que nous avons déjà plus d'une fois citée. Les élèves pensionnai-

■ Cette maison s'es.1 appelée ainsi toul simplement parce qu'elle était îxtérieut peinte en jaune. — E.-J. A.

res, raconte-t-il, étaient <li\ isés pont : u-

des. Les plus jeunes logeaient an collège jaune, les p] » aneée an presbytère. Ces der surtou nr peu surveil-

lés. La discipline était toute paternelle. M. Ducharm • un père au mil î<mt <1.- - * tfante. L<* p and chàthne

qu'il infligeait, c'était un c a I ou un reprocli tout au moins qui voulait l'être. Il y avail dant

moments <1" tempête, car -M. Ducharme était d'un i vif. Mais ça ne durait pas. Le beau t - revenait vite nVn était que plus apprécié. On travaillait, m. ssi on

s'amusait bien. L'été, on faisait des - *s dans h pa-

gne, <les promenades an jardin, ;i la source, dans le petit bois. A la s;ii«»ii <l<-s longues nuits, on lisait des livrée hitéresc M. Dagenais note que M. Ducharme aimait beaucoup Napoléon et <|ii*il l';ii>;iii volontiers lire <lrs livres qui parlai lui. Le faif est <|ii<* 1<j grand empereur, que d'autres appelé le bandit corse, avec tous ses hauts faits -I-' gloi bien séduisant... <ju;m<l on a 20 ans. Et M. Ducharme '-in toujours le coeuT jeune, comme ses enfants. Peu* plu-

sieurs aimées, M. Ducharme coucha dans un dortoir av^- mupartie des élèves. Il faisait lui-même la prière du soir, me tait le premier a la mansarde et se retirait dans sa m<*l<alcôve. Le matin, il était le premier levé, récitait ses peti heures, faisait l<- réveil, surveillait comme un jeune clerc présidait à la prière et à la méditation. II mangeait au fectoire commun avec les élèvea On lisait Roi lin. El souvent la classa pour remplacer les maîtres inalacfc ab-

sents. Il se chargea même, plus aVune fois, de classes réguli< res: la rhétorique, par exemple, ou la philosophie. Dès qu'il eut des ecclésiastiques, et pendant longtemps, il donna l même le cours de théologie. Il n'avait pas beaucoup Le temps de se préparer pour tant de choses. Aussi, remarque M. I gênais, le voyait-on quelquefois chercher avec - -

le sens d'une phrase, la valeur d'une proposition, la solution d'une difficulté. Il étonnait par les ressources de son esprit, de son imagination et surtout de sa mémoire. Les explications de ses anciens maîtres du collège de Montréal, de M. Roux et de M. Roque, entre autres, lui revenaient à point et lui étaient d'un grand secours. Il en était tout heureux et s'en félicitait lui-même. Il ne faisait guère de visites au dehors et n'en recevait pas beaucoup. Ses meilleurs amis étaient M. le curé Brunet, de Saint-Martin, M. le curé Bôlair, de Sainte-Rose, et M. le curé Saint-Germain, de Saint-Laurent, Mais il ne les voyait pas bien souvent. Père de tout son coeur, il estimait se devoir sans doute avant tout à ses enfants. Il pratiquait avec un zèle soutenu cette " spécialité " dont parlait le jésuite de Paul Bert: le dévouement!

Depuis sa sortie du séminaire de Québec, M. Ducharme, qui avait tant admiré Mgr Plessis, était resté, jusqu'à la mort du prélat en 1825, en correspondance suivie avec lui. Il fut aussi très attaché à son successeur Mgr Panet, et à Mgr Lartigue, auxiliaire de l'évêque de Québec pour le district de Montréal de 1S21 à 1836 et premier évêque de Montréal de 1836 à 1810. Mais l'évêque qu'il considéra surtout connue son protecteur dans son oeuvre de fondation, ce fut Mgr Bourget, qu'il avait connu élève à Québec, alors que lui-même était régent, ainsi que nous l'avons déjà dit. Mgr Bourget, de son côté, ne lui ménagea pas ses sympathies. Aussitôt qu'il fut coadjuteur de Montréal, en 1837, sur le désir exprimé par M. Ducharme, de L'assentiment de Mgr Lartigue, il prit le séminaire naissant sous son active protection. Ce fut, naturellement, une grande force pour le dévoué fondateur. En 1810, au mois d'avril, par le fait de la mort de Mgr Lartigue, Mgr Bourget devenait évêque de Montréal. Cette année même, il avait appelé le premier "enfant'' de M. Ducharme, M. Duquet, à l'évêché, pour le préparer immédiatement au sacerdoce. Le

2 août 1840, il alla l'ordonner à Sainte-Thérèse et • laissa comme assistant à M. Ducharme. En même tempe qne les élèves augmentaient en nombre, la paroisse aussi prospérait An dire de M. Dagenais, elle comptait alors près de quatre militâmes. Le secoure d'au vicaire était devenu Décessaire 0 comprend quelle joie ce fut pour le curé Ducharme, qui I vaillait là tout seul depuis vingt-quatre ans, de recevoir con me premier assistant sou fils de prédilection. L'a vante, après sou voyage à Rome au cours de l'été I v ! I . Mgr de Montréal lança le mandement d'érection d'un petil séminaire à Sainte-Thérèse, •• qui serait dirigé d'après les règ cile de Trente". L'institution térésienne, par ce in-

du chef <lu diocèse, allait désormais se présenter devant le public avec une autorité plus grande ei de nouvell s de stabilité. C'était la récompense et la consécration du labeur ardu de M. Ducharme depuis quinze ans. Détail à Dot les jeunes séminaristes, qui devaient ne pas avoir moins de 12 ans, étaient tenus de porter la soutane noire, avec le collet main à la place «lu rabat et la ceinture de même couleur. I mandement d'érection porte la date du 18 décembre 1841. La cérémonie de l'institution «lu séminaire eut lien le 21 janvi 1842. M. Dagenais la raconte tout au long, dans sa sur le fondateur. Ce fut très solennel. Mgr Bourgef offii pontificalement. Vingt-cinq élèves revêtirent l'habit ecclésiastique. Le directeur du grand séminaire «h- Montréal, M Billaudèle, prêcha un fort beau sermon. " Il félicita M. nucharme en particulier, écril M. Dagenais, puis le dkx i tout le clergé du bien qui devait découler pour la religion de ce séminaire et des espéra nées qu'il faisait concevoir. * I fut un grand jour pour Sainte-Thérèse et ce fut on beau jour pour M. Ducharme.

Cette consécration officielle de l'oeuvre du fondateur de Sainte-Thérèse par l'Eglise lui imprima comme un nouvel élan. Les élèves se firent de plus en plus nombreux. Il fallut songer bientôt à agrandir les modestes locaux dont on disposait. En 1846, M. Ducharme, de concert avec M. Duquet, résolut de faire un nouvel effort dans ce sens. Tout en sacrifiant encore de ses propres épargnes, il sollicita l'aide de ses paroissiens. Il jouissait auprès d'eux d'un réel prestige. Son zèle infatigable et sa parole éloquente lui assuraient sur eux depuis longtemps une très grande influence. Ils répondirent généreusement à son appel. Il s'adressa aussi aux pouvoirs publics et demanda au gouvernement une charte de reconnaissance civile et quelques subsides. De la sorte il put jeter les fondements du séminaire qui a disparu dans l'incendie du 5 octobre 1881. Mais il ne devait pas avoir la consolation de le voir complètement achevé.

Au cours de l'exécution de ces travaux de construction, en effet, en 1847, puis en 1848, M. Ducharme sentit les premières atteintes de la maladie qui devait, six ans plus tard, en 1853, le conduire au tombeau. La paralysie, cette 7 1 1 a 1 a die sournoise, qui mine si sûrement son homme, le tenait et elle ne h- lâcha plus. Périodiquement, avec des regains de vigueur, puis des rechutes multipliées, il perdit ses forci 8. i! se vit diminuer et, reconnais s $-le, il s'y résigna difficileme

;nis les plus dévoués, M. Duquet et M. Dagi a eurent bien des peines à ramener à prendre un r : - lire de

plus d'inie façon. Le vieux curé, qui avait toujours été I paternel, s'amollissait e1 devenait trop tendre. Il n'était pas seul à en souffrir, la discipline s'en ressentait Mgr Bourget, en 1848-1849, envoya au séminaire térésien deux jésuites, les Pères Sache et 1 Jicaterri,pouT parer aux difficultés do mon: en dirigeant les études e1 en veillant à la discipline. C'est cette année-là que les ••séminaristes'' qui n'avaient pas fini leur

cours classique cessèrent de porter la soutane. En 1849-1850, M. Stanislas Tassé, un ancien de L832 a Bainto-Thérâae, qui

était allé finir ses études à Québec, succéda aux jéen -ur

la régie interne, discipline et études, du séminaire. M. Tassé avait le bras ferme autant que la tête solide Avec IL Du <juet et M. Dagenais, il soutint l'oeuvre de M. Ducharme, un peu, disons-le, malgré celui-ci. Nous n'avons point a manster sur des détails qui furent attristants autant que gênante Par respect, on laissa au fondateur son titre de supérieur. M lut une passe difficile, dont M. Ducharme, tout le premier, eut à souffrir beaucoup. M. Dagenais résume en tenues délicats cette période pénible de la fin d'une carrière qui avait si féconde. "M. Ducharme, écrit-il, avait été nécessaire pour édifier et pour créer. Ses qualités rayaient pour cela admirablement servi. Mais, quand il fallut suivre tes dévelop] ments de son oeuvre et la faire grandir — alors surtout qu'il fut devenu malade — , il n'y fut plus propre. Ses qualités ellesmêmes — sa bonté et sa tendresse de coeur en particulier — constituaient (\i-> obstacles. D'autres furent obligés de continuer ce qu'ils auraient peut-être été impuissante à créer.

Ajoutons d'un mol que, non content d'avoir fourni bien souvent de ses épargnes pour son séminaire, M. Ducharme, à sa mort, lui légua tout ce qu'il possédait.

M. Ducharme mourut le 25 ma it un ven-

dredi saint, à :*» heures -<> dn matin. Mur Boni int prési-

der ses funérailles le lundi suivant (28 mars), et il prononça une éloquente oraison funèbre sur sa tombe. On inhuma les restes mortels du regretté curé dans L'église dont il a\. été le pasteur pendant près de quarante ans.

Qu'importe pourtant ce voile qui a comme obscurci les dernières années de ce prêtre de talent et de zèle. Son oeuvre subsiste et sa vie fut celle d'un véritable éducateur, de l'un des plus grands parmi ceux qui sont l'une des plus pures gloires «le notre pays. De son vivant même, M. Ducharme a pu compter plus de trente prêtres formés dans sa maison, et, l'année de sa mort, cent-quatre-vingts élèves suivaient les classes qu'il avait créées. Depuis soixante-dix ans bientôt qu'il est parti pour le grand voyage, ces chiffres se sont multipliés par cent et par mille. C'est là un fait et ce sont là des chiffres qui sont éloquents et significatifs ! Vrai type du fondateur de collège, le plus complet qui soit, cet éducateur d'il y a cent ans, nous croyons pouvoir l'affirmer, a droit de prendre place dans les rangs de ceux dont l'histoire garde et consacre les noms, parce qu'ils ont bien mérité de la patrie.

19 mars 1920.

Auclair # Un éducateur a il v a cent ans :

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M. le curé Charles -Joseph Ducharme

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