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luimblemeiit d'en bas, il ne fit pas me me un quart de lieue seul avec Louise. Au reste, quelque envie qu'eût Louise d'être débarrassée de ces importuns compagnons de voyage, sur quoi pouvait-elle encore questionner Célestin?
ne lui avait-il pas dit deux et trois fois déjà : Pendant votre absence , il n est rien arrivé de fâcheux : nous nous sommes tous bien portés, et nous n'avons éprouvé d autre peine que celle de ne vous pas voir.
Eh bien î c est à ma fille ^ pensa Louise que je demanderai ce qu'elle a fait , si elle a été inquiète de moi , si elle m'a pleurée , si elle était malheureuse loin de sa mère !
Dix heures sonnaient, et la carriole entrait dans la cour du château.
Après les premières efîYisions , après que Louise eut jeté de longs baisers tout autour d'elle , à Léocadie , à (^élestin, aux deux vieillards, à sa fille, à sa fille surtout, qu'elle étouffait de caresses, on parla de fêler à table le retour de \ innocente. Mais J inij)atiente mère , qui était dévorée du désir d'être seule avec son enfant , supplia ses botes de lui abandonner Julie pendant quelques minutes. Ils y consentirent tous, même Julie, beureuse quelle était de retrouver sa bonne Louise.
Le jardin n'était séparé du cbâteau que par une cour un peu élevée , mais pas assez baute cependant pour que du jardin on ne pût observer ce qui se passait au cbâteau. Il est inutile de
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(lire que du château dans Je jardin Toliservation tUait plus facile encore.
Louise , sans autre but que de fouiller dans le cœur de sa fille et d'y chercher ce qu'il contient d amour pour elle, Louise a pris Julie sur ses genoux , et , à cette même place où elle lui parla de sa mère, quatre jours aU' paravant , elle épie sur les traits de Tenfant la tendresse plus forte ou plus faible qui doit suivre une longue absence. Absence funeste en toute chose, elle le craint du moins, car déjà ces quatre jours de prison n'ontils pas reculé Tinstant où elle espérait de s'enfuir avec sa fille? Bientôt il lui faudra songer à quitter Baroy , et pourtant voilà quatre grands jours qu'elle n'a pu ajouter la plus faible
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somme à son petit trésor Que
serait-ce donc si , déjà moins riche d'aumônes, elle se retrouvait encore appauvrie de l'amour de son enfant î
Elle fixe ses yeux humides sur les yeux rians de Julie :
— Chère petite, tu m'aimes donc!
lui dit-elle , tu es contente de me revoir... tu as pensé à moi souvent?
— Tous les jours, ma bonne Louise , je m'ennuyais beaucoup.
— Qu'as-tu fait tout ce temps-là?
— Rien; je te dis que je m'ennuyais.
— As-tu prié Dieu pour moi?
— Oui , ma bonne Louise.
— Et puis encore?
— J ai travaillé hier matin sur Je dernier modèle d'écriture que tu m'as donné; je disais : Cest ma bonne Louise qui m'a appris à écrire, et je pleurais en pensant que tu étais perdue...
— Tu pleurais , pauvre enfant?
— Oui; comme je ne savais pas où tu étais allée , ni quand tu reviendrais , j ai écrit à mon papa Gustave pour qu il te —
Louise fit un mouvement si brusque qu'elle faillit laisser tomber sa fille , qui , tout émue de la secousse , regarda X innocente avec une sorte de crainte .
UN ENFA\T. 2'H
Louise se leva, la terreur sur son visage :
— Tu as écrit à ton père?
— Mais oui., répondit Julie, tremblante deFagitation où elle la voyait; je lui ai écrit pour lui dire...
— Que j'étais au château?. . .
— Au contraire, que tu n y étais plus , et que s'il te rencontrait à Paris...
Louise ne la laissa pas achever ; elle était hors d'elle.
— Et tu m'as nommée , malheureuse enfant?
S4« UN ENFAIVT.
— Mais, oui, je t'ai nommée. . . ma bonne Louise.
— Y a-t-il long- temps?
— Trois jours.
— Trois jours!.... Il est en route pour venir ; il est à une lieue d'ici , peut-être . . . Ohî ma fille, ma fille, c'est toi qui m'as perdue ! . . . On va t'arra-
cher de mes bras , chère enfant
Mon Dieu î mon Dieu î . . .
Julie , à qui les gestes et les cris de y innocente faisaient peur, voulut s'éloigner ; mais Louise , l'attirant avec force vers elle , se baissa , prit la tête de son enfant dans ses mains , et approchant sa figure de la figure de sa fille , qu elle baignait de larmes :
— Regarde-moi , Julie , regardemoi. Sais-tu qui je suis ?
Julie hésitait à répondre.
— Ma fille , dis-moi qui je suis !
— Tu es ma bonne Louise , répondit Tenfant, qui se contenait pour ne pas crier , car elle appréhendait que ses cris n'irritassent encore la folie de la pauvresse.
— Je suis ta mère ! ta mère !
s'écria Louise en couvrant sa fille de baisers et de pleurs. Tu es à moi ! à moi seule , entends-tu ? Ton père t'a volée à mon amour. Tu m'appartiens; je t'ai achetée par six ans de mal»
heurs , par quatre mois de mendicité.
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J'ai été ta servante, j'ai tendu la main |K)ui' te nourrir... j'ai dit que j'étais Iblle... Ton ])ère m'a fait passer pour
morte On m'a dit aussi que tu
étais morte , toi , ma fille. . . . Mortes , ehère enfant , mortes toutes deux pour nous arracher l'une à Tautre — Mais mt' intenant je te tiens, personne ne pourra t'enlever à moi ; tu es ma fille , mon enfant , tout ce que j'aime au monde. . . Julie , mais , ne me fuis pas , je suis ta mère !...
L enfant était parvenue à s'échapper des bras de Louise , et elle remontait le jardin en pleurant et en courant. Louise s'élança après elle.
Dans ce moment , deux hommes à cheval s'arrêtèrent à la porte du châ-
UN ENFAIMT. 245
teau. Célestin se dépéclia d'aller audevant d eux. Le premier cjui entra c'était le propriétaire de Baroy , riiomme qui le suivait, un de ses domestiques.
Célestin , surpris de la brusque apparition de son seigneur, lui dit :
— Nous ne vous attendions que dans huit jours, monsieur. Est-ce que vous êtes venu à cheval?
— En poste. Nous avons pris des chevaux de selle à Landrecies. !Mais comment se porte ma tille ?
— Très-bien, monsieur, très-bien; toujours gaie, contente. Elle sera bien heureuse de vous voir î
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— OÙ est-elle?
— Daus le jardin, je vais l'appeler ; à propos , avez-vous le maire d'Etrœung?
— Oui, oui, je lai vu... mais faites venir ma fille. . . Elle est seule dans le jardin?...
— Non , monsieur, je crois qu elle est avec Y innocente
Célestin n'avait pas achevé, que son maître traversait rapidement la cour du château. Le jardinier et le domestique le suivent.
En cet instant , Louise parle d amour à sa fille, qu'elle essaie de calmer par ses paroles , de consoler par
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ses baisers. Mais 1 enfant détourne la tête avec inquiëtude. . .
Julie vient de reconnaître son père.
Elle tend les bras de ce coté et elle appelle.
Liouise jette les yeux vers le cbâteau... Trois hommes empressés descendent les marches du jardin.
Sa vue se trouble, Fégarement est dans ses idées , elle enlève , elle saisit sa fille à bras-le-corps , sa tille qui ap pelle au secours,
— Papa, \ innocente j la folle î
— Ah! c'est lui, s écrie Louise, il vient à nous , il va te reprendre, mon enfant... Cest lui!
248 l]\ ENFAI^T.
Sa fille pressée contre sa poitrine, elle se précipite , elle cherche une issue...
Julie continue de crier, d appeler son père à son aide .
— Tais-toi, Julie, ne pleure pas, dit Louise épouvantée, n'appelle pas,
ma fille Je suis ta mère ta
mère ! ! !
Mais Tenfant, dans son effroi, opposait une vive résistance, les bras tendus vers Gustave...
Louise, échevelée, rapide, la tête perdue , luttant d efforts contre sa fille qui se débat, qui la frappe au visage, s'élance hors du jardin, fran-
UN ENFANT. 24y
chit le pont du ruisseau, monte les prairies et fuit en plaine avec sa proie
Derrière elle on entend :
— Arrélez ! arrêtez î
Julie ne cesse de crier :
— Au secours ! la folle ! la folle ! à moi!
Louise épuisée de forces , mais non de courage , accablée sous le faix qu'elle emporte, trébuche, tombe...
son enfant roule à côté d'elle
Gustave, Célestinetle domestique sont près de l'atteindre.
Elle se relève , ressaisit son enfant,
250 UN EXFA\'T.
qui s accroche aux pierres , aux brius d'iierbe, la reprend dans ses bras, court quelques instans, après quoi elle retombe.. . mais cette fois elle n'a pas laissé échapper sa fille.
Elles sont tombées Tune et Tautre la face contre terre. Louise , qui croit pouvoir fuir encore , s est retournée sur le dos , avec son enfant toujours entre ses bras
Gustave est devant elles; il se jette avec emportement sur Louise pour lui disputer leur fille
Mais Louise , Louise à la vue de Gustave furieux , a rassemblé toute son énergie , elle enlace sa fille comme dans un lien de fer.
UN EÎ^FANT. !25J
— Elle est à moi, s écrie-t-elle , tu lie l'auras pas !
Le domestique frappe et blesse Louise aux mains , tandis que Célestin s'efforce de dégager Julie , qu'il tire à lui par les jambes
— Assez î assez î dit Gustave, ne leur faites pas de mal
L'enfant , que Louise tenait par le milieu du corps, glisse sous les bras
de sa mère éperdue Alors elle se
raidit, elle se cramponne à la tête de sa fille , et le cou de Julie se trouve comprimé sous les deux poignets de Louise. La malheureuse presse, serre, étreint son enfant avec délire...
— Tu ne l'auras pas ! répète-t-elle,
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elle est à moi , Gustave I . . . Oh ! messieurs, (lit-elle aux domestiques, laissez-moi ma fille, elle est à moi, ue me la prenez pas !
Léocadie accourait en ce moment.
Louise Taperçut et lui cria :
— Léocadie ! au secours ! défendez moi ! . . . Bonne Léocadie , empéchezles de me prendre ma fille !
Julie , que tirent à eux trois hommes , dont un est son père , et que retient une seule femme, Julie, immobile entre les bras qui Tenchaînent , poussa un sourd gémissement de douleur , et Louise , brisée de convulsions, perdit connaissance.
Elle ignorait cependant qu au rai-
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lieu de cette lutte horrible , Julie fût morte étouffée par elle, par elle, pauvre mère, qui eût donné sa vie mille fois pour respirer le souffle, pour sentir battre le cœur de son enfant. . .
Quinze jours après , Louise aussi était morte, et Gustave Charrière avait quitté la France.
Il n'y a pas encore trois mois, un de nos amis l'a rencontré à New- York.
Il ne paraissait pas heureux.