DUN
COMMIINISTE-ÏCARIEN.
PREEVIIEB RÉCIT.
Je deviens Gommuniste. — Objections qu'on m'oppose. — Mon mauvais génie. — Le Voyage en Jcarie, par Cabet. — Je subis l'influence de cet ouvrage. — Le journal /e Populaire. — Promesses de Cabet. — ■ L'Icarie existe donc ? — Je me décide à partir. — Secrets pressentiments de ma femme.
Il y a quelques années, des écrits communistes tombèrent entre mes mains. Les doctrines exposées dans ces écrits exercèrent d'abord sur moi une vive impression ; bientôt, je l'avoue, elles nîe séduisirent complètement. Il ne me suffisait déjà plus d'être un simple mais fervent disciple ; j'avais l'ambition de devenir apôtre et de propager autour de moi les idées nouvelles que j'acceptais avec enthousiasme.
Mon début ne fut pas heureux. Un de mes meilleurs amis, le confident de toutes mes pensées, fut la première personne que je voulus gagner à la cause du Commimisme. C'était un homme au cœur compatissant et généreux^ mais dont le caractère caime et réfléchi formait le pins parfait contraste avec mon esprit passionné et aventureux.
Lorsque, pour la première fois, je vins à faire devant cet ami réloge du Communisme, lorsque je lui expliquai tous les avantages qui devaient résulter, scloa moi, de lapplicatiou à TEtat social du principe, de là, Communauté, il se prit à rire; et tandis que je cherchais dans mon bagage communiste les meilleurs argu-, ments pour le ramener à mon opinion ; 31 c,ffj^ /»'j^iiq
— Mais tu es fou, me dit-il; tu parles -du Commu-nisme comme un aveugle parierait des couleurs. Sais-U* seulement ce que c'est que le Coaimunisme? ,1,; ..f^nj
— Oui, sans doute, répondis-je, et je mis à Hantant sous ses yeux un livre qui contenait la défiau[tioiVjsui7} vante: ' •!■::, n^î.fMo'^
« Le Communisme est la mise en commua ^etltftvi^ « les propriétés immobilières et mobilières qui apparu, « tiendraient à tous; la réunion en une seule proprié'é « nationale de toutes les propriétés particulières quel^r e conques; le droit exclusivement ré-servé àjiViÈçaf^ t^^ « diriger la production et la consommatioB,f;ilj/ps r.
Voilà ce que c'est que le Coaimunisme, âjoutais-je, Il me semble que cela est fort clair.
— Fort clair, soit; mais surtout fort absurde.
Ce beau système a le double inconvénient de supprimer toute propriété individuelle au profit de la Communauté, et de UOU.S mener tout droit à l'esclavage.
Dans ta Communauté, en eûet, l'homme n acquier^fît| Dépossède plus rien, à quelque titre que ce ,$pi|p,.et) comme la Communauté, représentée par TEuit,, dirige : exclusivement la production, le despotisme et la ty-^, rannie feront produire, feront tj'availler, et, eu définitive, toutes les populations soumises ajixiois du Communisme perdront leur liberté et seront, condamuées aux travaux forcés. , ,, .,, ,,,,,. ..r..-
Mais, me diras-tu, sans doute, tu travaJyObes d'ufi bout à Tautre de Tannée et sans jamais te plaindre de ton sort? Oui, je travaille, mais ce n'est ni la contrainte, ni le despotisme qui me stimulent et m aiguilloiment; oui.
je trayaille, mais le mobile qui me fait agir, tîiii soutient mon courage, qui augmente mes forces, c'est mon dévouement à ma femme, à mes enfants ; c'est mon désir cPaugnienler leur bien-ètiT, de leur laisser quelque chose après moi ; de cousiituer, en un mot, pour eux une propriété, si minime qu'elle soit. Or, cette propriété, que le Communisme enlève à l'individu pour la donner à TEtat, est en quelcfue sorte Tàme de la famille. La fnmille est dissoute dès que cette propriété individuelle ne peut p'us exister. ''-^^
'''Ges réflexioiis etd'autres qui suivirent me firent cmnprfendre que mon ami n'avait pas de sympathie pour la Communauté, et que je préchais dans le désert en lui vantant les bienfaits que le Communisme, selon moi, réservait à la Société. Mais si je n'avais pu porter la conviction dans son esprit, je ne voulus pas du moins mte' laisser convaincre ; et comme il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, je me donnai facilement celle satisfaction.
"SK à cette époque cependant, j'avais suivi les sages conseils qirune amitié sincèi*e me donnait, mes yeux se fussent ouverts à la lumière; j'aurais regardé comme de dangereuses chimères les espérances dont le Communisine berçait la classe ouvrière à laquelle j'appartefKiis moi-même. Au nom de la liberté du travail j -aurais fait justice de ce travail tel que l'entend la Communauté, travail sans émulation, sans initiative ; au hom de ma propre dignité, je me serais révolté conti^ela pensée de ne phis m'appartenir désormais et de me iivj-er à la Communauté comme une chose,comme mw véritable machine. Mais un mauvais génie me poursuivait. Ce fut lui sans doute qui fit tomber entre mes mains le Voyage en Icarîe, par Cabet.
Ce livre, qr4 a été funeste moins peut-être parle nombre Uè^ cohViëtluns i^U'il. a complètement ralliées que par Its sèhtimeiits haineux, les idées fausses, les espérances vagues, les sourds désirs de bouleversement
; gu'U a répaudiis dans le peupie; ce livre, dis-jie, exerça ^fsuï mon esprit la plus fâcheuse influence. ^: L'Icarie, organisée en Cammunauîé, m'apparaissait ~^comme un nouveau Paradis terrestre. J'y trouvais Tèn- ^.rfance heui-euse et sans travail, l'âge mûr sans fatigue ;^;et sans soucis, la vieillesse fortunée et sans douleurs, ": rhomme enfin vivant près du double de l'existence hu- : niaine.
'.; Quel tableau séduisant cet ouvrage n'ofTrait-il pas à j:inesyeux?
« Là, en f carie, le mariage et la famille dans toute leur
pureté et dans toute leur félicité; tout le monde marié;
ni célibataires, ni dots; la femme rétablie dans ses droits
et sa dignité; là, point de rivalités, de jaîoîisios, de
haines ni de cupidité, point de meurtres, de vols ni de
violences; plus de domesticité, plus d'esclavage;
« En Icarie, plus de faillites ni de soucis ; plus de pro-
. ces ni de passeports; plus de mouchards ni de gen-
J darmes; plus de bourreaux ni de geôliers;
« Plus d'intolérance religieuse ni de siipersiit|(^n^ le Christianisme dans toute sa pureté ; ' ' ' ■
« Plus d'inquisition ni d'oppression d'aucun genre, . mais la Démocratie la plus pure, la Liberté la xiliis '^' réelle, le Suffrage miiverscl dans toute sa vérité, tout ^;3oar le Peuple et pour le Peuple; "'" ^ « Plus de service militaire, stérile et oppressif; mais ' tous les citoyens gardes nationaux et exercés au mànie- ^. ment des armes... »
'H Le problème de l'Egalité sociale n'était-il pa?^4'ailf leurs, complètement résolu en Icarie? De simples ou- ; vriers pouvaient être élevés^ tout en continuant les travaux de leur profession, aux fonctions les plus importantes. Le président du conseil des ministres de- la République Icariennc était un maçon. loir, le grand Icar, le législateur de l'Icarie, était un charretier,. .
Mes plus beaux rêves d'égalité n'étaient-ils pas'ïlijlsi devenus d'éclatantes vérités? '^""^^^ ju^/i^-Îj^ <^in
^^ 'Quelquefois, en effet, je prenais au sérieux les chi-
.jjtçères enfantées par rimagination de Cabet ; quelquefois je "ùrimàginais que Tlcarie existait réellement et que sa reineCloramïde avait bien été détrônée, en 1782, après une guerre de rues et de barricades, au profit dlcar, le chef de TOpposition; mais souvent aussi je m'apercevais que le Voyage en Icarie n'était qu'une excursion à travers un pays imaginaire. Je me prenais alors à regretter qu'une société ne pût s'organiser sur
„ les bases que Ca])et avait données à la Société Ica-
, -Tienne.
!; On peut donc juger qu'elle fut ma satisfaction quand
g je lus dans le journal le Populaire du 19 septembre
^'1847 ce titre magique : Contrat social ou acte de
' société pour la Communauté d^ Icarie.
Il s'agissait d'une société fondée dans le but d'ac-
J quérir de vastes terrains, pour les défiicher, les cultiver et les exploiter, de s'établir sm* ces terrains, d'y
. exercer toute industrie et d^y faire tout commerce au
^profit de la ^'^'f^^-'^^x^:^^^
Dans un article nititalé '. Lieib de "établissement d' icarie y Conditions pour le territoire , Gi publié
^ dans le même journal, le 26 septembre 18/i7, Cabet annonce que c'est en Amérique et dans l'Amérique du
..A'ord qu'il est ie plus facile de trouver un territoire qui réunisse les meilleures conditions pom* l'établissement de la société ; qu'on a en vue trois localités différentes qui peuvent convenir, mais que le choix est difficile; que pour choisir définitivement le terrain qui convient le mieux, il faut l'examiner et l'étudier sous tous les rapports, et même en étudier plusieurs pour les comparer entre eus; qu'avant d'envoyer une Commission à cet effet, il faut prendre tous les renseignements nécessaires porn* la guider; que Tacquisition des terrains sera une seconde opération capitale, mais qu'avant d'entrer en négociation pour acquérir
lumières, ^^;^>î -^'^"'^^ ••^")^^i^' -^irn
Enfin dans le Poputaîre An 16 jamlelr l848j''C^ët js'exprime en ces termes : / i l' ^'''''^
'«Après avoir examiné tôtis les '{i^j^^/; convenables pour une grande émigration, nous 'avons choisi lé Texas, dans sa partie nord-ouèst, comtne celui qui pré- .^ente les plus grands avantages sous le rapport de'fe ^salubrité du climat tempéré» de la fertilité dusol,'(ïb 'son étendue, etc., etc. Nous avons déjà plus d'uii'mâ- Uon d'acres de terre le long de la ri\ière Rouge, beau fleuve navigable jusqu'à notre établissement^ et nous pouvons nous étendre indéfiniment. )^ /^''^/''' ^/"^^'^^
Les articles du Populaire et ïa déciari^ètf^ti'on vient de lire étaient trop positifs pour que le dbbfé'fSt permis. On devait nat'sreliement penser que le ^j/)4 avait été exploré, que les terrains avaient été recorttife ej; examinés, que le choix ftvait été fait; que des të/- 'iràins le long d\me rivière navigable jusqu'à féiablis- ^ement avaient été définivenieiit acquis, ei que les difficultés relatives à la réalisation de la colonisation, diificultés soulevées par Cabet lui-même, dans sbn jotrriial le Populaire, étaient enfin surmontées. ' ' •^^,- ^"^^ ' Apôtre infatigable, Cabet prêchait d'ailleurs' Irf Communauté dans ses livres, dans ses journaux, dans èès aimanachs. Le dimanche il nous convoquait cliez lui, nous ses fidèles adeptes, nous qu'il appelait les Mdwveaux chrétiens ; il nous disait :' " "'"* ^^^^ "
« En Icarie, dans cette Icarie ou 'cette' C6ttlhKifl8ttté que nous allons fonder en Amérique, voyez qtid sera lé sort et le bonheur des Travailleurs î '
« Là, plus de prolétaires manquant de tout, à ëfl^'fle "i^ropriétaires regorgeant du supcrt1ù';'rti'âis^tt>ii^ les citoyens propriétaires ou co-propriétair'és'H'rtné'^'îmmense propriété collective, sociale, Indivise et' natioiiialc^Par conséquent, plus de profit ariaf !
« Plus de misère avec ses soucis et ses angoisses, ni
d'opulence avec son cortège de vices oppressifs et perturbateurs ; mais rexisîence assurée pour tous en tié.vaillant, le bien-être et Jj'^bpadaiice ; |^ar^cGnséguéHt, plus de paupérisme!'^ ' ' '^''''.*.'*!\",^ "!'.'"' ,' \l^ic'- ,« Plus d'ouvriers ni de patrons ou de maîtres', mafs des Associés, tous frères, tous égaux, tous obligés de travailler, suivant leurs forces physiques et intellectuelles ; tous les travaux considérés comme des fonctions, publiques, et toutes les fonctions considérées comme des travaux ; par conséquent, plus d'ea'ptoita- Uii^n, plus d'exploités ni d'exploiteurs ! ,j'. ,^i ï?los de salaires, mais une répartition des produits comme un partage entre associés !
,, « Plus de ciiomagc ni de concurrence désordonnée, mais, le travail organisé; et l'organisation la plus par- ^faife que possible, d'après l'expérience et la raison, ^'^^es, l'opinion publique et la volonté des tra- ^yailleurs eux-mêmes.
« Tout le travail agricole et manufacturier divisé en grandes industries exercées dpns d'immenses ateliers. :. « Ce travail partagé entre tous les citoyens, de maliière que personne ne reste oisif et que personne ne soit surchargé.
. ^^,« Les ateliers, commodes, sains, propres, magnifi-
. i « Tout prodigué par la Communauté poiu* aider, soulager, protéger le travailleur. "''" *
« Les machines multipliées à l'infini et perpétueîiement, pour exécuter tous les travaux dégoûtants, exténuants, périlleux. ^
« Tous les instruments, comme toutes les matières premières, fournis par la Communauté.
« Les professions choisies par chacun autant que possible,, suivant sa vocation, ses goûts et ses aptitudes.
«;Tous les emplois électifs, temporaires et révocables.
« Tous les cito} eus électeurs etéligibles, suivant leurs .capacités, dans rinlcrèt général.
« Plus de livrets ou de chaîne; plus de service mili- ^hàre autre que la garde nationale défensive; plusd'im- ']p5t autre que lé travail, et rien épargné pour rendre "^'travail court, facile, sans dégoût ni danger»- agréàbîe au conti-aire et attrayant.y;>n';îaieô'i u! '< ishun ,8S'J^• '^'- « La Communauté gartintira a cbadîh'lWlogi2niehf;le vêlement, la nourriture, Finstruction et l'éducation, lès '^ins hygiéniques et médicaux, la possibilité de se ma- -Trier et d'avoir une famille, et, progroSsivemôM, Wtrtès les jouissances raisonnables de in civilisaîïf)ni''''"> ^^b
« Et point d'aristocratie, point de privilège', pLutn&i- «égalité, mais la démocratie la plus pure; ré*i)Hié en tout et partout, comme entre des /rèré!?^ et d^âiprès le principe de là fraternité; Tégalîté dartsles châ^ife^if^ôllimé dans les jouissances, régàliîé relative ei proportiO'n- Relle, — suivant les forces matérielles ou intellecCuellts pour les charges, —et suivant les besoins pour larépafrtitîôn, de manière que tous soient égaleëiénl hem-éHK, personne ne "étant plus que les autres;! 'et ne'^^vo^^t aiicim autre p^us heureux (lue lui. • 'f'^'' '^"'"' ^n'om
fèt de toii^ et dé chacun; et quand ré^UiCMlloii lit ]^is parfaite aura donné à rimelligenco d'une géoénitiôn nouvelle tout le développemeni dont elle est susceptible, vous devez apercevoir que la perfectibilité humaine avancera rapidement, sm- toutes les routes du progrès, vers le degré de perfection assigné par la nature ou la Providence à l'humanité.
« Travailleurs exploités aujotird'hui, garrottés, enchaînés, sans droits et sans égards, même sans travail et sans pain, sans avenir comme sans présent, allons chercher ailleurs la Providence ou la nature qui nous offre tous les trésors de son amour et de sa bienfaisance ; allons fonder Icarie en Amérique !... »
Sous rinfluence de ces prédications, mes idées, déjà
portées vers le Commimisme, s'exaltèrent encore et me déterminèrf^nî à f;^ire paiiie de rémigrc'tion Icarienne, malgré '.es représentations qui nîe turent adressées, malgré !a résistiuice que ma femme opposait à mes projets do départ, averîie sans doute par un secret ins- , linct que nous marcliions à notje perte. ,-:
.,,. Convaincu, comme je le disais, que les acres de ^ terre arrosés par la Rivière Rouge n'attendaient que des colons et qu'un établissement était prêt à les rece- -jvoir, je me présentai plein de conliance dans les buï^/eaux de Cabet, et là o;i me dit : « Versez et partez. » al s.éi(f,ài(\e d'un sacriiice fort impiKtarit pour moi, je -rfH^^Ji^jù ma petite fortuiif^. Je vouhis joindie à cette .^^ssouice le produit de quelques arpents de terre que è^afemme avait recueillis dans la succession de son -jpière et dofil e ie avait !a libre disposiiion. Elie m'op- ^^posa un refus formel. Vainement je voulus lui prouver iique ses chaPxips, quoique fertiles, l'étaitnt beaucoup moins que ceux que mon imagination rêvait pour elle : en Icarie ; je ne pus vaincre son obstination. Revenu : aujourd'hui des illusions icariennes et de retour du -)îiouveau- Monde j ai été trop heureux de retrouver eicje coin de terre que ma f^ mme a eu l'heureuse pensée Il (le ne pas vendre. C'est aujourd'hui notre unique avoir. -iJqà3èU(5 }^j î*iib jnob j sii^fuoQ.
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: 0)nf:si6lnî)id ]f;8*.'>b t-i -w-
SECOND RÉCST. .y'"
31U89ffl
^Avant rembarqueméiii. — l^e vidage de^ pocliès entée., \
i les mains de Cabet et de ses agents. — ^ Les femmes *^^
"' dépouillées de leurs Irijont. — J'approuve cette me- '^^
surel — Résistance de plusieurs colons. — Les cgIors'^^'*
malades. — Refus d'un secours de 15 francs. — Pas ;fi
de médecius à ijord. — Mort d'un colon. — ■ Les lettres
des Icariens soumises à la censure. — Je suis déjà.
I,- moins Communiste. — Arrivée à la Xouvelle-Or- .37
^ léans. .jïl
Si je n'avais pas été fanatisé réellciiicnt ptir Cabeti^ par SCS discours et ses livres, si le Cudjcti^ine, en iiB'i mot, n'avait pas été aiissi complet chez moi", j'aureis coiiirfu pris, d'après tout ce qui se passa sous mes yeux avants de m'euibarquer, qu 'il ialiait prendre .mon parti d'avoir à été trompé, et surtout ne pas aller piiLS loin. Mais ihu était écrit que je ne perdrais rien de la leçon que je/G devais recevoir et que je paierais chèrcuient ma ccmhc'I fiance dans les paroles de CaJjet. . lii»!
Payer est bien le mot; car à mon départ de Parii^ir! j'avais versé dt«is la caisse icarienne et contre viaô reçu de Cabet, à valoir snr mon apport, une so:nQie)5\ assez ronde. J'avais, en outre, souscrit trois acliorts qui me rendnient membre de la Société Icarienne. Maiçfemme, décliiuant cet insigne honneur, avait refusé Jietoi les actions qu'on lui ofli'ait. "Irrujjoa not .noiJn^J
Cent (luatorze personnes composaicrtt hï BCUvcHesi émigi^ation qui allait mettre à la voile pour l'Amérique.:)!) Lorsque nos colis furent embarqués, nos passeports ') visés, Cabet et ses agents exigèrent que chaque colon remît l'argent dont il était porteur. J^es femmes fureîifciii dépouillées de leurs montres, de leurs chaînes, bagues,
boucles-d'oroillos ; l'une d'elle dut donner son anneau de flaaiiage î Tous les objets de qtielqiie vatenrpassèrent de la poche des émigrants entre les mains des percepteurs de Cabef,
Ce vidage de i>ocîies aurait dû me paraître une mesure arbitraire ou tout au nioins fort étrange. Ce fut moi qui prit la défense de cette mesure ! Je ne voulus y voir que la conséquence du traité qui liait les associés entre eux, La société se fonde, disais-je, pour établir la CommunaïUé ; or, chacun prenant rengagement de fournir aux besoins des autres, il faut bien qu& chacun mette en commun ce qu'il possède.
Kn disciple fidèîe, je voulus prêcher d'exemple et je versai «scrupuleusement jusqu'à ma dernière pièce de monnaie. Ma femme qui, comme je l'ai dit, n'avait pas de goût pour la communauté, ne voulut rien donner. Plutôt que de se séparer de quelques bijoux qui îtii rappebileut sa mère, elle aurait quitté le Havre, et malgré son dévouement pour moi, dévouement qui seul, la portait à m'accompagner, elle aurait renoncè';»^ à me suivre. Sa résistance rendit l'énergie à quelques,-''; uns des émigrantSi (î^^* ne cédèrent ni aux menaces nV^ aiei prières. Cest ainsi qu'un toniïelieret sa femme, qui fabaienî avec nous partie de Texpédition, conservèi'ent leur argent. Je me souviens encore que j'avais le coiir'^^ rage i idè ies blâmer î Je leur répétais ces paroles dfe ,. C^Bt'^''^iè'>91e^^ fi'^i^s, mes amis, il faut iine coh^' ^ ficvmiS'^^éillgle.'i^'V ' .,,.,.,....:..:. j^^i
dec^itfeiRaisiolë niême langage à ceu^'dfe' mes compà.^ gnelfe ïleî^v^yagé qui demandaient quèîs étaient les reisaûftîé» eiTétat de îa caisse ou qui élevaient la pi^ëtontion, fort naturelle cependant, dé connfiSnrë' '7è;^'^' reoHttïBOU tefe SiS^^a^gidè la Société, et (](' voir le ti're deotepiflôtiofejfetof qàsfe' -Oé^mpagnie Cabet du million ; d'atTOÉi'iteqi^rP^ii ^^èupifidui^ Ju^uihiisoj sOi» y.jp-.;-.*
*çûûîit?à(i»Tlji, ^Pâ«|êw§ flr'êëfîifyCv^slVfit^ic^'^'^'
tionB^-';rii^î•e^séfcn^^à«w7'l3'âVâ!s lit foi qui sauvei;v
fièG
j'étais satisfait. Il ne fallait lien moins que cette foi vive et arclonte pour me faire pardonner par le fhef de notre expédition vers la terre promise (c'est ainsf que Cabet appelait llcarie) le peu de disposition que ma femme avait montrée à se laisser dépouilkf <le.€e qu'elle possédait. ^''^' 'iS'^5 3u9
Enfin nous qiiiPâmos le Havre huit mois après te départ de la seconde avant-g.irde.
A peine éiions-nous en mer que plusieurs coloiis tombèrent malades, et parmi eux B... le tonnelier et sa femaie. On ue tarda pas à les punir de n'avoir pas voulu se de.saisir, quelques jours auparavant, des objets qu'ils avaient en leur possession. Tous deux étaient retenus au lit par la maladie; personne ne s'occupaîti. d'eux ; pour eux je ne pouvais rien obtenir. Je xi€ sais ce qu'ils seraient devenus si des Religieux, logés sur Itivant du bâtiment, et qui comprenaient la charité^ et la ffaternité autrement qne les prétendus frèresi lôàrif^s, ne fussent venus au secours et à l'^iide û^él nos amis malades. il''-
On v-'avaii vanté la bonne harmonie qui devait rë^ gner dans 'a Société Icarienne. Depuis huit jours à peine, je vivais dans cette société et jamais je n'avais entendu pins de discussions, jamais je n'avais vu plus de d'scordrs et surtout plus d'injustices. Ceitains coions étaient de la part des délégués de Cabet l'objet de^ préférences qui me révoltaient; d'autres n'avaient efti partage que de perpétuelles privations. Là où je cher-' chais la fi aternité, je ne trouvais que division, dispute et querî'lle.
No^îs u'étÏMis encore qu'à trente-trois lieues du Ha-^vre, lorsque nous fûmes obligés de jeter l'ancre en vue] de Cowes (î!e Wighi). en Angleterre, pnrceque le navire était déponri u de sa mâture. Un colon, trop malade ' pour continuer son voyage, ré<;olut de descendre à terre. Pour regagner la France il demanda un secours de 1.^ francs afin de prendre la halea^i à vapeur qui, Ifr-
ttême joëFi reiit ramené au Havie. Eh bien ! après avoir consulté la commission, le délégué lui déclara : qiCo7i ne devait pas montrer de fraternité envers iidy et qiiil pouvait s'en aller comme il était venu. Que sera devenu, privé de toutes ressources, notre malheureux camarade? Aura-til revu la France !
Depuis que j'étais à hord, je marchais de déceptions eu déceptions. Les faits venaient démentir chaque jour les assurances que Cabet nous avait données, les promesses qu'il nous avait faites. Ma femme ne laissait échapper aucune occasion de me montrer la voie funeste dans laquelle nous étions engagés; tout ce que je voyais autour de moi était en eliét de nature à décourager ricarien le plus convaincu.
^ Ln ém^grant est subitement atteint par une grave maladie, il réclame avec instance des secours; il apprend avec désespoir que les deux médecins et que le pharmacien qui devaient accompagner chaque expédition n'avaient pas été embarqués. On allègue à ses y^iXi la raison d'économie; on lui fait entendre que cha(jue éoiigrant n'ayant versé que 600 fr., les soins du médecin et les drogues de la pharmacie ne peuvent être compris dans cette somme. « Au reste, ajoute Jlçg d^^Iégué, les médecins ont fait partie de ravant-garde^, etiles émigrants les trouveront parfaitement établis en îcaneiJ) Quelle amère dérision! Et le colon moiu^ut faijte de soins, victime de cette inhumanité ou, tout tii^ ift^iKj, d'une imprévoyance aussi coupable. ; , \i^
Enfin une des choses les plus iniques qui m'aient élé^révélées pendant la traversée, c'est qu'on avait fait promettre à la plupart des colons de ne pas écrire, lor^qa'ils seraient arrivés eii Icarie, ni à leurs parents, ni) ^ leurs amis, sans soumettre leurs lettres à une commission de censure. On craignait donc que la vérité sur ricarie ne se fît jour ; on craignait donc... Mais je je ne ■. veux pas anticipei;, ; sur les éyériaments. J'ai sa seulement, depuis mon retour en Europe, et à n'efi pa^
douter, qu'un grand nombre de lettres adressées par des cmigrants Icariens à leur famille ne sont ^as parvenues à leur adresse, ou ne sont arrivées qu'aprfâ avoir été ouvertes. ;.
^ Notre voyage touchait à son terme. Je n'étais plus ce disciple exalté de Cabct qu'aucune objection n'avait arrêté, que nulle considération n'avait retenu. J'avais pris pendant la traversée un avant-goût de la Communauté en action. Mes croyances communistes, loin de se fortifier dans celte première épreuve, s'étaient profondément afifaiblies. Ce que j'allais voir par moimême, ce que j'allais apprendi^e à mon arrivée à la Nouvelle -Orléans devaient emporter nos dernières convictions.
■un TROISIÈfVîE RÉCIT.
Les Icanens à l'hospice. — Leur détresse. — Cabet maudit.— Voyage des Icariens à la recherche de ricarie. — Ils sont forcés de s'atteler eux- mûmes à leurs chariots. — Cruelle déception. — L'Icarie n'existe pas. — La, Compagnie anglaise Pceters. — Insalubrité du climat."^ ■ — La célèbre Icara. — La Communauté en action.-*^ ïmi^évoyance et inhumanité de Cabet. • — Je quitte la Nouvelle-Orléans. — Ce qui amène un dernier récit.
Deux avant-gardes de Communistes -Icariens nous avaient précédés. Notre premiersoin, en débarquant, fut de nous informer de leur sort. 11 nous tardait d'apprendre si la colonie Icarienne avait réalisé les espérances promises par. Cabet au nom de la Communauté.
Hélas ! de quel triste spectacle adions-nous être témoins !
Nous fie trouvâmes à la Nouvelle -Orléans que les débris des deux pi'emières expéditions d'émig cnls. Les uijs étaient à Thôpital ; les autres, déguenillés, décharnés, gisaient sur des grabats dans des réduits affreux. €eux qui étaient morts en route par suite de fatigues et de privations en revenant du Texas étaient en vérité les moins malheureux. Le désespoir était peint sm' tous les visages. Toutes les femmes pleuraient; celles-ci avaient perdu leurs maris, celles-là leurs frères ou leurs fils. On n'entendait que des plaintes, que des cris de détresse.
c< On ne peut mieux décrire notre déplorable situation, » me dit un pauvre malade, « qu en la comparant à la déroute de Tarmée française en Russie en 1812; moi je la crois encore plus triste, ajoula-t-il, parceque, en Russie, il n'y avait que des hommes, tandis qu'ici nous avons moitié femmes et un tiers d'enfants. Plusieurs de ces femmes sont enceintes, les autres allaitent leurs enfants. Ce sont deux ou trois cents familles entièrement ruinées. »
J'assistais chaque jour à des scènes déchirantes ; je ne voyais autour de moi que le découragement et la douleur. De toutes parts j'entendais maudire le nom de Cabet,
Qu'était-il doue arrivé ? Que s'était-il passé en îcaric pour qu'elle eût été sitôt abandonnée, pour que ces hommes qui devaient y vivre au sein de la félicité revinssent ici mourir de faim et de misère, n'ayant d'autre ressource que l'aumône l
J'interrogeai, et je connus bientôt la vérité dans toute son étendue , dans toute son horreur. Voici ce que j'appris; mais je laisse parler un de ces infortunés éraigranis,à peine échappé à la mort, et que sa faiblesse retenait encore à l'hospice :
« J'avais versé, me dit-il, six cents francs dans la Société Icarienne, et je m'étais embarqué pour l'Amérique par le premier départ du 3 février I8/18. 11 avait
été question d'une concession (Vun million d'acres de terre par la Compagnie anglaise Pccters, et ces terres devaient se trouvoi* sur les bords de la Rivière Rouge, qui devait être aussi navigable ju qu'à notre élablissement. Or, pour gagner ces tenes tant désirées, iious avons ûù faire, après noire débarquement, cent vingt lieues eîivirou à pied et ciiargés de notre bagage ; c'était bien pénible.
« Nous cheminions par troupe de cinq ou sis, la hache à la main, comme des sapeurs, pour nous frayer un passage. Nous ne nous sommes pas rendus de suite à notre destination ; nous avons fait une halle pour nous reposer de nos fatigues et nous soigner, car nous étions tous malades ; enfin, nous arrivâmes à réfl!pli>cement désigné. : '
(' Notre persévérance allait donc ti'ouver sa, juste récompense! Déirompez-vous. ». ; ,;':
a On ne connaissait là ni Cabet, ni. la concession dini million d'acres; là," Cabet ne possédait pas un pouce de terre ! Nous trouvâmes sur les lieux un agent de la Compagnie Pceters. 11 nous appris que jamais la Compagnie n'avait tiaité avec Cabet ; qu'il y avait des terres à vendre à ceux qui avaient de l'argent pour les payer. De l'argent! CaJjc-t avait eu soin avant notre départ de s'emparer de celui (luc. nous possédions!
« Plusieurs émigrants, et j'étais de cenoinbre, avalent su dérober quelque argeiU à la lapacité du fondateur de ricarie, et la Compagnie Pecteis consentit à nous faire à chacun une concession de teirains, concession individlielle, bien entendu, et sans avoir égard à notre qualité de Sociétaires Icariens. La condidon qu'elle imposait à celle concession était de défricher la terre pendant trois ans et d'y construire une petite cabane. Au bout de ces trois ans, nous devions dpveuir>coiîccssionnaiics. Il était bioii convenu aussi qu'on poun ait nous déposséder, si. au bout de ces iroii^ ans, nous n'avions fait ni le dciVicIicmenl, ni la construction.
3b^.89T>^ La maladie m'a forcé de revenir. Tout est mortel dans ce fatal pays où Cabet nous avait envoyés; tout est mortel : Tair et l'eau; sur soi\anîe-dix hommes qui arrivèrent les premiers, neuf moururent hient.H. Notre colonie était un camp de désolation. Pour reg;au:ner la Nouvelle-Orléans j'ai fait encore cent vingt lieues à pied, au milieu des marais, des fondrières, soulirant la faim, la soif et obligé d'abandonner n^es elîels que je
,;; iHTavais plus la force de porter.
" «('Ne croyez pas, îrion cher compatriote », reprit un aufre émigrant, « que nous exagérions le récit des maux, de toute nature que nous avons endurés. Faute d'argent, nous n'avions pu acheter des bœufs pour nos attelages, et nous avons été forcés de nous atteler nousmêmes à nos chariots qne nous ne faisions avancer qu'à
' grand'peine. Cabet nous avait dit : Vous allez dans un pays où tout se trouve, où la dusse, où la poche sont
■'-■ abondantes. Cabet noiis trompait; il nous envoyait h
i' ■Tateature dans un pays qu'il ne connaissait pas. Ses ■écrits, ses prom.esses, tout éiait mensoiîge.
« On nous avait prêché que la capitale de l'ïcarie, la célèbre Tcara, était udq viMe mirobo!nn!c auprès de qui Paris n'éîait que de la Saint-Jean. Il y avait déjà pîusiéiit*^ mois que la première avant-garde nous avait devancés: eh bien, qnand nous sommes arrivés, nous
■'■'- n'avons trouvé que quelques huîtes ouvertes à tons les
vents et à toutes les intempéries des saisons. Beaucoup
(Féniigrants étaient morts; ies survivants étaient dans le
dénuement le pkis complet. S'm^h
' -i /' Ils avaient dû ensemencer des milliers d'acres de
•'î^ tiéh'e. Qu'avaient-i's mis en culture? Quelques lieues
J'' Carrées de terrain qui jamais n'ont l'ien produit. ;n.sd;« Voilà en peu de mots rhistoire de l'ïcarie. Les '^ 'Afiglais ont, dit-on, une colonie où ils envoient vivre leurs voleurs, l'ïcarie est «ne colonie où viennent mourir les gens volés. *''f''J ' ,
« Dans riiiipossibililé de rester dans celte prétendue
colonie, où l'on est dans l'eau pendant les tiois quarts de l'anjiée, je voulais revenir en France à tout prix. Envoyé comme le plus valide par mes malheureux compagnons au devant de quelques-uns de nos frères, auxquels nous voulions faire rebrousser chemin, j'en ai trouvé huit, hors d'état de marcher, dans la cabane d'un pauvre Indien, où moi-même je tombai dange- 1 eusement malade. Enfin, à peu près rétabli, je me suis traîné jusqu'ici, et, à défaut d'argent, car j'ai donné mon dernier sou à la caisse Icarienne, je m'engagerai comme matelot sur le premier bâtiment qui pourra nie ramener en France.
« Je raconterai tout ce qui m'est arrivé, à tout le monde, et surtout à mes camarades d'atelier, si je puis retrouver parmi eux une place et du tiavail, alin (lue d'autres niais — car je nai été qu'un niais, — d'autres dupes, d'autres moutons ne se laissent pas tromper, attraper et tondre par Cabet et sa bande.
M Cette chimère que Cabet nous a mise dans la tête est d'ai leurs l'état social le plus infâme possible ; c'est l'esclavage complet; c'est l'en ftr; si vous êtes cent, vo'.is avez cent maîtres. Vous ne pouvez lien faire qui ne soit l'objet d'un blâme, d'une censure. Croyez-moi; j'«^n ai fait l'expérience ; il u'y a pas d'esclavage plus dur que celui que le système de la Communauté impose.
On ne peut s'en faire une idée! A table, par exemple, ce n'est pas son assiette qu'on regarde, mais celle de ses voisins, et l'on tiouve toujours leurs pitances plus grossCrS et meillemes que lu sienne ! Il faut que chacun ait le même appétit et les mêmes goûts, car les morceaux sont pesés, et tout le monde doit manger du même plat ! Tant pis si vous avez bon appétit, vous n'avez que votre portion, et ceux qui (chose rare parmi les communistes), n'ayant pas faim, ne mangent pas tout, donnent le reste aux chiens j toujours pour ne pas faire de jaloux dans la société.'u/
« La journée se passe en disputes; disputes pour le
manger; disputes pour le travail; toute la patience du monde n'y suffirait pas pour une heure. Nous sommes désabusés; trop tard, il est vrai; mais il fallait pas^ser par là. Maintenant ceux qui n'en ont pas goûté peuveni en essayer; ils seront bientôt guéris. Le zèle de tous les fanatiques qu'il y a encore en France sera bientôt calmé quand ils sauront de nos nouvelles. »
D'autres Icarieus me donnèrent de semblables détails. Tous se plaignaient d'avoir été affreusement traités pour leur argent; tous accusaient Cabet de n'avoir l'ecueilli aucun renseignement précis avant d'envoyer des hommes dans un pays lointain, qui leur était absolument inconnu ; avant d'exposer ainsi la vie d'une grande quantité de personnes, dont les unes sont mortes succombant aux fatigues, dont les autres ont contracté, sous un climat meurtrier, le germe des plus dangereuses maladies.
Comment ! Cabet avait appris en France, j'en ai au^^ Jourd'hui la certitude, tous les malheurs arrivés aux Icarieus des deux premières avant-garde; il avait reru des nouvelles qui lui avaient appris les épouvantables désastres de la colonie, et il contijuiait à faire partir des émigranls ! Le bâtiment qui m'avait amené ne portaitil pas plus de cent dix personnes que Cabet expédiait encore en Icarie , ou plutôt, à la jecherche de cette Icarie chimérique ! Cabet était donc sans entrailles et sans cœur !
Mais, à mes yeux, ce n'était pas seulement Thomme, le chef des Communistes-Icariens qui désormais était jugé; j'avais pu appiécier encore la fausseté de ses doctrines. Chaque fois que les émigrants Icarieus avaient voulu vivre sous la règîe de la Communauté, ils avaient reconnu que cette règle les conduisait à Tesclavage ; que le communiste, sans soucis peut-être pour son logement, ses vêtements, sa nourriture, cessait en quelque sorte d être homme, c'est à dire d'obéir à sa voicsitéiwde suivre les inspiiations de son cœur et de
-• -'[>0q gôiiJq«i:: v^VM'qen* lir;.'?':,?^;^ :'■' r;>ii ;
soi! ësprii, et qu'il perdait sa liberté , sa liberté si chère, et si précieuse pour jouir de rinsouciaiice et du bieii-^ être dVfiie bête de somme. ^i,
Je n'ai pas besoin d'ajouter que nous crûmes sur pà-r .rôles !es pauvres Icariens que rious avions rencontrés à riiospice de la Nouvclle-Odéans et qu'aucun de nous, n'eût le désir de tenter l'épreuve qu'ils avaient si tiisîeraent subie. Ma femme me sollicitait de me séparer (le l'cApédilion et de revenir en Europe. Mais nous étions sans ressources, et ce ne fut qu'après de lou-^^ gués et énergiques instances que nous pûmes arrachèi*^ à l'agent de Cabet une faible somme, nécessaire ai^ paiement de notre passage à bojçfi d'un batime,^|ljj^-.^ partauL-e pom' l'Angleterre. . 't=f{j >
Je devrais terminer ici; car ici s'arrête ma confts-ij sion comme Communistc-Icarien ; j'ajouterai mêmequ^[ jamais pécheur ne fut plus repentant. Mais comme^ Cabet poursuit son œuvre, en n'ayant changé que le^j théâU'e de ses exploits, il me reste à faire connaître ,àg mes lecteurs le sort que subissent les nouvelles recruq^^ qu'il enrôle pour continuer ses expériences commuuistç^f^
iioUATRIÈME RÉCIT. ^^^
ijàbet poursuit son plan. — Nouvelles nouvelles de VI- u
^^^ carie. — Petite statistique. — Alrivée des émigrants
^^'dnns l'Etat Illinois. — Le fameux million d'acres de' ^
"^lerres changé en 2i arpents. — Cabet bénit un terraft^'^'ï
pour enterrer ses morts. — Il fait des mariages, -ui it
Intervention de l'autorité locale. — Les gardes-chiour-
mes de la colonie. — Mesayenture d'un émi^raut. -^ on
Le Communisme jugé. gjj gubi/lbni 9JflGzioèJfl93
Je disais en terminant mou dernier rét^Viq^ 6|l])Pt ti'udait encore des pièges à de nouvelle* viciiiBe&;s^! promesses sont toujours aussi pompeuses que parlé
passé, ses déclarations n'ont rienpprdu de leur assurance. L'imagination de ses disciples doit être vivement frappée par le tableau séduisant qu'on leur préscnTe de la situation de ia colonie Icai ienne, fon^lée aux États-Unis d'Amérique dans i'Éiat lilinois ; ce ne sont que terres en exploitation, ateliers ouverts, ressources multipliées pour !e commerce, etc., etc.
Voici ce que Cabet écrivait lui-mome :
« Nous avons loué des m^iisons, des fermes et des terres. Nous avons acheté des chevaux et des besîiaux. Nous couchons dans plusieurs vastes m rlsoîis voisines, en attendant que nous ayons pu construire en bois une habitation pour tons. Nous avons un vaste réfectoire où nous mangeons tous ensemble. Nous avons notre cuisine, notre boulangerie, notre boucherie, notre infirmerie. Bientôt nous aurons notre école. Nos ateliers de~menuisiers, de charpentiers, de charrons, de forgerons, de sernulers, de mécaniciens, sont organisés et travaillent pour nous, en attendant qu'ils puissent confectionner pour le commerce. Nous préparons une scierie, un moulin, une distillerie. Chaque jour nous nous organisons, et bientôt notre organisation sera complète. »
Les journaux voués à la défense de la Communauté continuent à s'extasier, de leur côté, sur les bienfaits sans nombre dont la doctrine de Cabet fait jouir les Icariens. Or, voici ce qu'un d'eux, qui a suivi Cabet dans toutes ses excursions, et qui étaient encore au mois d'août 1849 à ia Nouvelle-Or; éans, écrivait à son frère, relativement à la mise en pratique de cette doctrine qui devait être le règne de Dieu sur la terre :
« Au 1" mai-s 1849, sur cinq cents émigrants, il ne restait plus sous la dominaùon de Cabet que deux cent soixante individus de tout âge et de tout sexe, et pouvant se catégoriser ainsi qu'il suit:
« 1° Environ cent dix invalides, dont cinquante malades et soixante enfants, 110
Cl. . . . 110
Alfl^ Sï>i\:anto créatures pussh-es'Ti'nyafifiTi'iôpf-"' ^M niOBiii volonté leur appartenant, SW
« 2)" Quatre-vingt-dix tiersoniies qui, de gré ou do i ^fiiBi force, ont suivi la bande avec l'espoir qu'une m o-':»r«9nit cliaine débâcle leur permettrait de rattraper «ne i^'nas partie de ce qui leur avait été arraché par la ruse,? J90
« U" Et enfin vingt individus composant la garde- f'0??,ibdu corps de Gabet, rjemplissant avec cela les fonc-'^^nsi? tions de gardes-chiourmes, et se faisant les exécu- siiJâq teurs des hautes-œuvres du grand potentat d'Icarier^fflïflod c'est sur la férocité et l'abrutissement de celte ]^[\^^i vingtaine d'individus que ce dernier s'appuie (|uand, tJ é[hh répondant pai'fois aux raisonneurs mécontents, il ^-inaig leur dit brièvement: vous n'avez. pas^^d^ivçloBté'^o'tq li ici,- taisez-vous. "xrJibh imilt i!i( H^ (iieifii/igiiii as^ol , , ' ' ■■■i't ob nîftazei è
bh^?j)b trîo sîîTfi-fîîfn^ ' « Total 'f>* ?îuqo(i80
-KiParlis de la Nouvelle-Orléans le i" mars 184^,oflsfit ont remonté le Mississipi pour aller à la reclier<^fre^de)8 ce pays fabuleiLv de llcarie. Au bout de quelques] otirSs^v le choléra les avait atteint par la raison qu'ils étaient-'' entassés dans un bateau à vapeur absolument comme de la marchandise, tandis que Cabet lai-même, ^véié'd deux autres de ses âmes damnées, était logé parfatPê^ifli ment au large dans une des chambres du capitaine. IXi'^i se- sont arrêtés au beut de quinze jours de marche dansîft l'État de riliinois et dans une petite ville appeléèP^ îsamoo, où Cabet a fait en son nom TacqmsitiOfl ^dé^v 16 acres de terrains en fiiche, moyennant la sôrUiite^'l de 15,000 francs. On voit ce qu'était de\enn le miHiot'T d'acres de terre que la société Calxi et compagnie avait^' annoncé pompeusement qu'elle possédait âu^Tesas^ à- 1 proximité de la Rivière Rouge i f.fiimqqn'? ,iin9îdo nsii « A cette époque de leur arrivée,' Jléîèhcïîéndilfiftsif s l avait pas encore quittés, car du 15 au'âOîilsoîitijperélilJp vingt-trois persoimes. Cabet, qui rempii.ssaiPtmô^àlèWtJp
les fondions de maire et de curé, ainsi que tu vas Tapprer^lre, avait béni à sa manière une partie des terrains qui devaient servir de cimetière ; il faisait clandcslineaient inhumer ses morts pendant la nuit, sans observer ni délai ni autre formalité.
« I'm gr;ind nombre de mariaf>"es se trouvaient alors dissous, soit naturellement par suite des décès dent je viens de par'er, soit par la raison qu'au départ de cette petite troupe de fidèles de !a isonvelle -Orléans, tel homme ou telle femme avait refusé de suivre son conjoint; mais Cabet s'empressait d\v porter remède, et déjà il avait, de sa seule autorité, pi'ovoqué en fait plusieurs mariages, à peu près de la même manière dont il procédait pour les enterrements, lorsque les autorités locales iniervinrent et lui liront défense de s'occuper à Tavenir de semblables choses.
« Depuis lors, bon nombie d'émigrants ont déserté la société Cabet; ils s'en échappent comme d'une prison dangereuse, et se trouvent heureux quand ils peu-*» veiîten sortir sans éti'e mal traités parlesgardcs-chiour-o mes de rétablissement. \,,^ j=i;:.:j. :.I:^t, A
« Un menuisier, nommé MaK)ir, qui est aujourd'hui 9 hoi'Si <ie cet enfer et qui avait fait partie de la pre-b , mière avant-garde, ne voulut pas partir sans empor-h ter avec lui quelques ouUls de sa profession; ii tua fit d'abord la demande au grand-maitre Cabet; mais-î celui-ci voyaiit, après j^lusieurs tentatives, qu'il ne pou- I vait empêcher le départ de Mazoir s'opposa vivement à'4 l'enlèvement d'aucun de ses outils, et lui dit à plusieurs i reprises : «Mazoir, vous n'emporterez rien, rien dab^ tout, c'est moi qui vous le défends. » Ce dernier, voyant j quQy comme tant d'autres partis avant lui, il ne pouvait ' rien obtenir, s'approcha néanmoins de sa malle, pour y prendre, à dél'aut de ses ouUls, deux pièces dor qu'il avait soigneusement enfermées et qu'il avait jusqu'alois tenues en réserve ; non seulement la malle fut trouvée ouverte, mais les deux pièces d'or avaient été soustraites.
"-« Comme il cbèrdiait alors à s'en! parer ffê quelquesuns de SCS outils pour l'^^^ •^•' r^n^-o'nble et les emporter avec lui, trois frères &^ ' i:r iiii, et darifiîlj^ur
brutalité féroce lui dénuidi ia main gauche, au point qu'au moment où j'écris ces alignes (phis de deux mois après), il ne peut encore se Servir de sa main. Mazoir, ivoyant son exisieiice^comproDii^e dans un semblable coupe-gorge, fit prévenir la justice; mais soit qu'elle si^ trouve à quelque dist.incc de.ià, soit que Cabet, au moyen de sa m'.iltitude de mouchards, sache to^r jours ce qui se passe, il doima de nouveau rordr^i^ ses gardes-chinijinios de délivrer à notre malheureux compagnon quelques-uns de ses outiis, à la condiùoii qu'il pariirait immédiatement. ,: ^ so > ii a^iloq
« En voilà assez, je crois, poju' te donner ung iç^ de la sauvagerie organisée par Cabet. Tu peux .j*JSBg* par ces détails, que je pourrais muliiplier à Tinfini, quel est, en réalité, le sort des colohs que leur mauvaise «toile a conduits ici. .';
J^, , « Cabet aura beau dire ou faire dire dans le Popv,laire iïpjat ce qu'il lui piaira; n'ajoute aucune foi à ses récits et à ses promesses; détourne lous nos amis de l'idése qu'ils pouiraient avoir de judtter la France pour aller rejoindre Cabet. que nous voudrions voir au fond de l'Océan qu'il nous a fait traverser. Ah! mon frvr§, garde-toi du Communisme comme de la peste. Le Conir monisme, en lui-même, vaut encore moins que C.ibeL. J'ai vu de près la Communauté; mon opinion est faite sur son compte, mais à quel prix j'ai payé cette leçon ! »
On le voit donc : que les Icariens aient cherché ^ s'établir au Texas, sur les bords de la Rivière-Rongjç* où qu'ils aient aujourd'hui planté leurs tentes dans l'état lUinois, non loin du Mississipi, on les trouve toujours en butte à l'oppression, tant il est vrai que l'esclavage est le dernier mot du Comniunisaie. ;
UN Wiof D'EXPLICATION
,iios6M .fliiim r.fe e>t) iiv'i93 98 H'ioono iuyq su il ,{,^&\qù 9f^^'/V'tfélÊcri déS Mtè ftQrônt'tfôi"iv'ê'pTàc'é'dattl??1e«^ "édiles ;^i précèdent n'ont été inventés par nous. M. Cabet a pu, dans son Voyage en îcarie, donner un champ ^ibre à son imao^naîion ; il nous a suffi, quant à nous, 'dé"ï*âpporter des faiis qui tous ont été avancés par ■Ul^s plaignants ou piir des témoins dans un procès en 'escroquerie qui s'est déroulé devant le Tribunal de police correctionnelle du département de la Seine, et ypii a occupé les audiences des 22 juin, 27, 28 et 29 septembre 18/i9. '^^^1 ^^snifi^û-to sris^R/ace r,l ab 'f*Aa mois de juin dernier, le Procureur <3e la Répu- Wiqiie, par suite de plaintes qui lui avaient été adressées, fit assigner M. Cabet devant la polire correctionnelle comme « prévenu, » nous copions la citation, « de s?éri'e, en 18/i8 et 18i^9, en employant des manœuvTes frauduleuses pour persuader l'existence d'urie fausse entreprise, d^m pouvoir et d'un crédit imaginaires, et faire naître l'espérance d'un succès chimérique, fait remettre diverses sommes d'argent et des effets mobiliers par plusieurs personnes, et notamment par Tessier, Chamhry, Chapron, Dubuisson, Becquerel, Baie, Bertrand, Fouillard; d'avoir, en 18^8, détourné, au préjudice du sieur Roussel, propriétaire, une grande malle pleine d'effets mobiliers qui lui avait été remise à titi'e de dépôt, à la chaige de l'expédier en Amérique; d'avoir, à la même époque, détourné au préjudice du sieur Botte deux métiers à la Jacquard d'une valeur de 800fr. qui lui avaient été remis à titre de dépôt à la chai-ge de les expédier aussi en Amérique. » M. Cabet, absent et éloigné de Paris, ne comparut
pas. Le Tribunal accorda un délai de trois mois afin qu'il pût êtie averti. Le 27 septembre, le Tribunal dut s'occuper de no^iveau de ce i»r{)cès; M. Cabet ne se présenta pas. , ", ''
Di\-Imit témoins avaient été assignés. Plusieurs,' parmi eux, s'étaient trouvés dans les deux premières avant-gardes qui, expédiées en Amérique avant le àé* part de M. Cabet, sont revenues çn France sans res^ sources et leurs illusions épuisées. * ' ■ " ' !'-^^t;,
Après raiidition des témoins, qi:i viennent i-acontéV les cruels désappoin'emenîs doiU ils ont été victimes cLinsieur voyage en Icarie, et ia déposition dun expert qui, cliargc de Yérilier la compîahilité de la Société Icarlenne, déclare que sur les '250,000 fr. versés pî(r les Icariens, 105,000 fr. ont été dépensés sans qùll en ait été justifié par des titres, M. le Procureur de !ïi République souUont la prévention. ■'
, Il s'attache à démontrer que les caractères constitutif del'cscroquerie telle que la définit la loi se ti'ouvent dans les faits imputés au sieur Cabet. II fonde sa conviction sur ces tiois points qui lui semblent les points culminants du procès, à savoir : que le sieur Cabet avait annonce au\ émigrants pour ITcarie la concession d'une grande étendue de terrain qu'il pouvait mettre à leur disposition immédiatement après leur arrivée, tandiè qu'ea réalité il ne possédait pas au Texas une seule ligne de terre ; qu'il les avait donc bercés d'illusions chimériques, et qu'il savait bien n'être que des chimères; qu'enfin, et d'après le dépouillement de la comptabilité, cette Société Icarienne présentait des avantages pour le sienr Cabet seid, tandis gu'elle assurait la ruine de ses associés. ' ''J • 9»Hfè
Le tribunal rend ensuite un jugement, par lequel :
Faisant application à Cabet de l'article ^05 du Code pénal; il le condam.ne à deux ans de prison et cinquante Irancs d'amende, et à cinq aua d'interdiction des droits mentionnés en l'arlicle /|2. -^i^- ky^oaiù
rpl^'^tail réserva au procès dont nous venons de rendre compte de nous présenter un spectacle plus pénible et plus scandaleux encore que celui qu'il nous avait olTert; nous voulons parler de l'apologie faite pai' la « Société des proscrits démocrat'.s socialistes à Londres, » de Tescroquerle Imputée à M. Cabet.
A^oici la lettre adressée par les membres de ce Ço- \^^ q pli^sleur^Jo^rnaux socialistes. ' ' ;
g^,yriij ' '<;■,,;;.« Londres, 15 octobre 18Z^9, .^ , i^^tCiitoyen rédacteur, ' '^ ''
\< « ,Le jugement par lequel ou a voulu frapper dans la personne du citoyen Cabet un des plus purs et des ^^ courageux serviteurs de la démocratie, nous a 'profondément indignés sans nous surprendie. Quelles que puissent être les opinions sur un essai de colonisation, inspiré d'ailleurs par un sentiment de dévouement ^1 élevé, tous les socialistes se considèrent comme ^^J^ts solidairement par l'arrêt rendu contre Cabet. 3jpff,Il appartenait à ceux qui ont sanctifié le piîori ( Jjebagne de réhabiliter les bancs de la police coiTec- Ijfipnelle. Chacun de nous désormais a payé sa dette. ,,j,c,VLes fusillades, les pontons, i'exil, le carcan, les galères et les condamnations infamantes sont la. congélation des idées nouvelles. '':'Vf ^ "'^''^'^î!';'' 3^;, «C'est toujours le gibet d'ignominie transformé en içf.bcu'um de victoire, le bonnet dj^s ^claves devenu le symbole glorieux de la liberté., ^^* r. .tijupLioiLiip ,Jmi Ptiraternité. ' ' "'^"^ '^^ < f^^"^ ■ip.ifi sdo'ffp >w. « Les membres du Qoinitç^gjjigy.^ Signé : Louis Blanc, président. £>F) sniin^el trxn . iyjjpâi i6q J. Cazavant, secrétaire. : -' sboO nb gOj^ Caissidière; Louis Mé>ard; Rattier; ■pnio J9 fjJ- H. Berjeau; A. Boura; Deleau; ^ohimî.A. Dubois, ouvrier mécauiciÇtftiJijAMr^i*" tripon; Martin Bernard» %ynnoiJn9ffi
et
Vit-on jamais dos hommes iDSiillcr plus hautement à la justice de leur pays, en attaquer les lois avec plus de \iolence, braver Ja coiiscleacê publique avec im cynisme plus révoltant?
M. Gabet est condamné pour avoir escroqué les Cornu nisies-Icarirns à l'aide d'un prétendu acte de société qu'il savait sans valeur, a Taide de manœuvres frau- ■'duleuses pratiquées pour faire ci oire à la réalité d'un événement chimérique, Tacquisition d'un million d'acres de terre destiné à l'établissement de Flcarie, et voila que les démocrates socialistes réfugiés à Londres se déclarent atteints par le jugement rendu contre M. Cabeî ! Ainsi ils revendiquent une pai't de cette condamnation; ainsi ils se hâtent de partager, en frères et de mettre en communauté la honte et la ilétrissurc recueillies par le condamné!
Quelle est donc la moralité de ces austères et purs démocrates qui se disent honorés par le pilori et par le bagne ! Quelle horreur profonde ne doit pas inspirer un parti dont les chefs se montreraient fiers d'acheter, au prix même de l'infanue, le triomphe de Ieui"s ' doctnnes et de iews idées n&iiveiics !
Les premiers martyrs de la foi chrétienne, et souvent, dans leur fol orgueil, les chefs socialistes se "fÔinpntent à eux, ces martyrs, disons-nous, pouvaient ' réhabititer, sanctifier, les plus ignobles supplices, car en faisant le sacrifice de leur vie, ils n'avaient rien perdu de leur honneur. M. Cabet n'a ni sanctifié, là rêkabililé le banc de la police correctionnelle où la vindicte publique l'aTaitap^elé, 9(1 ^!^^Ti:ib^iiî»l,ra frappé au nom delà loi.''^V '';'."' ~ ^ v V' . ,''; ^i/ ;; ,1
Les signataires de la lettre que nous avons' reprôdiiite ont été indignés, disçnl-ijs^ ii^jjii^ ,sans, ,çii:iètre surpris, de la condainnation dç5 1^^ Çal^Ç^iji 4^ nous, le langage quils tiennent, rioii [Seulement nous indigne, mais ilnoussurpiend encore, çarnousne j)ensions pas qu'on pût aflichcr un aussi profond mépris
des lois éternelles de la morale et accepter comme un titre de gloire une condamnation pour escroqueri^j
'" C0NCLUS10l^.:i(q!i«
"''''■■ Lès tristes vicissitudes que les Conimunislcs-Icariens ont éprouvées doivent porter avec elles un enseignement. Elles démontrent aux classes laborieuses, exploitées de préférence par les faiseurs de théories, que ces hommes, qui commencent par îcs flatter pour les entraîner a leur suite, deviennciit peu à peu des maîlies impitoyables qui les précipitent, sans souci de leur vie, dans les tentatives les plus hasai'deuses.
Quoi! parcequ'il a plu h I»]. Cabet de révcr pour la
' société une forme nouvelle, il faut que des familles entières, dussent-elles être sacriliées, servent à ses expériences ! ,, H^U^OOî .5 ,:>;K.b 189 6lbi^~ .
Quoi ! parceque M. Cabei a cr^e dans son imagination je ne sais quelle nation impossi])le, oiganisée sur le principe de la Communauté, il faut qu'il aiTache à leur patrie des hommes qu'il séduit et qu'il trompe,
peuL-eJie être amsi le jouet ci espr, réglés ou de cerveaux malades? Est-elle donc à la merci de ces réformateurs qui, sous prétexte d"amé- ' liorer la société la troubleiit eL^a^bQj|iî^^'ersgiitjjiis(^i^
dans ses fondements':*
' Et que font-ils donc, ces réformaieiirs éti'anges? ''lis parlent de liberté ^ et nous trouvons au fond de leur doctrine un joug insupportable qui révolterait et flétrirait nos plus nobles instincts ! , ;^
'"^;ils parlent ô'^égatilè^ mais i's ne nous disent pas que c'est à régalité devant la misère qu'ils nous 'conduisent en faisant appel aux plus niauvaiscs passions, à renvic, à la Jalousie, à la liaine do toute supériorité î
Ils parlenl de fraternité, ti ifa ue cegsent d'opposer les unes aux autres les diffi'j'entes c!ass."s de la société, de mettre en présenre, co ai me; s'ils d< ' v aie nt corn pteij leurs forces ctse préjiarerà'krliîtte., iesiiches et le3 pauvres, les ouvriers et les maîtres, ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdi-nt pas! ^ q
Ils parlent de cliarilé chrélienue, ils invoquent YEvangUe, et lis s'appliquent à translormer la société en uu cbjmp de iKtlaiile, ea attendant qails donnent le signal du coinhat. , '
Voilà ce que font ces réformateurs, et M. Cabet,pour sa part, blasphémant la Divinité, procianie l'avé- .nenient du Communisme, le règne de Dieu sur la lene!
Certes nous sommes loin de croire que l'or^anisar lion de notre Société soit parfaite et qu'elle n'appellfl pas d'utiles réformes. Ces réformes, et celles surtout qui pourront aaiéliorer la condi'ioii des classes les plus nombreuses, la condition de ceux qui truvaiilent;:jel qui souQ'rent, nous les souhaitons de tout noire ccenr; pourvu qu'elles ne reposent pas uniquement sur de^ théories incertaines ou dajigereuses. Pour être, diH râbles, les progî^è? elles réformes, veulent être tentéq avec prudence ; comme toutes les choses iiuaiaineai iife ne peuvent être Tceuv. e d'un jour? sb nuio/iodHol ^aasq
Mais dans notre société, que M. Ca'^et et avcc^uidei^ autres chefs sorlalislos ont pei'U si souvent avec 1jefe plus sombres couleuis, dans noli'e société tant calom^ niée, les cœurs généreux n'abondcnt-ils .pas?:ihe les* voit-on pas de toutes pui ts s'élancer à Penvi au deva«# des bonnes œuvres? la charité fut-elle jamais plus ingénieuse ? les Bieilleurs esprits se sont-ils jamais pius aN-idement portés ver.^ l'étufie des questions d«i$Gao*«& et d'assistance pub'ique?- -lin^iv w. i'mm :n ptn:. JiotTf
Que les ouvriers, que les aî1i«in^!tîiiièie^fcftl|U»iMsi de nos campagnes soient -donc bien œ n vaincus -queles améliorations qu'ils peuveiitt SQuhait^ sont diins. le cœur de tous, et qu'il qsfeddrintérèt d^i tous de
leur assurer la conquête pacifique de ces améliorations. Ils les demanderaient vainement aux excitations de lii place publique, car pour que la sociéié marche û'un pas assuré vers les bienfaits de Tavenir, il lui f»rî( ayant tout la paix ^'iios cités et' la sécurité pour sa propre existence. 'i^-f lo ui--^ ;; < /.. Ji>
îvca, encore une foisi notre Société in'est pas parfaite; mais il faut asîéUorer sans détî'uire. Il faut avant tout resppcter ces bases premières sur lesquelles tout^^s les Sociétés reposent, la propriété et la famille. Op^ ce sont ces larges assises delà S^été*que le- socialisme ébranle et veut renverser. * - vm ;' r.,., ,;;• u oq ! 'Ainsi, le Coffiininiisme, pour ne nous occuper que de eette forme de Tétat sauvage aucpiel les socialistes nous rauieneraieni, le Communisme a^icantit tout à la fois' la lilierié, la famille, la propriété. cUii(\ Ge qui constitue riiomme libre, » dit M. Bonjean dans une excellente brochure : Socialisme et Sens cûmmuii^ i c'est le droit de régler sa volonté, sa pampre destinée, d'arrivt*r an bonlieur par la vertu, le tcfivail et la prévoyance, ou de tomber dans le maUieun par la paresse, la dissipadcn cl le vice; c'est le droit de proliter de tout ce ûopâ le produit de son travail dé»? passe les besoins de chaqriCjoar, de capitaliser cet excé^ daiiti'de le posséfler exclusivement, d'en disposer comme il renîend, d'en être prapî^iëtaiix; en un mot, d'avoir «ne famille à aimer, à protéger, à gouverner. L'esclave est celui auquel manquent les droits que je viens d'é4 AsBiérer; celui qui n'a p^is le droit iîe régler sa propre destinée ; à qui vertu, activité, prévoyance sont inutiles, car il ne peut rien posséder en propre, car teus SCS efforts ne peuveniiien ajoulei' à la subsistance qu'il reçoit chaque jour du maître, à l'instar des animaux doflî^^iqoe*; celui qui, enfin, ne peut avoir «i famille ni enfffuKr car est-ce avoir des enfants que de rester sans action si^r leur éducation, que de ne pouvoir en au4 cun cf»s faire quelque chose pour leur bonheur ? ?
«Eh bien! c'est cet état misérable, cet esclavage que le Communisme veut nous imposer, au nom de la liberté ; car du moment où l'Etat sera seul propriétaire, nous ne pourrons plus avoir rien en propre ; nous n'aurons plus de famille , car la famille de Thomme ne se constitue pas seuleiuent comme celle de l'animal, des liens charnels, elle réside plus essentiellement encore dans le lieu supérieur qui unit le père aux enfants, par les sacrifices de l'un et la reconnaissance des autres. »
Voilà, M. Cabet, toute votre doctrine résumée ch peu de mots. La raison publique ne peut que faire justice de cette doctrine que vous osez prêcher comme
remède à tous nos maux En attendant, quel mal
n'avez- vous pas fait! Un de vos confrères en socialisme, M. Proudhon^ a jugé le Communisme plus sévèrement que nous ; il a dit, dans un de ses plus fameux ouvrages :
<i Le Communisme, pour subsister, supprime tant de, mots, tant d'idées, tant de faits, que les sujets formés par ses soins n'auront plus le besoin de parler, de penser, ni d'agir; ce seront des kuitres attachées côte à côte, sans actinté ni sentiment, sur le rocher... de la fraternité. »
Et quelques pages auparavant M. Proudhon s'était écrie :
« Loin de moi, Communistes ! Votre présence m'est ime puanteur et votre vue me dégoûte ! »
La doctrine de M. Cabet, conspuée par M. Proudhon, M. Cabet, lui-même, accusé par les Communistes devenus ses victimes et condamné par le Tribunal de police correctionnelle, quelle leçon pour tous !
Paris. — Isipiimerie de Pou'siclgue, rue Croix-des-Petits-CIiaiKps, 29.
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