‹ Un épisode de la Révolution de 1848Chapitre 35 sur 66 · PROUDHON JUGÉ PAR CONSIDERANT · texte numérisé non relu

PROUDHON JUGÉ PAR CONSIDERANT

A tout seigneur tout honneur!.... Le premier sujet de la troupe , c'est bien évidemment le citoyen Proudhon ! le fameux Proudhon ! Tami du peuple par excellence! représentant du peuple! journaliste du peuple! et qui serait encore aujourd'hui banquier du peuple si Dieu, qu'il avait menacé de destitution , n'avait pas eu la petitesse de s'en venger en déjouant le plus beau de ses calculs sur le bien public!

Or il arriva un jour que M. Proudhon, s'étanl permis de critiquer, dans son journal, une autre célébrité non moins amie du peuple (M. Considérant, l'apôtre du phalanstère), s'attira, de son rival en popularité, une réponse, dont voici quelques extraits :

Poor en finir avec 91. Proudiioss.

Omnia invidiosè pro doniinatione .

(Variante de Tacite.)

D'abord nous en demandons bien pardon à nos lecteurs. Il nous en coûte de remuer ce mélange de violence, d'outrecuidance et de détraclion haineuse qui fait le fond de l'école de M. Proudhon et la substance de son journal

Nous ne discuterons pas des outrages émanés de cerveaux malades.

La folie est incontestablement un cas d'excuse et d'irresponsabiiitc. Il faut reconnaître cependant que toutes les folies ne sont pas également intéressantes. Il y en a qui inspirent un fort légitime dégoût, celle-ci est du nombre.

Depuis longtemps nous avions reconnu , à des signes trop certains , cette triste maladie de V esprit qui a inspiré successivement le Représentant du peuple, le Peuple, et donné à presque tous les écrits sortis de la plume du citoyen Proudhon cette odeur de haine et cette couleur fauve qui les caractérisent. Nous avions pensé que peut-être, à force d'opposer la raison et la courtoisie à la déraison et à la violence, nous viendrions à bout de cette fiévreuse personnalité, de cette surexcitation de l'orgueil, de cette envieuse manie d'accusation , de dénigrement et de destruction de tout ce qui n'est pas soi. — Nous avons perdu notre temps et notre huile, et nous reconnaissons la ::iaiadie pour incurahle.

Monsieur Proudhon, vous avez dépassé à notre égard toutes les bornes, vous et les vôtres... Eh bien ! recevezen nos remercîments profonds.

Merci d'une conduite, qui n'a aucun nom dans la langue des gens qui se respectent. Merci ! car elle nous fait désormais, non pas seulement un droit, mais un devoir impérieux de vous traiter comme vous le méritez.

Vous n*avez vécu que de dénigrements et de

morsures; vous ne vous êtes fait un nom que far ia détraction de ceux-là mêmes dont vous exploitiez les idées ; car vous n'avez rien , rien , entendezvous, rien de sérieux à vous y pas une miette d'idée j pas un hrin de pensée, même dans le bagage si plaisamment enflé de votre banque d'échange.

Vous n'avez rien à vous que le génie de ia détrac- i tion; et, ce que vous avez parce que vous l'avez pris, i vous ne l'avez payé qu'avec la fausse monnaie du \ zoïiisme audacieux qui est toute votre richesse. ' C'est pourquoi l'on comprend que vous ayez dit : L^ , propriété, c'est te vol '

Vous avez si peu compris votre prétendu système,] votre soi-disant découverte de la banque d'échange, que , sans le secours d'un ancien phaianstérien qui vous y a mis des pièces et des morceaux , vous y étiez noyé, car vous y pataugiez depuis deux mois , si tristement et si misérahlement, que c'était à faire pitié à vos adversaires..., i

Voyons ! génie sui?time, grand inventeur , pèrei du peuple, sauveur du monde, essayez de nousjj

dire ce qu'il y a à vous et de vous dans votre Acte , ^

édiûez-nous un peu sur ce qui est en vous, car enfm,{ si vous êtes le dieu socialiste , nous avons hâte de vouslï adorer. [

Eh bien ! c'est moi qui vous le' dis, et vous ne prou-' 1; verez pas le contraire , ce que vous avez créé , ce qur) 'j vous avez découvert se réduit à trois mots : Rien i 'f Rien! Rien! — Un zéro très-gros, très-boursouflé i;

plein de tapage el de venin, j'en conviens; mais un

zéro en chifîre et pas autre chose , voilà votre compte.

Vous avez pardieu bien raison de demander le crédit

gratuit !

Vous vous croyez tout le socialisme , et vous le dites

la main sur la Constitution et sur l'Évangile. Eh bien!

la main sur ma conscience tout simplement, je vous

dirai , moi , ce que vous avez été et ce que vous êtes

du socialisme : vous en avez été et vous en êtes

VErostrate

Vous avez tout abimé^ tout hrûté, monsieur Prou-

:lhon... POUR vous faire un nom.

Vos pères intellectuels, ceux de qui vous avez tiré

juelque nourriture, vous avez tenté de les égorger,..

Vous avez lancé contre la propriété des attaques fu-

ibondes , propres à incendier les esprits faibles et les

imes ardentes, et vous n'avez pas même l'excuse d'une

:onviclion révolutionnaire et d'un but quelconque...

}uel prétexte est - il à vos fureurs révolutionnaies contre la propriété, et où trouvez-vous, pour me ervir des expressions de votre journal, V excuse et ta noratité de l'insurrection intellectuelle, que vous vez tant contribué à allumer contre elle , pour aboutir l'organisation de quoi?... d'une banque en commanite sous la raison P.-J, Proudiion et C'% qu'il vous tait parfaitement facultatif de propager et de réaliser

)us toutes les lois et sous tous les régimes ?

Cette révélation si plaisante de votre personnalité 1 délire explique pourquoi vous avez été TÉrostrate du fcialisme. Vous vous sentiez Tout , vous vous seatiex

Dieu , et vous sentiez en même temps le besoin de vous rendre à vous-même un culte exclusif. En même temps que vous étiez Dieu, vous vous adoriez vous-même, vous nourrissiez , pour votre divinité , le zèle fanatique

et intolérant du sectaire

Et savez- vous pourquoi vous avez fait cela? Oui, vous le savez, mais je vais le dire pour les autres : C'est parce que, si votre nom historicjue et extérieur est Érostrate, votre nom intime est bien plus sinistre encore : vous vous appelez des-

TRCCTION...

Cela, je le sais et vous en jouissez, constitue une grandeur. Cette grandeur, je ne la conteste pas , et je tous plais en ajoutant ici que l'histoire ne conteste pas non plus la grandeur d'Attila. Il y a de grand.' fléaux sov^ ta main de Dieu !. . . Je confesse vot' puissance de desiructivité , vous en avez le génie force de vos dents, le caractère dangereux de ' morsures, je ne vous ôte rien de ce qui est à vo' vous proclame un des grands et légitimes chat envoyés à un monde corrompu!...

Je vous trouve, en un mot, dans la sphère cipes et des idées, ce caractère mystérie* sacro-saint que de Maistre trouvait à la g domaine des faits , et qu'il retrouvait d? antique et qaasi-pontiûcale du bocrb

Ainsi, le génie incontestab' Tabsence de toute convici'

le plagiat, une férocité d'orgueil capable de tout immoler, et, en présence des maux qu'il se plaît il répandre , une joie méphistophélique digne du bourreau ! . . . voila , s'il faut en croire M. Considérant , les qualités qui recommandent le citoyen Proudhon a la confiance et ^ l'estime de son pays !

Et dire que de pareils titres ont été méconnus!... dire qu'après trois grands mois de prospectus et d'attente, la Banque du peuple! cette banque qui devait être immortelle , n'avait pu recueillir que dix-sept mille pauvres francs I le tiers de ce qu'il lui fallait pour se constituer! Si bien que M. Proudhon, qui, dans sa confiance, en avait déjà dépensé plus de la moitié, se voit forcé de partir sans payer ses actionnaires!!... Il y a de quoi dégoûter de la philanthropie!

Maintenant que nous avons vu M. Proudhon jugé par un de ses confrères en socialisme, nous allons voir le confrère jugé par M. Proudhon.

Page 1