‹ Un été à la campagneChapitre 1 sur 45 · Un été à la campagne · texte numérisé non relu

Un été à la campagne

Un été à la campagne n'est pas seulement un petit roman plein d'esprit, et du plus gaulois, c'est encore une des productions les plus singulières de la fin du second Empire, dont il évoque le dévergondage plein de bonhomie et de simplicité. Cette époque sut allier les raffinements et l'élégance avec beaucoup de bon sens. L'apparence pleine de chic, de gaité et en même temps d'une louable pondération qu'avait la société sous Napoléon III fait tout le charme de cette amusante production mi-innocente, mi-licencieuse, mais dans laquelle aucune expression grossière ne vient blesser le lecteur.

Devant les secrets peu importants que nous révèle cette correspondance, on se sent plein d'indulgence. On s'amuse. Est-ce si mal?

Le roman naturaliste éclos après la guerre allait nous révéler d'autres turpitudes. Ici tout est aimable. Tout prête au sourire, et cependant la vérité n'est nullement travestie.

Une étude littéraire bien divertissante serait de comparer les deux recueils épistolaires des Liaisons dangereuses et de Un été à la campagne. Il en résulterait une fine appréciation des différences à établir entre les mœurs, les sentiments de la société en province, à la veille de la Révolution et à la veille de la République. Mais la matière ne paraîtrait pas assez grave en ce moment. Et celui qui écrirait cet essai passerait pour un mauvais esprit, fort superficiel, et ne trouverait personne pour le publier.

On s'est préoccupé de connaître l'auteur de ce manuel épistolaire à l'usage des jeunes filles instruites (je ne dis pas savantes), et l'opinion couramment adoptée est qu'il serait de Gustave Droz. En effet, la quatrième édition de la Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour, etc.

(Lille, 1898) insère à la suite de la mention de cet ouvrage la note suivante :

Roman erotique moderne, par G. D. {Gustave Droz), et qui peut soutenir la comparai. son avec d'autres productions du xvme siècle en ce genre.

Un été à la campagne ne serait pas un ouvrage indigne de l'auteur de Monsieur, Madame et Bébé; toutefois, la question est loin d'être résolue.

Quelqu'un qui a connu Gustave Droz m'a affirmé qu'il ne niait point la paternité de ce petit livre.

D'autre part, un autre personnag-e fort au courant de ce qui se passait chez Poulet-Malassis, premier éditeur de Un été à la campagne, m'a assuré que l'éditeur même l'avait formé en se servant d'un certain nombre de lettres tirées d'une correspondance volumineuse qu'il avait acquise, et qui aurait été réellement échangée entre deux jeunes filles bien élevées.

Quelle est la vérité? En l'occurrence, il nous importe peu de la connaître, bien aises d'avoir

sous la main cette récréative fantaisie qui pourrait s'orner de cette épigraphe, parodiée d'une plus célèbre :

La fille en défendra la lecture à sa mère.

Page 1