SCÈNE IV
MADAME DUHAMEL, pni» M. DUHAMEL.
(tfodame Dahamel cache son visage dans son moQchoir, la tète appuyée sur une main ; de Tanlre, elle tient les lettres, qu'elle eaehe avee précaution défl qu'elle entend la toix de son mari.)
M. DUHAMEL. Bonjour, ma chère amiô... Déjà levée!
MADAME DUHAMEL, sortant soudainement de sa rêverie, et s'essayent
les yeux. Pardon, Monsieur, pardon; je ne vous avais pas entendu, (m. Duhamel vaut Tembrasser; elle détourne la tête avee un ' •oupir.)
M. DUHAMEL. Eh hieu, Blanche! c'est ainsi que vous me recevez aujotird*hui? Ah! ce n*est pas bien... Vous me haïssez donc beaucoup!
MADAME DUHAliEL, avee une voix douée et douloureuse. Moi, Monsieur! vraiment non... mais j'ai mal dormi... je souffre beaucoup depuis quelque temps.
M. DUHAMEL, avee empressement. Mais, mOH Dicu! ma chère
amie,! qui peut vous affecter à ce point?
MADAME DUHAMEL, avec une légère impatienee. NoU, nÔU, Monsieur, ne parlons pas de moi... Laissbtis ce sujet... ie ne me plains pas... parlons de vous, mon ami... Vous avez été faire des visites? vous êtes sorti?
M. DUHAMEL. Pour VOUS seulc... les étrennes sont d*un difficile cette année... on ne sait que donner... Leblanc n*a rien... Susse n'a que des vieilleries... le gothique date de quatre ans, et puis cela sent la coUr de Charles X en diable... revenir aux antiques de la république, c'est aller un peu vite... enfin je ne savais que choisir , lorsque la loi sur la liste civile m'a décidé. Dix-huit millions ! sans maison militaire ni train de chasse, et un toi économe! on peut encore avoir une fort belle cour avec cela, et j'ai pensé qu'une parure ne serait pas sans à-propos.
MADAME DUHAMEL, distraite. Oui Vraimeut..i tOUt Cela CSt
'' beau... trop beau... merci, Monsieur. N'allez-vous pas chez le • roi avec vos collègues?...
M. DUHAMEL. Oui Vraiment, ma chère, et même j'ai donné à M. le premier président quelques idées. Ah! vous n'avez
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peut-être pas remarqué que jusqu'à ce jour on a appelé le roi seulement : Sirb; il me semble que ce serait fort adroit d'être les premiers à lui dire : YoTUft Majesté.
MADAME DUHAMEL, soapiraat et liM éMsUr ion HiH. Ah I qUel
jour ! quelle différence !
M. DUHAMEL. Vous M m'écoutes pas^ ma chère amie^ vous êtes sotifirante?
MADAME DUHAMEL^ •▼•• ton edinmeiieeneiit 4'iaipfetletletf. NOD,
Monsieur; ne me forces pas à parler.
M* DUHAMEL. Certes, je ne prétends pas. Madame...
MADAME DUHAMEL» •'•ttiaiant. Yous m'y forcercz^ Mousieur» let bien malgré moi!
M. DUHAMEL. Je respecte vos secrets, à coup sûr.
MADAME DUHAMEL, •• l«viBt. VoUS le VOUlez , McmsleUT , VOUS
l'exigée, je parlerai donc! d'ailleurs, il y a assez longtemps que je souffre de vos indignités.
M. DUHAMEL. Mcs indigDltés^ Madame ! cette expression...
MADAME DUHAMEL. Ou n'outrage pas une femme comme vous le faites! Quelle est cette fille que vous logez dans votre maison?
M. DUHAMEL, troublé. Quelle fille. Madame? je ne comprends pas.
MADAME DtTHAttEL. Quelle flllc f Une madame... ah f son nom est sale à prononcer! une fille de l'Opéra f . . une maîtresse, enfin.
M. DUHAMEL. Blanche! quelle folie! peux-tu croire que mon cœur...
MADAHE DUHAMEL. Votrc cœuT, Monsieur? Ah ! vous en aviez un digne de comprendre le mien, quand vous me disiez : Si jamais je te trahis^ venge-toi, je né saurais t'en vouloir I vous ûi^aimiez alors.
M. DUHAMEL. Mais, ma chère amie, vous écoutez les calom« nies, des bruits absurdes qui ne devraient pas même vous arriver.
MADAME DUHAMEL. Nou, Mousleur, je ne suis pas comme TOUS, le propos d'un sot ou d'une rivale ne me suffit pas pour vous soupçonner, il me faut des preuves.... et.... malheuraisement... Ah! Monsieur..^ elles ne vous honorent pas t...
M. DUHAMEL. Que dites-vous, Madame? je ve^x savoir...
MADAME DUBAMSL. Je Ics ai attendues bien longtemps sans
me plaindre, et vous, pendant ce temps , comment m'avez- Tous traitée? me laissant dans la soUtade, et n'occupant les instants que vous passiez près de moi... qu'à déplaire aux gens que je recevais... enfin je suis seule...
M. DUHAMEL. Yoici qui est d'une injustice^ ma chère amie t..
MADAME DUHAMEL. Comment, Monsieur, d'une injustice 1 Et M. d'ArtelleSy ne lui avez-vous pas interdit votre maison?
M. DUHAMEL^ TiTement. Pouv M. d'Aflelles^ Madame, vous trouverez bon que je ne le reçoive pas; il était près de vous d'une assiduité 1.. Madame, tout le monde en parlait... G'e^t de votre faute... n n'y a pas jusqu'à un député qui s'en est aperçu, et qui me Fa dit.
MADAME DUHAMEL. Une sottisc à ajouter aux autres ; en quoi voient-ils clair, ces messieurs? Mais enfin, il est vrai que votre tyrannie m'a privée de la présence d'une personne qui me convenait.
M. DUHAMEL. Yous l'aimiez. Madame?
MADAME DUHAMEL. Quc jo Taimassc ou non, il vous déplaisait. Monsieur, et c'était déjà quelque chose; il excitait votre jalousie, c'était beaucoup! Enfin, c'était une distraction.
M. DUHAMEL. Je VOUS donnerai toutes celles que vous pourrez désirer.
MADAME DUHAMEL. Je n'en vcux pas. Monsieur; ce que je veux, c'est la considération que vous devez à votre femme. En éloignant M. d'Artelles, vous avez fait naître des soupçons, tenir des propos qui me compromettent à jamais. On nous dit brouillés... on dit qu'il m'abandonne. Ah I comment pouvéz- VOU& entendre tout cela sans rdugir?
M. DUHAMEL. Mais, Madame, vous voyez M. d'Artelles dans le monde ; il vous parle ; que faut-il de plus? Et même il vous parle beaucoup trop.
MADAME DUHAMEL. Ccst juste, Mousicur, il me parle beaucoup trop; puisqu'il n'est pas reçu chez moi, que voulez-vous qu'on en pense? tandis que s'il venait ici comme autrefois, s'il était admis dans notre intimité, eh bien ! c'est un ami, dirait-on, dont la causerie nous plaît..» c'est une compagnie qu'on préfère... Ce serait beaucoup plus décent. Monsieur... oui, beaucoup plus décent!
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M. DUHAMEL. Vous n'espërez pas sans douté que je ferai...
MADAME DUHAMEL. MoDsieuT, je pourrais rinyiter chez moi, sans votre consentement ; mals^ comme je ne veux pas suivre votre exemple^ comme je ne veux pas manquer d'égards en* vers vous, j'exige absolument que vous me permettiez de le recevoir.
M. DUHAMEL. Ah! fifadame! voilà une exigence d'une nature...
MADAME DUHAMEL. Faut-il quo je prie madame Silvia de vous ( n prier?
M. DUHAMEL. Mais, Madame...
MADAME DUHAMEL. Eh bien ! Monsieur, puisque vous persifla tez dans l'odieux système de tyrannie que vous avez adopté, je saurai prefidre mon parti. Aujourd'hui même, une de- ' mande en séparation adressée à M. le procureur du roi...
M. DUHAMEL. Qu'est-ce à dire^ Madame? un scandale affreux! moi, conseiller à la Cour royale, vous n'y pensez pas f
MADAME DUHAMEL, montrant nne lettre. M. le COnseiUer à la Cour
royale y pensait-il, lorsqu'il écrivait... (Liaant l'adreasa.) « A madame Grumelot?.. (Elle ouvre la lettre.) Cher poulet, je t'envoie le compte acquitté de ta marchande de modes^.. »
M. DUHAMEL. Grand Dieu 1 Madame, ces lettres... Qui a pu?.. D'où tenez-vous?..
MADAME DUHAMEL. Et pour tout co que j'ai soulSert, pour vous rendre ces lettres qui vous perdraient à jamais, je vous demande le droit de recevoir chez moi quelques amis, et vous me le refusez !
M. DUHAMEL. Ah! mou Dleu! recevez qui vous voudrez, chère Blanche; suis-je jaloux? en ai-je le ûtoiff N'avez-vous pas un thé ce soir?.. Eh bien! je verrai avec plaisir cesser tous les propos sur M. d'Artelles... écrivez-lui.
MADAME DUHAMEL. Je ue le puis... C'est vous. Monsieur, qui devez réparer une impolitesse dont j'aurais été incapable. Une lettre de moi ne peut suffire à M. d'Artelles; il a trop le sentiment des convenances pour s'y rendre.
M. DUHAMEL. C'est me réduire à une extrémité!..
MADAME DUHAMEL. Une lettre d'iuvitation seulement... Tenez, voici la clef de mon SecrétaÛre. (m. Dabamol ffaaiied et éerlt.)
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M. DOHAMRL^ après utoir éetîu Voîci, Chère Blanche... Que désirez-vous encore?
MADAME DUHAMEL^ trds-«fftetaeoMment« Votre estimei votrc amitié. Monsieur... Je mettrai l'adresse... adieu... Tenez... (Elle
Iri donne le paqvet de lettrée.) je VOUS papdoune.
M. DUHAMEL. Je ne le mérite pas... A ce soir, (n loi baise la
nain. •— Madame Dahamel sonne, ton mari sort, et Ursule entre.)
MADAME DUHAMEL. A ce soir. (a Ursule.) Envoyez Cette lettre. URSULE. Par Joseph? il sait l'adresse.
MADAMB^DUHAMEL^ se reprenant et souriant. Non, remettCE-la à UU
commissionnaire qui est chez madame Duplantts* Dites-lui que c'est la réponse à son paquet.