Un Eubriide inconnu en Guinée française
Comme nous l’avons indiqué ici même (Bertrand, 1939), les Coléoptères du groupe des Eubria , souvent classés parmi les Dascillides, offrent à l’état larvaire et nymphal des caractères fort particuliers. Nous pensons que c’est avec raison (Paulian, 1949) que ces insectes peuvent être placés dans une famille particulière.
On les rencontre dans diverses parties du Monde : Europe, Asie, Amérique, mais à notre connaissance, ils n’ont pas été signalés en Afrique dans la région tropicale ; toutefois, en novembre 1949, M. A. de Barros Machado a recueilli en Angola à Gabela, Quanza Sul, aux chutes du fleuve Engue, des larves ressemblant superficiellement aux larves des Eubrianax d’Asie, d’Amérique et d’Afrique, et plus encore à celles des Psephenus et Mataeopsephenus d’Amérique et d’Asie, mais qui sont à rapporter par l’ensemble de leurs caractères à la famille des Eubriides (Bertrand, 1951).
Deux ans plus tard, MM. Lamotte et Roy, au cours d’une mission en Guinée française, dans la région du Mont Nimba, ont retrouvé les mêmes larves, notamment au Petit Guegué, marigot de plaine le 14 août 1951. De plus ils découvrirent une nymphe très remarquable dont nous donnons ci contre la description.
Cette nymphe rappelle superficiellement les nymphes des Psephenoides d’Asie continentale et d’Insulinde (Bôving,1926 , Bertrand 1935 et 1939). Cette convergence résulte de l’accolement des expansions latérales des segments abdominaux — que l’on observe également chez la larve — aussi de la structure du thorax à ptérothèques non visibles en dessus, encore même du type de pigmentation. Bien entendu, cette nymphe à la différence de celle des Psephenoides, possède non des épines cornées assimilées à des branchies cuticulaires (IIinton, 1947), mais des stigmates normaux en même nombre et même disposition que chez les autres nymphes connues des Eubrides ( Eubria d’Europe, Eubriides de l’Inde et de l’Insulinde, cf. Pruthi, 1929, Bertrand 1935 et 1939) ; toutefois ces stigmates au lieu d’être portés par des prolongements stigmajifères longs, s’insérant obliquement au bord antérieur et vers la base des lames latérales, sont simplement saillants et franchement dorsaux.
L’état imaginai reste encore inconnu.
Bulletin du Muséum, 2 e série, t. XXVI, u° 4, 1954.
Eubriidae gen. sp. (Nymphe).
Corps (longueur : 3 min 80) très aplati, oiïrant sensiblement le même contour que celui de la larve ; tête, ptérothcques, podothèques invisibles en dessus.
Fig 1. — Convergences ehez des îarves et nymphes aquatiques. 1 larve d’un Eubriide afrieain ; 2. larve de Psephenus (accolement des lames latérales, position des stigmates abdominaux postérieurs). 3. nymphe d’un Eubriide afrieain ; 4. extrémité postérieure de la même ; 5, nymphe de Psephenoïdes ; G. nymphe d’un Diptèro Blépharoeeride ( Liponeura ) {structure du thorax).
Pronotum très développé, étalé en lame en avant et sur les côtés, le bord postérieur régulièrement arqué, les angles postérieurs comme tronqués et venant affronter les côtés du premier segment de l’abdomen eux mêmes élargis latéralement ; mesonotum et inetanotum se trouvant ainsi complètement séparés du bord latéral ; mesonotum en bande transversale courte, séparant lui même sur les côtés le metanotum du bord latéral ; metanotum un peu plus long
Fig. 2. — Nymphe d’un Eubriidc africain, vue par la face dorsale.
avec bord antérieur épousant la concavité du mesonotum mais à bord postérieur droit. Fossettes et crêtes dorsales ou saillies effacées en partie sur le mesonotum et le metanotum, mais encore nettes dans Faire centrale du pronotum, avec crêtes internes rapprochées. Ptérothèques postérieures non visibles en dessus. A la face ventrale, pattes repliées, tibias contre fémurs, tarses allongés, ceux des podothèques postérieures dépassant un peu les ptérothèques, ptérothèques postérieures dépassant largement en dedans les ptérothèques antérieures. En avant, tête avec pièces buccales inclinées vers le bas, les antennes par contre écartées sur les côtés, puis repliées en dedans.
Abdomen très large, à segments courts, avec lames latérales •étroitement accolées, la face ventrale (en dehors des lames) plus ou moins cachée par les ptérothèques et les podothèques. Sur la face dorsale, tout près du bord antérieur de chaque segment, viennent aboutir six paires de gros stigmates, du type biforé, du deuxième au septième segment compris. A l’extrémité de l’abdomen, les lames latérales du septième segment, fortement incurvées en dedans, entourent complètement en dehors les prolongements latéraux du huitième segment, touchant en arrière de ceux ci, la lame du neuvième segment qui forme le bord postérieur du « bouclier ».
Tégument dorsal assez rigide, brunâtre avec taches et dessins plus clairs. La surface des régions dorsales est fortement granuleuse ; en effet, les tubercules qui chez la larve sont assez clairsemés, ne formant guère que deux rangées : une antérieure et une postérieure sur les nota abdominaux, et une seule, antérieure, au niveau des lames latérales, sont ici au contraire denses et pressés et d’ailleurs nettement plus gros et présents aussi sur les segments terminaux, huitième et neuvième. On remarque toutefois vers le bord postérieur des nota, de petites plages ovalaires, lisses, formant « fenêtres », du premier au huitième segment. On distingue encore sur l’ensemble des segments abdominaux des crêtes internes, marquées par des tubercules .
On rencontre à la surface dorsale quelques poils longs, cylin droconiques, mais ces phanères sont surtout développés sur le bord, constituant une frange marginale comparable à celle de la larve et comprenant également des poils divisés, digités, palmés lesquels sont surtout caractéristiques des bords anterieur et postérieur des lames latérales ; il convient de noter d’ailleurs que ccs formations, assez fragiles, avaient en partie disparu sur le spécimen examiné. Nous n’avons pu observer les curieux poils en crosse présents chez les nymphes des Eubria.
La teinte générale du bouclier dorsal varie du brun au jaune brunâtre : l’aire centrale du pronotum, le mesonotum et le metanotum de même que les nota abdominaux en dehors des lames latérales plus claires, sont de teinte foncée, brune. Ajoutons qu’il existe le long de la ligne sagittale des chevrons brunâtres, encore que les fossettes thoraciques sont plus pâles et que tranchent surtout sur la teinte de fond, les petites aires en fenêtres signalées ci-dessus et cela d’autant plus qu’elles sont situées à l’intérieur de grandes taches transversales foncées ce qui donne une ressemblance assez nette avec les nymphes des Psephenoides. Enfin, les gros stigmates abdominaux forment des cercles sombres dont le centre clair correspond aux chambres stigmatiques.
Laboratoire d’Entomologie du Muséum.