‹ Un faitParis comedievaudeville en un acteChapitre 15 sur 21 · SCÈNE I. N · texte numérisé non relu

SCÈNE I. N

l’instant ce gilet et cette redingote, je me rends chez le commissaire de police, je reviens avec quatre hommes, dont un caporal; tu es arrêté, convaincu de m’avoir volé...

JOSEPH, se récriant.

Volé?., emprunté.

NOURRISSON, plus fort.

Volé mon nom, ma liancée, ma redingote, de la menue monnaie et mon gilet, condamné aux travaux forcés à perpétuité (la loi est expresse en pareil cas, article 22,938 :) « Tout domestique qui volera en même temps à son maître son nom, de la menue monnaie, une redingote, une liancée et un gilet, sera puni, etc. »

JOSEPH, effrayé.

Compient ! c’est la loi !

NOURRISSON

Et je ne te parle pas de l’article 33,340 qui applique la même peine à tout domestique qui aura reconnu faussement le cadavre de son maître, et tu as commis ce second crime.

JOSEPH, accablé.

Hélas, oui !

NOURRISSON

Tu serais donc, si je voulais, exposé à subir deux fois la peine des travaux forcés à perpétuité.

JOSEPH

Air de la Robe et les Bottes.

Deux fois! comment, est-il possible?

NOURRISSON

Oui, mon cher, c’est la vérité.

Vois donc quel châtiment terrible:

Deux fois à perpétuité!

De la première des sentences Le temps une fois accompli,

Il faudra que tu recommences...

JOSEPH

Que j’ s’rai vieux, quand ça sTa fini!

NOURRISSON

Ton avenir sera bien gâché ! Tu n’auras plus guère d’autre ressource que de faire le Temps sur le char du bœuf gras.

JOSEPH , tremblant.

Assez, Monsieur, assez ! je renonce à toute résistance. Mais votre conduite est bien mesquine et vos sentiments sont bien bas.

NOURRISSON

Assez causé!.. Rends-moi ma redingote et mon gilet.

JOSEPH, d'un ton presque méprisant.

Les voici, Monsieur, les voici!.. Ah! ces vêtements me pesaient ! (Nourrisson remet le gilet et la redingote que Joseph s’est empressé de retirer.

20 UN FAIT-PARI S. i

NOURRISSON, rendant à Joseph son gilet et sa reste.

Pour toi, tu vas reprendre le costume de ta profession, mettre ce tablier blanc et me remplacer auprès de M . Ganachard.

JOSEPH, indigné.

Moi! dans cette maison! devant elle tr.e livrer à de viles occupations!.. Jamais! jamais!.. Je veux conserver mon prestige; son amour m’a refait une virginité, et je ne veux pas souiller cette blanche couronne.

NOURRISSON, désignant la fenêtre.

Tu vas nettoyer ces carreaux.

JOSEPH, qui a mis le tablier.

Oh! non !.. non!..

NOURRISSON

Et le commissaire de police ! et la justice I et Toulon !

JOSEPH, tremblant de nouveau et passant à droite.

Oui, oui, oui, je vais nettoyer ces carreaux !

nourrisson *.

Tu es ici depuis huit jours, tu as toujours été Joseph; moi, j’ai toujours été Nourrisson ! (Regardant la pendule.) Ah ! trois heures ! . . (Plaçant sur un guéridon une bouteille de bordeaux, un verre et des biscuits qu’il prend sur le buffet.) Tu as préparé Mimi, entends-tu?

JOSEPH, étonné.

J’ai préparé Mimi?...

NOURRISSON

Oui, tous les jours, à trois heures, ce vieux Sardanapale mange des biscuits et boit du bordeaux, ce qui le dispose à l’inconduite... Il appelle sa bouteille Mimi... Tu es instruit... maintenant, allons détromper cette pauvre jeune fille et nous faire adorer!... Toi, ta place est ici, et n’oublie pas ton rôle.

ENSEMBLE

NOURRISSON

Air de Lucrèce Borgia.

Pendant qu’ici je vais près d’elle Lui montrer le vrai Nourrisson ,

Toi travaille, frotte avec zèle...

Chacun reprend son échelon.

JOSEPH, à part.

A ma place, il va donc près d’elle Se montrer enfin sous son uoin!

A mon rang le sort me rappelle;

J’étais si bien en Nourrisson!

(Nourrisson entre dans la chambre d’Angélique, à gauche.)

* Nour. Jos.

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