SCÈNE XII
GANACHARD, JOSEPH.
GANACHARD, ne voyant pas Joseph.
J’ai laissé bien longtemps ce jeune homme avec ma fille unique, et, quoiqu’il la prenne sans dot, ce n’est peut-être pas très-convenable. (Regardant Joseph.) Ah ! voilà cet imbécile de Joseph qui nettoye ses carreaux !...
JOSEPH, à part.
Imbécile?... Ah!... il croit parler à mon maître!
GANACHARD.
Il est laborieux, ce garçon. (Parlant à Joseph.) Il n’est venu personne pendant mon absence?
JOSEPH, tournant le dos et parlant entre ses dents.
Non, monsieur Ganachard, personne !
GANACHARD.
Ne mâchonne pas!... et tiens-toi dans une autre posture en me parlant. (Allant pour se verser du vin.) Ah çà! tu ne perdras donc jamais tes mauvaises habitudes?... Tu as encore bu de mon vin ?
JOSEPH, le dos tourné.
Comment, Monsieur, encore?
GANACHARD.
Certainement, puisque c’est tous les jours la même chose.
JOSEPH, à part.
Ah ! M. Nourrisson ! un maître, c’est bien petit!
GANACHARD, impatienté.
Te retoumeras-tu à la fin?
JOSEPH, de la même voix.
Oui, Monsieur, dès que j’aurai nettoyé ces six carreaux.
ÜN ÏAIT-PABIS.
GANACHARD.
Mais je crois qu’il se moque de moi. (Prenant Joseph par l’oreille.) Ici drôle! (U l'amène sur le devant de la scène; le reconnaissant.) Mon cendre! Que faites-vous dans ce costume? Est-ce que nettoyer des carreaux est un de vos passe-temps favoris? Je ne sais trop si un père peut donner sa tille, même sans dot, à un homme qui cherche de semblables distractions! Si le jour de vos noces vous vous mettez à nettoyer les carreaux de la chambre nuptiale, ce ne sera que médiocrement amusant pour ma fille!... Ah çà ! mais, répondrez-vous, mon gendre ?
JOSEPH
Je ne réponds pas, parce que je ne comprends pas ! Votre gendre, moi? mais Monsieur veut donc rire?
GANACHARD.
Allons, il a perdu la tête, luf aussi 1 11 n’y a que des fous ici! Tout à l’heure c’était mon domestique, et maintenant c’est mon gendre.
JOSEPH
Mais je ne suis pas votre gendre! je suis votre domestique.
GANACHARD.
Nous sommes donc né farceur ? C’est une petite plaisanterie que nous nous permettons à l’égard de papa beau-père ! On a voulu me faire poser! Ah! ah! l’idée était bouffonne. Mais maintenant c’est fini, redevenez mon gendre.
JOSEPH
Monsieur ne devrait pas abuser de sa position pour se moquer... Votre gendre, moi!... (Passant à gauche, il désigne la chambre d’Angélique en étendant les bras.)
GANACHARD *.
Pourquoi ce geste de cantonnier?
' JOSEPH, même mouvement.
Il est là, Monsieur, votre gendre !
GANACHARD.
Comment ! il est là?
JOSEPH
Oui, avec votre fille.
GANACHARD. *
Comment ! avec ma fille !
JOSEPH, lui montrant la porte titrée.
Eh bien! regardez... et vous verrez si je vous trompe.
GANACHARD, hésitant.
Ainsi, tu veux... Ah! pardon! je croyais parler à mon domestique!... Ainsi, vous me conseillez?... Tiens, moi aussi, je bats la campagne. Regardons toujours... (il va à la porte vitfée ; regardant.) Oui, c’est bien la rediugote de Nourrisson! Il
* Ga». Jos»