LA BRUYÈRE
{Corneille.) Dont les vers volent en tous lieux et passent en proverbes, qui prime, qui règne sur la scène.
BOILEAU
(Il parle de ses vers.) Et par le prompt effet d'un sel réjouissant Devenir quelquefois proverbes en naissant.
PERROT d'aBLANCOURT.
Et le naufrage de tant d'autres pièces de l'antiquité qui se sont perdues soit par malheur ou par négligence.
BOILEAU
Leurs noms sont échappés du naufrage des temps.
Galerie des portraits de M^^^ de Montpensier. (Préface, 1059.) Il y a de la bassesse à un écrivain de vouloir captiver
la bienveillance des lecteurs par des préfaces suppliantes et soumises.
BOILEAU
Un auteur à genoux, dans une humble préface, Au lecteur qu'il ennuie a beau demander grâce.
SAIM-ÉVREMO.ND.
Depuis que j'ai lu le grand Alexandre, la vieillesse de Corneille me donne bien moins d'alarmes.
BOILEAU
De Corneille vieilli sais consoler Paris.
vo. Car j'ai le cœur tout fait comme de cire, doux et
traitable.
BO. Comme un lion \ieilli, je suis doux et traitable.
vo. [Lettre à Balzac.) Cependant je trouve étrange qu'avec tant de raisons que vous avez d'être content, vous ne puissiez l'être et que tous les grands hommes étant satisfaits de vous, il n'y a que vous qui ne le soyez pas.
BO. Et toujours mécontent de ce qu'il vient de faire, Il plaît à tout le monde et ne saurait se plaire.
vo. Les pois verts sont bientôt passés.
BO. Et qu'à peine au mois d'août l'on mange des pois verts.
vo. Tant et de si grandes actions les unes sur les autres rendront à l'avenir votre vie incroyable et feront que cette histoire passera pour un roman à la postérité.
BO. Et comme tes exploits, étonnant les lecteurs, Seront à peine crus sur la foi des auteurs. Si quelque esprit malin les veut traiter de fables On dira quelque jour pour les rendre croyables...
'0. iMeltez donc, s'il vous plaît, monseigneur, quelques bornes à vos victoires, quand ce ne serait que pour vous accommoder à la capacité de l'esprit des hommes et pour ne pas passer plus avant que la créance ne peut aller.
10. Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire, ... Encorsi ta valeur à tout vaincre obstinée. Nous laissait pour le moins respirer une année Peut-être mon esprit, prompt à ressusciter...
PA. [Compliments à V Académie.) En vain on sue, on se consume sur les livres, sans ce feu divin on ne peut vous suivre, on ne peut monter avec vous au faîte de la montagne...
BO. C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de Tart des vers atteindre la hauteur, S'il ne sent point du ciel l'influence secrète... N'allez pas sur des vers sans fruit vous consumer...
PA. [Lettre à Olinde, 29 octobre 1659.) Au reste, je vous envoie l'apologue du vieillard et de la mort qui revient assez aux matières que nous venons de traiter. Un pauvre bûcheron chargé d'années coupe du bois dans une foret et l'emporte sur ses épaules. Après avoir cheminé longtemps avec grand travail, enfin le cœur et les forces lui manquent. Il jette son fardeau par terre et, las d'une vie si malheureuse, souhaite et appelle cent fois la mort. La mort vient et lui demande ce qu'il veut d'elle. Le vieillard épouvanté : Je veux, dit-il, que tu m'aides à me charger...
Ce misérable vieillard, accablé d'ennui, aussi bien que de son fardeau, réclame la mort et ne souhaite que quitter enfin une vie si épineuse. Voilà la voix du désespoir. Mais aussitôt que la Mort paraît devant lui, il change d'avis et de langage, la misère ne lui est plus rien, voilà la voix de la crainte.
[Le Bûcheron et la Mort.)
Le dos chargé de bois et le corps tout en eau, Un pauvre bûcheron dans l'extrême vieillesse,
Marchait en haletant de peine et de détresse.
Enfin las de soulïrir, jetant là son fardeau,
Il souhaite la mort et cent fois il l'appelle.
La Mort vient à la fin : Que veux-tu? cria-t-elle.
— Oui, moi, dit-il alors, prompt à se corriger, Que tu m'aides à me charger I
Brossette dit au sujet de cette pièce : « M. de La Fontaine avait mis en vers cette fable, mais comme il s'était un peu écarté du sens d'Esope, AL Despreaux lui fit remarquer qu'en abandonnant son original il laissait passer un des plus beaux endroits qui fût dans Esope. La Fontaine refit sa fable et M. Despreaux fît celle-ci en même temps. »
Patru écrivait également ce qui suit dans sa lettre à Ohnde :
« L'apologue nous fait voir l'amour que les hommes ont communément pour la vie. Au milieu des plus
grandes calamités, ils craignent la mort cjui pourtant les délivrerait de tons les manx dont ils se plaignent. » Voici maintenant la Table de La Fontaine :
Un pauvre bûcheron tout couvert de ramée, Sous le faix du fagot aussi bien que des ans, Gémissant et courbé, marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chemine enfumée. Enfin n'en pouvant plus d'effort et de douleur. Il met bas son fagot, il songe à son malheur... 11 appelle la mort. Elle vient sans tarder, Lui demande ce qu'il faut faire.
— C'est, dit-il, afin de m'aider A recharger ce bois : tu ne tarderas guère .. Le trépas vient tout guérir, ^lais ne bougeons d'oi^i nous sommes; Plutôt souffrir que mourir, C'est la devi-e des hommes.
La Fontaine a écrit, dans une note, au bas de cette fable : « Ce sujet a été traité dune autre façon par Esope... Je composai celle-ci pour une raison qui me contraignait de rendre la chose aussi générale. Mais quelqu'un me fit connaître ({ue j'eusse beaucoup mieux fait de suivre mon original et que je laissais passer un des plus beaux traits qui fut dans Esope. Cela m'obligea d'y avoir recours. Xous ne saurions aller plus avant
que les anciens, ils ne nous ont laissé pour notre part que la gloire de les bien suivre... »
Ce quelqu'un qui avertit La Fontaine de son omission est-ce Boileau, est-ce Patru?