CALIN! BD
Je n’attaque pas l’armée I Afrique ; mais c’est très-désagréable pour un mari de rencontrer dans tous les coins de sa maison un spahis... et qui te regarde avec des yeux... de spahis!
MADAME GALIMARD
Que voulez-vous dire ?
6AUMARD.
Je n'attaque pas l’armée d’Afrique; mais je trouve que le semestre du cousin se prolonge bien longtemps... voilà huit mois qu’il dure, le semestre du cousin!
MADAME CALUIABD.
U a obtenu une prolongation.
GALIMARD
Ça ne serait rien encore, s'il se contentait de prendre ses repas, son absinthe, son calé, son petit verre, et coïtera, cl coïtera... Mais il est toujours là. entre nous deux... comme un mur mitoyen.
MADAME GALIMARD
Eh bien?
GALIMARD
Eh bicnl c’est ennuyeux de ne pouvoir être Rculs... ou’à trois!... (Amoureu»men<.) Si, au moins, quand la blanche Pliui-
bé...
MADAME GALIMARD
Qu’cst-ce que c’est que ça ?
GALIMARD-
La lune! (confinuam) descend sur l'horizon , vous vous montriez moins cruelle.
MADAME GALIMARD
Ah ! nous y voilà 1
galimard, tendrement.
Caroline ! vous dormez d'un côté, et moi de l’autre !... deux chambres... sous La République !...
MADAME galimard.
C’est de bon ton, c’est l'usage chez les gens comme il faut.
galimard.
Aie Je l'Artiste.
Mais cet usage antique Dc.i gi'us dits comme il faut Est, sous la République,
Vraiment trop aruto l,
Aussi, craignez, ma chère,
Une révolution !...
Deux chambres! c'fsl contraire A la Constitution...
F: surtout, c’est contraire A nia constitution.
MADAME GALIMARD
Voua avez reconnu vous-uièmc que cet arrangement était fin cAsaire... à cause de votre rhume... impossible de fermer 1 ail... vous toussez !...
galimakp, Wi'emenJ.
Oui, mais je suis guéri!, . je ne tousse plus!... ( Trndr*mmi.) Caroline! je ne tousse plus., au contraire... mainlenuiil, je soupira... si lu savais comme je soupire I
MADAME GAI.INAHD.
Vous n’ètcs pas honteux... à voire âge !
GALIMARD
L'âge n’y fait rient... regarde Ninon de l’Enclos J
MADAME GALIMARD
Monsieu rGalimard, vous n’èlcs qu’un mauvais su jot ! galimard, la regardant.
Qu'elle est belle, ma fermno !... ah ! je suis bien fâché de m’être enrhumé cet hiver !
MADAME GALIMARD
Eli bien? qu’attendez-vous là?
GALIMARD
Rirn l j étais venu chercher de l’eau pour ma harhe... mai puisque Jeannette n’y est plus...
MADAME GALIMARD, lui prenant la bouillotte des mains. Donnez, je vais vou» en faire chauffer. [Elle remonte vers l lutsine.)
GAUMARD
Caroline t
MADAME GALIMARD
Quoi?
GALIMARD
Rends-moi le petit passe-partout qui ouvre—
MADAME GALIMAhé.
Laisscz-moi ! vous êtes fou.
ENSEMBLE
Am de la Polka (f Auvergne. (Lait d'inetie.)
MADAME GALIMARD
Votre santé m'inquiète,
Ma prudence y pourvoira ;
Et jn vou* mets à la diète Pour guérir ce rhume-là.
OAUNARD.
Sur ma santé je regrette Qu'on vrille comme cela ;
C’est une trop longue diète Pour guérir ce rhume-là.
( Madame Galimard entre dans la cuisine, au deuxieme pieu , à droite.)
SCÈNB Eli.
GALIMARD, seul.
Toujours fe$re maigre... c’est une position anormale... car enfin... môme dans le carême... il y a la mi-carême!... et il me semble que, comme mari, je pourrais... eh bien ! non !.. je n’ii pas le droit d'exiger... apres ce que i'ai fait... Moi qui, w jour de mon mariage, aurais pu disputer à ma femme le bouqu t virginal!... J’ai osé f&ire un voyage à Papbos!.. Tiens, Galimard, lu me lais horreur 1... — C'était le jour des Rois... il y a six mois... j’avais beaucoup toussé dans fa nuit; mon méiLeio tue dit : Papa Galimard, voilà un mauvais rhuine. il faut putter de la flanelle !... (Vous allez voir comme tout s'enchaîne!) Je lui réponds ; Docteur, je suis un homme, je porterai de lr, flanelle !... Là-dessus je prends ma canne, et je cours ch- l mon ami Guénuchot qui m’avait invité à déjeuner.. Oû >. t des trufies... (Vous allez voircomme tout s'enchaîne !) Nous l’ions, nous buvons... Au dessert, Guénuchotveut me parler de ea venir de la France... je le lâche ! A peine dans la rue, je ra'aborçois que ma tête... c’était le vin blanc... J’entreprends le liqulevard... Arrivé au passage de l'Opéra, j'aperçois une bou- Noucqui avait l'air d’en vendre... de lu flanelle ! je lui dis: sp usieur !... — et on me répond : Le magasin est au premier. — Une fois là. .c’est horrible !.. je me trouve seul, sans armes, en face d’une affreuse jeune fille de dix-huit ans !... une peau éblouissante ! des yeux noirs et des sourcils à vous manger l’unie!... je ne sais ce qui se passe en moi... le vertige... les truffes... le vin de Guénuchot... je me sens un frisson... ie veux nu* reculer... horreur ! Je venais de perpétrer un baiser sui '- front d'albâtre de Malvina... de cette Pompadour en flanelle!... De fil en aiguille, je l’invite à dîner chez Véryl... cabinet n° 6 ... Les bougies s’allument, le champagne ruisselle, ni;: tête s’égare, et alors... (^4u public Dame!... mettez-vous à ma place!... A minuit le garron m apporte la carte... cette liquidation me rappelle à tous mes devoirs .. je me lève.. Me paie !... et je me sauve... en oubliant ma tabatière décorée de la Charte et du portrait du général Foy... un honnête homme... qui lia pas trahi ses serments, lui !... J’ai dit à ma femme que je l’avais oubliée chez un ami... une craque!... le crime vous fait mercher de craque en cra- que!... Hélas ! denuis ce dîner
funèbre, je traîne ma conscience chargée de remords, je ne mange plus, je ne bois plus, je ne respira plus... la nuit» J® me réveille en sursaut... et qu’est-cc que je vois?... accroupi sur mon chevet, le garçon de chez Véry, qui me présente un buisson d’écrevisses, en me criant : Baoun ! baoun!... Ah! maudit soit le jour ou j'ai eu besoin de gilets de flanelle !