‹ Un gendre en surveillance comedie en un acte, melee de chantsChapitre 5 sur 27 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

BARADUC

Vous ôtes rentré à onze heures trente-cinq !

EDMOND

C’est possible ; mais«jc ne devine pas...

BARADUC*

A neuf heures, vous vous êtes promené dans le passage de l’Opéra jusqu’à neuf heures quarante-deux.

EDMOND

Eh bien ! où est le mal ?

BARADUC

Un homme marié... qui se promène dans le passage de l'Opéra jusqu’à neuf heures quarante-deux! Ah ! Monsieur !

EDMOND

Pardon, beau-père... est-ce pour me dire ça que vous êtes venu me réveiller ?..

BARADUC

Je continue... A neuf heures quarante-deux, vous êtes entré chez la marchande de fleurs...

EDMOND

Ah çà! vous étiez donc dans ma poche !

BARADUC. ,

Vous y avez acheté un bouquet quinze francs, qu’oq vous faisait dix-huit.

EDMOND

C’est vrai!., j’ai marchandé... cela prouve que j’ai de l’ordre.

BARADUC

Je continue... Après, vous vous êtes rendu rue Taitbout, n« 22... N’essayez pas de le nier !

EDMOND

/ Mais je ne Je nie pas 1

BARADUC

Vous êtes monté au second..! avec votre bouquet, vous avez sonné, on vous a ouvert... et vous êtes entré...

EDMOND

Naturellement... puisqu’on m’ouvrait ! . '

BARADUC

A onze heures huit, vous ôtes sorti de cette maison.

EDMOND

Parfaitement exact! ,

BARADUC

El vous n’aviez plus votre bouquet ! qu'aviez-vous fait de votre bouquet?

EDMOND

Mais...

BARADUC, l'interrompant.

Donc vous trompez Zémirel vous trompez Zémire! (u s *e levent ) *

• EDMOND

Ah ! je t'attendais! Que diable ! beau-père, vous n'èles pas

charitable... me faire sortir d’un lit bien chaud, à six heures du matin... pour me répéter ce que vous m’avez dit hier, et ce que vous me din z probablement demain.

BARADUC

Mais, Monsieur...

EDMOND

Dans le jour, passe encore... mais la nuit... je demande grâce.

BARADUC

Ne rions pas. Monsieur...

• EDMOND

Je le veux bien... parlons sérieusement... Tenez, beau-père, vous êtes un excellent homme, plein de droiture, de loyauté... en quittant le notariat, vous avez emporté l’estime de tous vos confrères...

BARADUC

Je m’en flatte !

EDMOND

Mais vous avez un défaut... je me trompe... une protubérance!

BARADUC

Monsieur Edmond!

EDMOND

Vous avez la protubérance paternelle beaucoup trop développée : vous aimez votre fille jusqu’à l'adoration.

Un ange !

EDMOND

Je diraûplusj vous l’aimez jusqu’à la jalousie...

baraotc.

Assez !

EDMOND, regardant la pendule.

Pourquoi?.., nous avons le temps... six heures un quart !.. et puisque vous avez eu la bonté de me réveiller... causons! (n

s’assied à la place qu’a quittée Baraduc*.)

BARADUC

Soit! (U s’assied à la place qu’a quittée Edmond.)

EDMOND

Vous avez toujours été convaincu que personne ne pourrait faire le bonheur de votre fille!., vous ne vouliez pas la marier; vous avez résisté jusqu’au dernier moment en lui - prédisant qu’elle serait malheureuse...

BARADUC

Parbleu ! v

EDMOND

Et maintenant qu’elle est ma femme... pour ne pas en avoir le démenti... vous voulez absolu ment qu’elle soit trompée!

barâduc.

Moi?. • *

' r > * E. Ba. 1 ■ ■> »«) -U’ ' -1 ! • ! ■ • ' -j* b ■ ii /.

MiàNB III,.;,. Y. ' T

EDMOND

Prenez-y garde... à force de me répéter r « Voua trompez Zémire !.. » vous pourriez ui’en donner la pensée! (il se lève.)

, . ( i . . bakadiç, «e leuat. * • . ■

Comment!

EDMOND

Air nouveau de Coudeb.

Écoutçz ce récit vulgaire : ... .

Quand j’étais un jeune éeolier, t

Etant le jardin de mon grand-père S'élevait un très-beau prunier;

Et, dans ses craintes importunes, >

Grand-père, toujours sur mes pas.

Me criait : « Tu manges mes prunes; u Malheureux! tq manges mes prunes! »

Moi, vraiment, je n’y pensais pas. (6is,)

BARADUC, parlé.

Il n’est pqs question de prunes,

EDMOND, parlé.

Attendez!

: ; ri »• ’ 1

Mais ces reproches monolones . , , Devaient finir par m’allécher : •

.Ces prupès-là sont donc bien bonnes ’ •

« Puisqu’on me défend d’y toucbôr? »

J’en croquai soudain quelques-unés...

Voilà comment tes gràrtds-papas,

Par leurs défenses importunes.

Font que leurs fils croquent tes prunes...

Auxquelles Us ne pensaient pas. (bfo.)'Aq

BARADUC. '

Ah! vous l’avouez doncV 1 : " lif ‘ '

EDMOND

J’avoue que j’ai mangé des prunes dans leljardin de thon grand-père!., mais tromper ma femme... jamais!

■ . i,| ..! :f. >i ..BARADUC* '■ l it.i'.'j

Et ço bouqpet.., dfl quinze, francs? •: ! .' >'! .i .. cl

• - .1-1 KK ,-KDMPND, • ,• '•« . îs ■l, , ./5jl

CTetait hier la Sainte- Marguerite... Ma tante Foubert s appelle Marguerite, et... <)(J . ^

BARADUC. * t,M : * .«1*3

Et vous avez ete lui souhaiter sa fête?

; . EbMOND.

' YoUà!‘-’ >, i «t*:. /mi>jp4î -i • a >1* xvjiir.Ai-u/ I.r;

. BARADUC. sRin-l-.

Jusqu’à onze heures huit? „ i j*

EDMOND

Mon Dieu, oui ! 1

BARADUC

Avec un bouquet de quinze francs... pour une tante !.. et vous croyez me faire avaler ça?.. Ça coûte six francs, les bouquets de tante!

» EDMOND

Permettez...

BARADUC

J’ai vécu, Monsieur!., moi aussi, j’ai souhaité la fête à des tantes Marguerite... qui ne m’étaient nullement parentes!..

EDMOND

Depuis votre mariage?

Oui, Monsieur!

EDMOND

Ah! beau-père!..

BARADUC

C’est-à-dire... non! avant!... Vous me faites dire des sottises!

EDMOND

C’est entre nous... je n’en dirai rien à madame Baraduc!

BARADUC

Pas de pantalonades, je vous prie!.. Voyons, Edmond... un bon mouvement... Je suis votre père... votre beau-père... avouez-moi tout...

EDMOND

Quoi?

BARADUC

N’est-ce pas, que vous trompez Zémire?

EDMOND

Ah! encore!., c’est une infirmité! > .. ; v. ; . ,

BARADUC

Mon gendre!

EDMOND

Quand vous aurez des preuves... très-bien!.. mai3 jusquelà... Le froid me gagne... le sommeil aussi... et comme nous n’avons plus rien à nous dire... je vous demande la permission de me recoucher*...

Cependant, Monsieur..

EDMOND

Quand vous aurez des preuves... Bonsoir, beau-père! (ü reni»e

Satie ta chambre.)

* E. Ba. .

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