‹ Un heritage; pièce en quatre actes, en proseChapitre 21 sur 46 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les MÊMES, ANTOINE, JEAN, JACQUES

dans la coulisse

JEAN (au dehors)

C'est superbe... c'est splendide... c’est épatant ! C'est la Savane de l ne du Nord. C'est la Fôrèt tee du Canada .

JACQUES Tu as vu ça, toi ? (ils entrent) JEAN

Non... mais Ça fait bien dans la phrase... ça ronfle et puis ça épatera toujours les Philistins.., 3 JACQUES Pourquoi les épater ”?

| JEAN

Parce que ça fait bien dans le tableau et que ça pose un artisse dans le ciboulot du Bourgeois.

EE RETES

Ah !... je ne savais pas, moi... alors, il faut épater les gens pour réussir.

ANTOINE

Mon petit Jacques. apprends pour ta gouverne que celui qui ne bat pas la grosse caisse autour de son affaire, n'est qu'un imbécile dans ce monde. Faites mousser votre langage... émaillez-le de mots sonores et ronflants, sans signification, et tout le monde vous admirera, Criez bien haut que vous avez du talent... tout le monde le croira... et vous finirez par le croire vousmême. C'est là le secret des arrivistes…

JEAN

Oui mon petit, c'est pitoyable, mais c'est comme ça... fais-en ton profit.

JACQUES (révolté) Moi... jamais...

LE FHARON (au notaire)

Allons, mon cher Corniflard... il est temps de prendre congé de ces messieurs.

ANTOINE Comment! vous partez...

LE BARON (jetant un coup d'œil au notaire)

Dame... nous n'avons plus rien à faire ici... dans votre château.

ANTOINE (très poli)

Je vous en prie, monsieur le Baron, reposez-vous, un peu... Faites-moi l'honneur de rester chez moi, au moins cette nuit.

JEAN (à part)

Quelle élocution !... Où prend-il ce beau langa- - ge 2... C’est déjà la fortune qui opère.

à LE NOTAIRE (au Baron) à :

s Vous ne pouvez refuser une invitation faite avec

dant de simplicité.

| LE BARON (cédant)

Æh bien !.. j'accepte.

JEAN (goguenard))

Si m'sieu le Baron voulait bien accepter le vin de l'hospitalité ?.. (à part) c'est que ça creuse l’émotion (haut) nous viderions ensemble un vieux flacon et nous trinquerions à la « santé » du défunt !!!

LE BARON (riant)

E … J'accepte, rien que pour la rareté du fait... À JACQUES (expliquant)

C'est une façon de parler.

LE BARON

Oui, oui, jeune Apelles.. j'avais compris... (à An-

toine) ne craignez pas mon ami de mettre à contribution ma vieille expérience du monde et de ses » usages auxquels un homme de votre génie (geste

d'Antoine) de votre valeur, si vous préférez, ne saurait se soustraire, si vous voulez faire honneur à la fortune qui vous tombe du ciel. (amenant Antoine sur le devant de la scène) Dites-moi, jeune ami, j'ai perdu chez le Général, hier soir, une niaiserie au - whist, une vingtaine de louis., Je n'ai pas cette bagatelle sur moi et vous savez que les dettes de jeu se paient dans les 24 heures.

Je. vous en voudrais de vous adresser à un aûtre qu'à moi, monsieur le Baron. Je vais dire à Maître Corniflard de vous remettre la somme.

JEAN (à Jacques)

J'parie dix sous que l'Baron est déjà en train de taper ce pauvre Antoine qui va sy laisser prendre.

JACQUES (à Jean) Crois-tu pas ?.. Un Baron !

*< LE BARON (à Antoine)

Merci. (au Notaire) Venez-vous jusque chez vous, Notaire.

LE NOTAIRE (s’inclinant)

A vos ordres. (il va saluer Antoine) Monsieur... (à Jean et à Jacques) Messieurs.

(Ils sortent lui et le Baron).

Ms 0

Page 1