JEAN, ANTOINE, JACQUES
(Quand le bruit des pas du Baron ne s'entend plus
1 dans l'escalier, ils se regardent tous avec éba-
hissement, et tout à coup, ils se prennent par
la main et font une ronde en dansant éperdument).
JEAN (s'arrêétant subitement)
Ah ! mes amis !... nous sommes perdus ! .. Quelle catastrophe!
| ANTOINE Quoi donc ?
| JACQUES
” \ Qu'est-ce qui te prend ?
JEAN (levant les bras)
A moins d'un miracle, nous sommes fichus.
Re nt a
Loue
ANTOINE T'expliqueras-tu, à la fin ?...
JEAN (les amenant sur le devant de la scène, Il y a que tu as vendu ton tableau, n’est-ce-pas ?.…
ANTOINE
Et bien à propos pour emplir la Caisse, Eh bien quoi ? |
JEAN
Mais malheureux, tu n'as donc pas entendu qu'il faut le porter au-jour-d’hui même, chez le Baron.
JACQUES Ca me permettra de voir son mobilier...
JEAN (narquois)
Est-ce avec la robe de Déjanire ou le manteau de saint Martin que tu comptes te présenter à l’hôtel ? JACQUES (anéanti)
C'est vrai... mais voyons, à nous trois, si nous ne pourrions pas constituer à Antoine un costume pré-
sentable... D'abord, j'ai un faux-col et ma belle cravate rouge.
JEAN
Moi j'ai le chapeau du grand-père de mon oncle, Antoine a sa belle culotte des dimanches.
ANTOINE Et nous avons l'habit vert des grands jours... Nous sommes sauvés.
Gex | 7! JEAN (désolé)
Tu sais bien qu'il est déchiré.
JACQUES
Il faut le faire raccommoder, tout de suite.
JEAN
Espèce de capitaliste. As-tu de l'argent, toi ?.. JACQUES (piteusement)
J'ai... (cherchant dans ses poches) … rien... Ah! si. JEAN el ANTOINE (se rapprochant)
Nous v'là sauvés.
JACQUES (piteusement)
| Non, c'est un deux FER (le regardant) et il n’a pas cours !
LR JEAN
Il nous faudrait absolument au moins dix francs, pour payer le raccommodage de lhabit et le com-
missionnaire qui portera letableau, Comment faire ? * (On entend chanter dans l'escalier).