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Un héros

• Je vous sers, Sire, mais je ne vous flatterai jamais, * disais-je un jour au roi Charles X, digne d’entendre ce langage d’une indépendance dévouée.

« Le plus beau droit de la fidélité est de dire la vérité à « son roi. »

Jamais courtisan de la fortune, j’avoue que je serais plus tenté de le devenir des victimes qu’elle éprouve ; mais il ne s’agit ici ni de flatteurs ni de flatteries ; il s’agit purement de définir ce que c’est qu’un héros; et à quelles conditions ce beau titre, si dilficile à mériter, peut être donné.

Si dans une brochure précédente, j’ai cru devoir procéder par des contre-vérités, c’est aujourd’hui la vérité tout entière que je veux présentera mes lecteurs.

Dans toutes les positions sociales, on peut rencontrer un héros; la condition n'y fait rieu; mais les qualités qui fout d’un homme un héros sont rares à rencontrer.

Abnégation, moralité, courage sans égal qui n’exclut pas la prudence; mépris du danger auquel on sourit avec calme ; persévérance invincible, résolution que rien n’ébranle, fermeté, sagesse flans le conseil, bravoure presque téméraire dans l’action, caractère sans entêtement, sentiments religieux qui seuls donnent la force de remplir ses devoirs sans crainte, ni forfanterie ; protection pour le faible, justice pour le fort ; eu toute chose impartialité

sans exception ; amour de ses semblables, soutien de l’innocence ; des larmes pour le malheur, toujours la bourse ouverte à l’infortune, une justice qui déjoue l’intrigue, l’amour de la famille et celui de ses concitoyens ; n'obéissant qu’à la voix de sa conscience, et jamais découragé; respect pour une vérité qu’on n’altère jamais ; recherchant et écoutant les conseils dès hommes sages et des esprits éclairés, en se réservant toutefois le droit de les juger; cœur haut placé que rien n’intimide ; une fierté noble sans orgueil, nul égoïsme, la pensée d’autrui dominant et dirigeant toutes les actions ; bravant, pour remplir un devoir, difficultés, embarras, et presque l’impossible.

Le triomphe n’est pas indispensable au héros. 11 suffit qu’il s’en montre digne, et fasse tout pour le mériter ; supportant la fortune sans enthousiasme, et l’adversité comme les revers sans découragement, se montrant encore plus grand dans l’adversité, qu’au milieu des plus brillants succès.

Au véritable héros, il faut, je le répète, des sentiments chrétiens ; car il doit avoir toutes les qualités comme toutes les vertus.

Mon héros sourit à une mort qui n'est qu’un passage à une vie meilleure; il brave la mort sans ostentation, mais aussi sans imprudence ; un calme parfait ne l’abandonnant jamais; s’il triomphe, il reste modeste, ets’il succombe, il se montre résigné.

Le désespoir ne peut jamais l’atteindre , et sa confiance est tout entière dans celui qui tient en main les destinées humaines.

Jamais il n’hésite à remplir un devoir, quelque pénible qu’il puisse être. En toute chose, il agit de manière à devenir un modèle et un exemple, sans se laisser jamais atteindre par un sentiment d’amour-propre qui ôte tout mérite à l’action ; ni par une hésitation qui en compromet le succès.

Sa charité est sans exception, comme son impartialité.

Rien ne peut l'intimider, encore moins le faire reculer. Il sourit également de pitié à la flatterie comme à la menace;

« J« crains Dieu, cher Abuer, et n'ai point d'antre crainte. »

Voilà le véritable héros ; qu'il soit sujet ou prince, sur le trône ou à côté, peu importerait. Le mien est sur un trône que la tempête éprouve, mais qu'elle ne renversera pas.

Indulgent pour sou prochain, le vrai héros réserve toute sa sévérité pour lui-même, sans jamais éprouver ni jalousie ni envie.

Simple au moral comme au physique, il ne se vante jamais.

Si la grandeur est une épreuve, il ne calcule que les devoirs qu’elle impose.

Il loue les autres sans jalousie, et mérite les louanges sans les rechercher. Chez le véritable héros, la prudence a devancé l’àge.

Le premier au feu lorsqu’il croit utile de donner l’exemple, il u’a pas le fatalisme du musulman, mais la foi du chrétien.

Son sang-froid est inaltérable, même au milieu du danger.

• Si j’avance, suivez-moi ; si jè recule, tuez-moi ; si je succombe, vengez-moi! » s’écriait un chef vendéen de cette famille de héros, l’ainé des La Rochejaqueleiu.

Sans doute, dans toutes les classes de la société il peut y avoir des héros. Il y en a parmi les femmes comme parmi les hommes.

Ces martyrs, qui supportaient les plus affreuses douleurs, sans se plaindre ni renoncer à leur foi, n’étaient-iis pas de véritables héros?

Le siècle actuel comptera un saint sur le siège de saint Pierre, et deux héros sur le rocher de Gaëte : le roi François II et son auguste et intrépide épouseront le courage et l’énergie font battre d’admiration tous lesi^eurs.

Puissent les événements ne pas faire de ces deux héros des martyrs !

Honte au siècle, s’il le souffre !

Puisse un plein succès couronner de si nobles efforts!

Dans les temps de sauvage barbarie, les souverains se réunissaient pour arrêter la marche envahissante des ennemis de toute civilisation.

Je plains les révolutionnaires de bonne foi, dont je déplore l’erreur; mais je maudis ces principes, qui feraient du monde un chaos.

Victimes eux-mêmes de leurs fausses et absurdes théories, leur sang finirait par couler, après en avoir fait verser des flots.

La masse des révolutionnaires veut la liberté, mais les chefs se servent de ce mot magique pour égarer les esprits, et se faire un marchepied des cadavres qu’ils immolent, sans remords ni pitié, pour monter au Capitole, et remplir leurs poches de l'or qu’ils arrachent aux malheureux peuples. Ces derniers, en définitive, sont toujours victimes de ces idées qui restent sans application possible.

Souverains de l’Europe, ne comprendrez-vous pas quel danger vous menace, par le triomphe des principes révolutiounaires ; ne sentirez-vous pas que le sol tremble sous vos pas, et que vos trônes sont menacés d’une chute qu’il ne sera plus en votre pouvoir d’empêcher, après avoir refusé de la prévoir ?

Ce mépris des principes sur lesquels repose l’existence du monde, compromet également les Rois et les peuples.

Pour s’en convaincre, il suffirait de comparer l’état actuel du royaume de Naples, à ce qu’il était jadis.

Qut e réveil de l’honneur mette fiu à ce sommeil léthargique qui compromet tous les intérêts.

Il y aurait honte à laisser dépouiller et détrôner un prince qui défend également les droits des Rois et ceux des peuples.

Ami sincère des derniers, je ne craindrai jamais de dire la vérité à tous.

Princes! si vous laissez une ambition sans frein s’emparer de tous les États, à sa convenance, qui pourra vous garantir votre propre sécurité?

Napoléon I", plus grand administrateur peut-être encore que guerrier sans pareil, foula aux pieds toutes les capitales de l’Europe, et il est mort à Sainte- Hélène.

Plus sage. Napoléon III s’est montré modéré au milieu de ses succès. Puisse-t-il, d’accord avec les souverains du Continent, mettre un frein à l’humeur révolutionnaire de l’Angleterre !

« Qui, en définitive a raison? » disait-on un jour à M. de Talleyrand.

• Tout le monde, » répondit-il.

En effet, les peuples peuvent être égarés ou trompés par ces soi-disant philosophes, qui, sous prétexte de 1« éclairer, les précipitent dans l’abîme ; mais leur bon sens et leur intérêt finissent par faire justice de toutes ces spécieuses et parfides théories, ainsi que de ceux qui les professent.

Qu’est devenu ce prétendu suffrage libre et universel, imposé par le fer et le feu à l’Italie?

La sagesse des peuples commence à en faire justice.

Et ce principe de non-intervention, soutenu par l’Angleterre, se réservant pour elle seule le droit d’intervenir?

Souverains de l’Europe, ouvrez donc les yeux ; et à la tête des peuples, opposez-vous à ce torrent révolutionnaire qui ne tardera pas à envahir vos États.

Mettez en quarantaine ce fléau, plus dangereux mille fois que le choléra asiatique.

Proclamez, en le reconnaissant comme sacré, le droit de propriété ; repoussez toute spoliation comme un crime ;

donnez à vos sujets une sage liberté ; mais ne souffrez jamais une amarchie funeste qui rend la vraie liberté impossible.

Comprimez cette ambition ardeute qui ne reconnaît aucune mesure; et ne laissez pas un souverain mal conseillé, se perdre lui-mème, emporté par le désir d'envahissement qui ne respecte rien, ni la religion ni la propriété, ni les rois, ni les peuples.

Soyez justes autant que clairvoyants et fermes; et n’abandonnez pas ce prince héros, cet homme modèle, brave autant que modéré, qui soutient vos droits comme les siens; et donne au monde qui l’admire, un exemple qu’il serait tant à souhaiter, pour le bonheur de tous, qu’on imitât.

Si quelques chefs ont trahi honteusement : le dévouement des soldats n’a d’égal que l’intrépidité de cette jeune Reine qui rivalise de sang-froid avec le Roi et ses beauxfrères; et puis il y a encore, Dieu merci, plus d’un Bosco à Gaëte.

« Je suis souverain de droit, a dit ce jeune Roi de < vingt-trois ans. Je saurai combattre et mourir en Roi. « Mon poste est sur les murs de cette forteresse. Là me « trouvera Victor-Emmanuel s’il veut traiter avec son cou- « sin François II. »

Noble et jeune rejeton d’une race qui a produit de si bons et de si grands Rois, toujours amis de leurs peuples; c’est à vous que je consacre ces lignes, inspirées par l’admiration, le respect, -le cœur et la conscience.

Puissent-elles apporter quelque soulagement à vos douleurs, comme à celles de cette héroïne assise à côté de vous sur le trône de vos pères !

Puissent les souverains de l’Europe se réveillant enfin, je le répète, mettre un terme à dèsi monstrueuses iniquités!

Ose-t-il bien parler de liberté, celui qui Tait fusiller, sans jugement, le paysan libre et fidèle?

Peut-il commander le respect, celui qui méprise également Dieu et les hommes, et qui laisse ses ministres offrir une prime au régicide ?

Ose-t-il demander l'obéissance, celui qui pousse les peuples à la révolte ?

Si, au contraire, le roi François II force scs ennemis mêmes à lui rendre justice, y aurait-il jamais assez d’admiration et d’amour dans le cœur de ses amis.

Puissent leurs vœux ardents fléchir le ciel !

Ce n’est pas celui qui se défend, qu’on peut accuser de faire inutilement couler le sang ; mais bien celui qui attaque injustement, et contre tous les droits des gens.

Il y a peu à espérer d’un monde où régnent l’égoïsme et la crainte; mais Dieu, qui châtie les peuples qui s’éloignent de sa sainte loi, finit par briser la verge dont il s'est servi, pour les ramener dans le giron de l’Église, et daus celui delà vérité.

Tandis que votre héroïque valeur, Sire, dérend le droit des peuples comme celui des Rois, que les prières de tous les chrétiens s’élèvent au ciel, pour le triomphe de la plus sainte des causes !

Les peuples y sont intéressés comme les Rois.

Sire,

Vous aviez suivi les conseils de la France qui vous demandait d’accorder plus de liberté à vos peuples; la trahison seule les a privés de ce bienfait; aussi la France ne peut abandonner Votre Majesté. Ses flottes ne souffriront pas qu’on fasse prisonnier un Roi qui préfère une mort glorieuse, à la honte d’abandonner les peuples qu’il chérit, en les livrant à la merci de l’étranger qui les ruine et los fusille.

Honneur au noble et illustre amiral qui s’est montré si bien Français!

Honneur à celui de qui les ordres émanaient î

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