‹ Un hiver en ÉgypteChapitre 22 sur 22 · LE COU\'ENT DU BON - PASTEUR AU CAIRE DÉPART · texte numérisé non relu

LE COU\'ENT DU BON - PASTEUR AU CAIRE DÉPART

^^^'^^^^^ RÈs du Caire, du côté de la

> / ;;,' "^ )!^ porte de l'Ouest, est une ma-

^^i.'M^^-'^m gnifiqiic promenade : c'est

une avenue, lon^rue d'une

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lieue, qui conduit au palais de Choubrah. Elle est élevée en forme de digue au-dessus des campagnes, et formée dune double rangée in tle sycomores gigantesques. Le sycomore ' d'Egypte, appelé aussi li^ruicr de Pharaon, ne ressemble en rien à celle \aiicli' d l'ialilc a

laquelle nous avons, en France, fort improprement donné le même nom. Au lieu d'être élancé et de porter des branches grêles presque verticalement comme notre érable, le sycomore d'Égypie, large et trapu de la base , se bifurque à quelques pieds de terre et projette obliquement des branches puissantes et grosses comme des arbres. Sa feuille est épaisse, charnue et comme vernissée. Ses fruits, qui ont la forme d'une figue et qui poussent sur le tronc, sont à peu près insipides; le peuple seul les mange.

Les sycomores de l'avenue de Choubrah , se rejoignant à une grande hauteur, forment une immense voûte en ogive , dont le feuillage compacte et serré laisse à peine filtrer un rayon de soleil. Tous les jours, on arrose le sol uni et doux aux pieds des chevaux et des ânes. Cette promenade , bordée de riches cultures , de beaux jardins, d'élégantes villas, est le Longchamp du Caire : c'est là que l'aristocratie européenne ou turque vient tous les soirs prendre le frais dans des calèches achetées à Paris.

Choubrah est une habitation de plaisance con-

struite par Méhémet-Ali, et où il aimait à passer la saison des chaleurs. Les jardins qui l'entourent ont été trop vantés. L'Orient n'est pas le pays des beaux jardins : notre imagination se fait làdessus, comme sur bien d'autres points, d'étranges illusions. Je dois dire pourtant que le jardin de Choubrah est ce que j'ai vu de plus beau en ce genre. Il y a des bosquets magnifiques d'orangers et de grenadiers. De grandes fleurs de l'Inde , aux larges pétales , rouges comme de la pourpre , brillaient d'un éclat étrange au milieu des géraniums odorants. On dit qu'au printemps , à la saison des roses , Choubrah ressemble à une immense corbeille de fleurs. Quoi qu'il en soit, ce (juil y a de plus remarquable ici, c'est le palais même, construit à l'orientale, sur le plan d'un vaste kiosque. Autour d'un bassin de marbre blanc , large de quatre-vingts pieds, et rempli d'eaux limpides et jaillissantes , circule une galerie soutenue par d'élégantes colonnes, et ornée de peintures et d'arabesques. Les appartements sont disposés alentour. Des treillages laissent, dans les inter-

valles , passer librement l'air extérieur. Cette disposition est charmante; et rien n'est mieux entendu pour combattre les ardeurs du climat. C'est sur un plan analogue que sont construites , (lit-on, les riches habitations de l'Inde anglaise.

Si , au lieu d'entrer sous les frais ombrages de l'avenue de Choubrah , on tourne au nord en sortant du Caire, au bout d'une plaine aride et désolée on voit s'élever les monuments célèbres sous le nom de Tombeaux des Califes. Le sentier serpente parmi des dunes de sable , des monceaux de décombres, des ruines éparses; c'est le désert aux portes mêmes de la ville. Un cimetière turc est auprès.

Ces monuments , à la fois religieux et funèbres, moitié mosquées , moitié sépulcres , et qui devraient s'appeler Tombeaux des Sultans d'Egypte, se placent par leur date entre le x*^ et le xv'^ siècle. L'architecture arabe n'a rien produit de plus achevé, de plus élégant. Des conrs entourées de galeries précèdent quelques-unes de ces mosquées. Des coupoles hardies , des minarets den-

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télés et découpés les surmontent. Les portes en ogive , les voûtes sont ornées d'arabesques et de sculptures ; les murs sont revêtus de mosaïques et de marbres. Une disposition remarquable et qui ajoute singulièrement à la légèreté des coupoles, c'est qu'elles reposent sur des encorbellements ou pendentifs ménagés dans les angles de l'édifice. Chaque mosquée a, selon l'usage, sa chaire ou mimbcw; ces chaires sont presque toutes des merveilles d'élégance et de goût. Les balustrades de l'escalier, la niche, la petite coupole qui la couronne, tout cela est sculpté à jour : rien de plus délicat , de plus capricieux et de plus charmant; c'est, on peut le dire, de la guipure de pierre.

Mais combien l'œil est attristé dr letaf de dégradation de ces beaux monuments! Les murs sont lézardés; les coupoles entr'ouvertes laissent passer la pluie et le soleil; les mosaïques s'égrènent sur le pavé disjoint. Des lamilles arahes, sales et misérables , se sont logées dans ces chefsd'œuvre d'architecture du siillau baikouk cl ilc

Caïd-Bey. Ce ne sont depuis longtemps déjà que des ruines ; mais bientôt ces ruines mêmes seront tombées en poussière et disparaîtront sous le sable du désert.

Des Tombeaux des Califes , et en continuant la même route , on va à Héliopolis : entre ces deux ruines , il y a une heure de marche et près de quarante siècles. Le chemin longe constamment le désert : d'un côté, on a une plaine cultivée , couverte d'une brillante végétation ; de l'autre, sans transition, le sable nu, jaune, aride, sans un arbuste, sans une touffe d'herbe.

Autrefois, aux environs d'Héliopolis, croissait l'arbre qui donne le baume. La tradition raconte que, dans la fuite en Egypte, la sainte Vierge ayant lavé dans un ruisseau les langes de son fils, Tarbre à baume naquit sur les bords de la source par la vertu que son eau avait contractée. Non loin do là, dans un jardin entretenu par des prêtres coptes, on montre un immense et antique sycomore sous lequel , suivant la même tradition, la sainte Famille se reposa et

l'Enfant divin dormit sur les genoux de sa mère. Cet arbre porte le nom d'arbre de la Vierge : il est l'objet d'une grande vénération. A Noël, les Coptes viennent y faire des prières.

Héliopolis, nom grec qui n'est que la traduction du nom égyptien que portait la Ville du Soleil, fut une des grandes cités de l'antique Egypte. Elle était célèbre par son collège de prêtres: là vinrent Thaïes , Hérodote, Pythagore et Platon, pour s'enquérir de la science des hiérophantes. Son temple , consacré au Soleil , avait été élevé par Osortasen ou Sesourtesen F", ce roi de la douzième dynastie dont nous avons rencontré le nom à Karnac , et dont le nom se trouve aussi gravé sur l'obélisque qu'on admire ici. De tout Hôhopolis, cet obélisque est le seul débris qui ait survécu; encore pense- t-on qu'il a été relevé sur une base moderne. Sous la dynastie des Sesourtesen, la puissance de l'Egypte était déjà redoutable. Le chef de cette dynastie fut un grand conquérant: on a trouvé son nom gravé sur les rochers du Sinaï, et sur des nioniimeiils de la Nubie. Le troisième IMiaraoïi du nom dr Se-

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sourtesen porta plus loin encore les armes égyptiennes : c'est celui-là qui est le premier, le vrai Sésostris, et dont le nom, honoré plus tard comme celui d'un dieu , fut donné à Rhamsès le Grand , avec lequel les Grecs le confondirent. Héliopolis est la cité d'On , nommée dans la Genèse. Son territoire, que l'Écriture appelle la terre de Gessen, fut assigné aux enfants de Joseph pour leur résidence. Joseph épousa la fille d'un prêtre d'On. Le roi, dit la Genèse, passa son anneau au doigt de Joseph , le revêtit d'une robe de lin et lui mit un collier d'or : puis il lui fit épouser Azaneth , fille d'un prêtre qui s'appelait Peliplirah (Putiphar) , comme le premier maître de Joseph. Ce nom de Petiphrah veut dire en copte qui appartient au Soleil; de même que Phrahâ, dont nous avons fait Pharaon, et qui est le titre que prenaient les rois d'Egypte dans les légendes hiéroglyphiques, est le nom même d'Horus ou le Soleil.

Dans le pays où nous sommes, l'imagination a peine parfois à franchir en un instant les mil-

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liers d'années qui séparent deux monuments placés à quelques pas l'un de l'yutre, ou deux souvenirs historiques que rappelle le même lieu , deux fois célèbre dans la mémoire des hommes. Ici même, sur cette terre où un Pharaon d'avant les Pasteurs éleva un temple magnifique, où Joseph fut esclave et ministre, où les philosophes de la Grèce vinrent interroger la science égyptienne, des Français ne peuvent oublier qu'une victoire fut gagnée par des soldats français, il n'y a guère qu'un demi- siècle : victoire brillante, victoire vengeresse surtout qui punissait la trahison et déjouait la perfidie. Au mépris d'une capitulation signée, le gouvernement anglais venait de refuser aux Français de cpùtter l'Egypte avec les honneurs de la guerre. Kléber, un moment découragé, retrouva sous rinsnlte son énergie des Pyramides et du Montïliahor: (mi flammée comme lui de colère, on raconte (juc l'armée française poussa un cri de joie quand , au lever du soleil, à cette place même, elle aperçut riinineuse armée du grand-vizir rangée en bataille. Dix mille hommes, ce jour-là, en battirent soixante-dix nulle.

A quelques lieues d'ici , en descendant le cours du fleuve , nous rencontrerions , au bourg de Minieh , un autre souvenir de notre histoire , non moins héroïque, mais plus triste. C'est là que, en 1250, après la victoire douteuse et meurtrière de Mansourah , les croisés , décimés par la peste et la famine, commençaient à battre en retraite, quand saint Louis , atteint lui-même de la contagion , fut obligé de s'arrêter mourant. Les blessés et les malades avaient été massacrés, la flotte pillée et incendiée: « Les Sarrasins, dit (( Joinville, tirèrent telle foison de traits avec « feu grégeois , qu'il semblait que les étoiles (' tombassent du ciel... Le roi était si mal, qu'on (( croyait le voir passer le pas de la mort. » Les u païens )) entrèrent bientôt dans le village. Gaucher de Chatillon , qui défendait le roi avec le courage d'un lion, fut tué. Le roi fut pris et chargé de chaînes, avec ses deux frères et tous ses- gentilshommes. Le reste fut mis à mort, sauf le petit nombre de ceux qui, reniant leur foi, consentirent » à entrer en mahommerie. »

Nous avions formé le projet d'aller à Suez. Aujourd'hui , grâce au chemin de fer qui vient de s'achever, c'est un voyage de quelques heures. A l'époque où j'étais au Caire (janvier 1858), la voie ferrée n'était encore posée qu'à moitié : il fallait faire le trajet à âne ou à chameau. Il y avait bien aussi les diligences qui faisaient le service de la malle de l'Inde ; mais c'étaient d'affreuses voitures , suspendues sur l'essieu , et qui, roulant tantôt dans le sable, tantôt à travers les pierres du désert , mettaient le courage des voyageurs à de rudes épreuves. Si Suez eût fortement tenté notre curiosité, ce n'étaient pas là des raisons à nous faire reculer. Mais Suez, si intéressant, en ce moment surtout, au point de vue scientifique, poHtique et commercial, est d'un intérêt presque nul au point de vue des monuments et de l'histoire. Nous renonçâmes donc à cette excursion.

C'est sur la route de Suez, à quelques lieues du Caire, que se trouve ce qu'on a appelé la forêt pétrifiée. La terre est, en plusieurs endroits, couverte de morceaux de bois , et même de troncs

d'arbres tout entiers à létat de pétrification. Y a-t-il en autrefois une forêt dans ce désert? Quelle cause Ta détruite, et en a ainsi solidifié les débris? Les savants n'ont là -dessus que des hypothèses ; mais le fait est curieux et incontestable.

L'Europe s'est beaucoup occupée, depuis \ingt ans, d'un grand ouvrage qui a été exécuté, par des ingénieurs européens, à la pointe du Delta, à l'endroit même oii le Nil se divise en deux branches principales, dont l'une court vers Damiette , et l'autre vers Rosette : c'est le fameux barrage du Nil. La première pensée en avait été conçue, dit-on, par Napoléon. Elle consistait à établir, à ce point où le fleuve se bifurque , une suite d'écluses qui permissent de retenir à volonté et d'élever les eaux , de façon à les déverser à droite et à gauche dans de vastes canaux d'irrigation qui devaient ensuite les distribuer sur toute la surface du Delta. Par là on suppléait, au moins pour la basse Egypte, à l'insuffisance de l'inondation , dans les années où elle n'atteint

pas le niveau moyen. On espérait aussi, même en cas d'inondation normale , exliausser assez les eaux pour les faire refluer sur des terres qu'elles ne couvrent jamais dans l'état actuel des choses , et féconder ainsi des étendues considérables de terrain aujourd'hui stériles ou à peu près. Enfin le système d'irrigation continue devait permettre de développer ce qu'on appelle la culture riche, c'est-à-dire celle du tabac, du coton, do Tindipo et de la canne à sucre.

Ce travail, commencé par .Méhémet-Ali, a été presque achevé par lui. Des sommes énormes y ont été dépensées. Sous Abbas-Pacha, l'entreprise fut abandonnée, comme toutes les entreprises et les réformes de son aïeul. Aujourd'hui les travaux de construction sont à peu près terminés. La branche de gauche, ou de Rosette, a soixante-deux arches, sur une longueur totale de quatre cents mètres; celle de droite, ou de T)amiette, a soixante-cinq arches, et mesure cinq cent quinze mètres de longueur. De l'avis de tous les hommes de l'art, c'est une anivre très remarquable. Aïais elle n'en reste pas moins inache-

vée, partant inutile. Les écluses ne sont pas posées; et ceux qui connaissent l'Egypte et le pacha affirment qu'elles ne le seront jamais. Les mariniers du Nil se sont plaints de la gêne que le barrage apportait à la navigation du fleuve : plaintes absurdes , ou en tout cas singulièrement exagérées ; mais ce prétexte a suffi. On a abandonné les travaux ; et le pacha emploie son srgent , bien mieux selon ses goûts , à construire, à cette pointe du Delta, une citadelle grande à contenir vingt mille hommes , et de plus d'une lieue de circonférence. Plusieurs prétendent même que, n'était la crainte de ce qui se dirait en Europe, il serait fortement tenté de démolir le barrage pour en employer les matériaux à bâtir sa forteresse.

Dans les derniers jours que nous avons passés au Caire, nous sommes allés visiter une maison d'éducation et de refuge ouverte , dans cette ville, il y a quelques années, par des religieuses françaises. Si l'Orient peut être régénéré, si la civilisation européenne parvient à rendre un

souffle de vie à ce corps épuisé qui tombe en dissolution , c'est assurément par les écoles chrétiennes fondées depuis peu que cette régénération a le plus de chances de s'accomplir. On modifie malaisément les générations arrivées à l'âge d'homme : si vous voulez détruire dans les masses les préjugés et les antipathies de nationalité et de religion, préparer les esprits à des idées et à des mœurs meilleures, rendre, en un mol , un peuple accessible aux influences bienfaisantes d'une civilisation supérieure (et c'est par là sans doute qu'il faut commencer) , vous n'y parviendrez que par un seul moyen, l'éducation des jeunes générations. Aussi est-ce une œuvre éminemment civilisatrice et religieuse, que celle qu'ont entreprise et que continuent en Orient les diverses associations françaises vouées plus ou moins exclusivement à l'éducation , telles que les Lazaristes, les Frères de la Doctrine chrétienne, les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul et les Sœurs du Bon-Pasteur. A un autre point de vue, ces écoles méritent hautement d'être encouragées par la France : elles répandent parmi les populations

du Levant notre langue, nos idées, nos sciences, notre influence morale, en un mot; et, à défaut d'un intérêt plus élevé, l'intérêt politique seul conseillerait de les soutenir et de les développer. C'est du reste ce que tous les gouvernements ont compris , et c'est à quoi s'appliquent nos consuls avec un zèle qu'il faut louer.

En passant à Alexandrie, j'avais visité avec intérêt l'école que les Lazaristes y ont fondée. C'est un bel établissement, admirablement tenu, où deux cents petits garçons, de toute nation et de toute religion, reçoivent une instruction élémentaire et professionnelle , pour un grand nombre complètement gratuite. Depuis peu, les Frères de la Doctrine chrétienne ont ouvert dans la même ville une école semblable et qui n'est pas moins prospère. Enfin les Sœurs de Saint- Vincent -de -Paul y ont aussi une école de filles très-nombreuse , en même temps qu'un asile pour les -enfants trouvés.

Apprenant qu'il y a au Caire un établissement du même genre fondé par des religieuses du Bon- Pasteur, nous n'avons pas voulu quitter cette

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ville sans le visiter. La maison mère de la communauté du Bon-Pasteur est à Angers : il y avait pour nous, Angevins, un douhle intérêt à cette visite. Ajouterai-je que nous nous faisions presque un devoir de donner cette faible marque de sympathie à ces femmes admirables qui, à mille lieues de la France, avec un zèle que rien ne décourage, consument obscurément leur vie à répandre les bienfaits de l'éducation cf les limiières de la foi.

Les religieuses du Bon -Pasloiii- ont des élablissements dans le monde entier, à Oran, a Tripoli, à Smyrne , à Montréal, à Louisville , à Philadelphie. Celui du Caire est assurément un des mieux placés, et un de ceux qui sont appelés à faire le plus de bien. Dans celle grande capitale, (pii ne renferme pas moins de trois cent mille habitants, (pie de misères malciiolles et morales! Et je ne dis pas seulement dans la population musulmane, mais aussi parmi les Européens au nombre de trois ou cpuitre mille (|ui y icsident, gens de toute origine et souvent de peu de moralité; surtout parmi les Coptes, chrétiens sclu's-

matiques, nombreux en Egypte, et qui sont une race plus vicieuse et plus corrompue que les

La maison du Bon-Pasteur est située tout près du Mousky, presque en face de l'église catholique. Cette église, desservie par des religieux franciscains qui y ont adjoint une école de garçons , est construite depuis quatre ou cinq ans à peine : elle est simple, mais fort décente. Le culte s'y célèbre à la fois suivant le rite romain et suivant le rite arménien.

Les religieuses sont établies dans une maison particulière qu'elles ont achetée. Cette maison, bâtie par un riche négociant de Smyrne ou de Damas, est tout à fait dans le style oriental. Spacieuse et décorée avec luxe , elle peut passer pour un spécimen des belles maisons du Caire. Le hasard nous servait donc à souhait : nous avions cru ne faire qu'une visite de pieuse curiosité ; et il se trouvait que notre curiosité profane n'eût rien pu désirer de mieux pour étudier sur place les habitudes de la vie domestique et privée

des Orientaux. On nous promena avec un empressement cordial et une bonne grâce parfaite dans toutes les parties de la maison. Voici (jiielie est la disposition à peu près unifonue dos li;iltil;itions turques.

La porte d'entrée est généralement arrondie et ornée d'arabesques. Sur un des compartiments sculptés est écrite d'ordinaire ime inscription en arabe: « Il (Dieu) est le Créateur excellent, « l'Éternel. » Une sorte de corridor .sombre, et qui fait plusieurs détours pour empêcher que les passants ne voient du dehors , conduit à nne cour intérieure : il y a dans ce corridor des bancs adossés à la muraille, où se tiennent le portier et les domestiques. .\u milieu de la cour, est ordinairement un puits et une fontaine à jets et à cascades ; dans de petites niches, on cidtive quelquefois des arbustes et des fleurs.

Tout autour de cette cour sont disposés les principaux appartements. On entre d'aboid , au rez-de-chaussée, dans une vaste pièce aj)|)elée 7iKni(l(ir<ili : r'"esl rappartemeni on se lient d liahitndc le uKulre, cl ou il reçoit les hommes cpii

lui font visite. Le parquet est formé de losanges de marbre blanc et noir, ou de mosaïques de diverses couleurs. Les poutres du plafond, quelquefois peintes, quelquefois dorées, sont sculptées avec un art merveilleux : c'est une profusion d'ornements, d'arabesques, de dessins, souvent bizarres, toujours d'un très-bon goût et d'un effet charmant.

Les autres appartements qui s'ouvrent sur la cour sont destinés aux bains, au logement des domestiques et aux divers services de la maison. Les appartements supérieurs sont ceux du harem. Parmi ceux-ci, il y en a un qui est très-vaste, comme le mandarah, très-haut d'étage, et qui sert aussi aux réceptions des personnes distinguées. Des divans sont placés de chaque côté. On remarque à Tune des extrémités de cette grande salle, à mi-hauteur, une sorte de tribune ou de galerie fermée de treillages : c'est là que sont placés les musiciens et chanteurs appelés pour charmer les longs loisirs de la captivité des femmes. Au milieu de l'appartement et du centre d'une petite coupole à jour, pend un

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lustre ou une lanterne dont les faces sont ornées de sculptures en bois. Les hauts himhris sont on marbre, en mosaïque ou en marqueterie, .lobserve que les portes des appartements et celles des armoires ménagées çà et là dans la muraille, sont toujours formées de compartiments extrêmement petits : c'est une des nécessités du climat ; sous l'intluence des chaleurs de lelé, il paraît (pie les larges panneaux de bois se déjettent et se tordent comme des parchemins mis au feu.

Mais ce qui attire surtout et charme le regard , ce sont les délicieuses sculptures dont ces boiseries sont revêtues. Les fenêtres particulièrement M)nl de véritables bijoux : larges et faisant saillie sur la cour, elles sont fermées de tous côtés et lorincnt ces balcons dont jai parh' ailleurs, (jn'on ;q)|)(Hi' moucharabiehs. Ce mot veut dire l'iidroil ji<mr boire, et il vient de Tusage (pi'on avait de iiiacer dans les embrasures de ces croisées les cruchiporeuses qui contiennent leau, pour les y taire rafraîchir par ICNaiJoration. (Tcsl dans le- ilessins variés à rinliin des paiiiKNinx (lui Innicnl ces fenêtres, que se déploie lonic rinia^in.ilinii cl le

caprice des artistes égyptiens; on ne peut rien voir de plus délicat , de plus coquet , et le demi-jour mystérieux qui filtre à travers ces grillages finement découpés , éveille involontairement dans lesprit tous les souvenirs gracieux que nous a laissés la poésie orientale.

Une grande irrégularité règne dans la construction des maisons égyptiennes. Il n'y a pas deux appartements qui soient au même niveau, et on a toujours pour passer de l'un à l'autre une ou plusieurs marches à monter ou à descendre. Généralement ils sont très- hauts d'étage. L'été on couciie sur les terrasses. De cheminées, il n'y en a nulle part, et Ihiver on se chauffe, comme en Itahe, avec des brasero.

En voila assez sur les maisons turques; et jai hâte de revenir a nos bonnes religieuses , en leur demandant pjinlon de cette trop longue digression. Ce n'est pas sans peine qu'elles sont parvenues à installer leurs écoles dans une construction aussi irréguliere, et aussi mal appropriée à sa destiucition actuelle. Du niandarali situé au

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rez-de-chaussée, elles ont lliit leur chapelle; les plus grands des autres appartements ont été convertis en salles d'études ; le reste est occupé par les lits des pensionnaires et des malades. Pas un pouce de terrain n'est perdu; et une charité ingénieuse a tiré parti de tout poui- étendre ses bienfaits au plus grand nombre d'enfants possible.

Deux ou trois cents petites filles reçoivent, à divers titres, l'instruction élémentaire dans cet établissement : il y a les externes, dont les unes paient, dont la plupart sont reçues gratuitement; il y a les orphelines, recueillies et élevées dans la maison; il y a les enfants abandonnés ou chassés par leurs parents; il y a enfin les enfanttrouvés, et puis quelques pauvres |)etites négresses du Soudan ou du Darfour, vendues par leurs parents et rachetées par les missionnaires. Ce que j'admirais surtout, c'est la loleiance \iaiment évangélique (jui pr(''si(le ici à l'éducation cl a l'enseignement: ces enfants apparlieniienl a toutes les nations et à loules les sectes; callioliques, protestants, schismati(iues; grecs, arme-

niens, coptes; juifs même et musulmans; toutes les races , toutes les religions s'y coudoient et y vivent en paix , sans avoir à craindre d'autre propagande que celle de l'amour et de la charité. On comprend que cette réserve était une nécessité : le prosélytisme éloignerait infailliblement de l'école toutes les élèves libres et externes. Les enfants abandonnés sont seuls élevés dans la religion catholique. On enseigne à tous sans exception la langue française ; et c'est dans cette langue que se donne l'instruction élémentaire qui leur est distribuée.

C'est un fait bien connu (jne l'aptitude des Levantins pour les langues. Il n'est pas rare d'en trouver (jui parlent trois ou quatre langues avec facihté. Les enfants du Caire ont cette faculté à un haut point, et ils se rendent très-vite maîtres du français. Mais chez cette race, il semble que la mémoire se développe aux dépens des autres facultés : point de réflexion , peu de jugement , une certaine facilité superficielle , et au fond nulle force d'intelligence; voilà ce (pii paraît la caractériser, quant à l'esprit. Quant aux qualités mo-

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raies, beaucoup de douceur, de docililr; mais un fond d'insouciance qui semble presque incurable; je ne sais quelle indifférence du bien et du mal qui ferait quasi croire que, chez cette malheureuse race, le sens moral s'est altéré sous l'influence de la misère et de la servitude.

Une éducation forte pourrait atténuer ces défauts : mais que d'obstacles s'y opposent! que de causes malfaisantes contre -balancent l'influence de la maison du Bon-Pasteur! C'est d'abord celle de la famille, de ce milieu d'iiïnorancc, de brutalité, de mauvaises mœurs où la plupart de ces pauvres enfants sont nés et continuent de vivre. C'est surtout le peu de temps que dure pour eux la période d'éducation : les parents les retirent dés qu'ils savent quelque chose, et avant (pie d'autres habitudes morales aient pu prendre racine. ((Souvent, nous disent les sœurs, une de « nos élèves manquant à la classe du matin , nous (( nous enquérons d'elle à ses camarades. — Elle « s'est mariée hier, nous répondent-elles ( et il (( s'agit d'une petite fille de dix ou douze ans). (( Quelquefois c'est qu'elle a été seulement flan-

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(( cée : les liançaillos faites, elles ne remeltent « plus le pied à récole. »

Il est bien vrai qu'en Orient les femmes sont nubiles plus tôt que chez nous. Mais si la puberté est précoce , la raison ne l'est guère ; et sous le rapport du développement moral , ces jeunes filles ne sont nullement en avance sur les nôtres. La loi fixe une majorité, qui est l'âge de quinze ans pour les deux sexes; mais cette loi est tous les jours violée. Comme il n'y a pas d'état civil, rien ne garantit son exécution; et il suffit qu'une lille de neuf ans et un garçon de douze déclarent sous serment qu'ils sont nubiles, pour que les parents puissent les marier.

Une des choses qu'on enseigne avec le plus de soin dans ces écoles, non sans raison, c'est le travail manuel, le travail de l'aiguille. Les femmes d'Orient y sont généralement fort ignorantes : et pourtant , quelle plus grande ressource , quelle meilleure distraction que le goût et l'habitude de ces travaux , contre les ennuis de la vie claustrale que la plupart sont condamnées à mener?

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Malgré l'intelligence et la stricte économie avec lesquelles il est administré, l'établissement du Bon -Pasteur du Caire manque souvent de ressources, et les pauvres sœurs ont a lulteicontre des difficultés de plus d'une sorte. Il y a quelques années, lors de la grande cherté des blés, leur pénurie fut extrême; et elles ne durent de pouvoir nourrir tous leurs enfants qu'à l'intervention du docteur Clot-Bey, qui obtint pour elles du pacha une quantité assez considéi'able de froment. J'étais profondément louché du courage de ces saintes femmes et de la douce simplicité avec laquelle elles racontent leurs épreuves. Presque toutes ont plus ou moins souffert de l'influence du climat et des atteintes de l'ophthalmie. J'ai déjà eu occasion de dire que cette maladie est endémique en Egypte. La peste depuis longtemps ne s'y est pas montrée; mais l'ophthalmie y règne constamment et \ fait, surtout l'été, d'épouvantables ravages. A chaque pas, dans les rues du Caire , vous rencontrez des aveugles ou des borgnes La moitié de la jiopulation peut-être porte les marques de ce mal alfrcu.x ; et il y a,

dit -on, tel village du Delta où l'on ne trouverait pas un homme ayant gardé l'usage de ses deux yeux. Bien que les Européens soient moins exposés à cette maladie, ils n'y échappent guère si leur séjour en Egypte se prolonge.

Quelle est la cause qui détermine ces ophthalmies? On l'ignore, à bien dire. Ce nest pas l'ardeur du soleil, car bien d'autres contrées aussi chaudes en sont exemptes. Ce n'est pas l'action de la poussière , ni la réverbération de la lumière sur le sable, car dans le désert la même influence ne se fait pas sentir. Peut-être l'action des substances salpêtrées qui couvrent le sol en beaucoup d'endroits, et que soulève le vent, y estelle pour quelque chose. Mais on a lieu de croire que les rosées abondantes qui tombent toutes les nuits dans ce pays , et auxquelles on s'expose l'été en couchant sur les terrasses , sont la cause principale ou du moins une des causes les plus actives de cette terrible maladie.

Nous étions depuis deux mois en Egypte. L'époque fixée pour notre départ était arrivée. Déjà

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mon frère nous avait quittés, à In fin de janvier, pour se rendre en Palestine el de l;i à Constantinople. Un instant j'avais en la pensée de laccijinpagner; mais je me suis félicité depuis de ii avoir pas cédé à cette tentation. Ce n'est pas en liixcr qu'il faut faire le voyage de Syrie : il y a loin du climat du Caire à celui de Jérusalem. Drs chemins défoncés par les pluies ; des torrents gonflés et qu'on ne passe pas sans danger; des montagnes couvertes de neiges: voilà ce qu'il faut s'attendre à trouver en Palestine dans cette saison. Je sus bientôt que mon frère en avait fait la rnde expérience : il faillit rester dans les houes de Nazareth. Impossible de franchir le Liban, el d aller voirlialbek. A Smyrne, à Constanlinople, même climat, même abondance de pluies et de neiges.

Pour moi, j'avais résolu de revenir en Ki-ance par ritahe, et de passer à Naples et ;i Home les quelques semaines qui nous séparaient eiicdic dn printemps. J'eus moins à me repentir de celle détermination; et ponitant, c'eliiil li(i|> tôt (pnlter l'Egypte; c'élail trop tôt ;iller en ll;ilie.

Onoi (ju'il en soil . an commencemenl dn mois

de février, nous nous em])arquions à Alexandrie pour venir prendre à Malte les paquebots qui desservent la ligne d'Italie. La mer était grosse encore d'une tempête terrible qui avait éclaté sur les côtes de l'Asie Mineure et de la Syrie. La traversée fut fatigante. Nous étions partis un jour plus tard que le jour fixé par le règlement, à cause du mauvais temps. Retardés encore par l'état de la mer, nous craignions fort de n'arriver à Malte qu'après le départ du bateau de Naples; or, passer sur ce rocher toute une semaine pour attendre le paquebot suivant, n'était pas une perspective fort gaie. Peu s'en fallut, en effet, que nous n'eussions ce déboire. La Cité- Valette était en vue, quand tout à coup on signale un bateau à vapeur, sous pavillon français, qui file à l'horizon , le cap sur Messine. C'était le Philippe- AiiguHle, qui devait nous emmener. Heureusement on nous reconnaît , et le paquebot rentre dans le port pour nous prendre. Quelques heures après, et sans même mettre pied à terre . nous passions à bord du Philippe- Aiffjuste.

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Le lendemain, an joui-, on cnliail (laii> le détroit de Messine. Les petites nK.ntaL'-iK»^ (pii !.■ bordent des deux côtés étaient, sur prescjiic tdiitc leur hauteur, revêtues d'une légère rouclic de neige. Nous étions en Europe! et des notre premier pas en Europe, nous trouvions l'hiver et ses IViiuas. Où donc était noire soleil de LoïKp.or. et les montagnes roses du Nil , et ses forets de mimosas et de palmiers? Cette vue de la neige nous surprit comme un brusque et violent contraste. habitués aux splendeurs d'un ciel d'été, que nous quittions à peine , nous «mi reçûmes une impression de tristesse el cnininc nue sensation douloui'êuse.

La journée lut belle toutefois. On relâcha a Messine. Nous montâmes à San-Gregoi'io, |)etite église située sur une colline élevée et ddi'i Ton a une vue superbe. La \ille, au ba<, se (le|>l(iie en amphithéâtre. L'œil end)rasse lonle l'étendue du détroit, (pu court de droite à gauche |)areil à lui grand fleuve aux eaux forlenieiit a/nrees. Kn face et au delà , nous \ on ions le< in(Milagn(^s gracieuses

de la Calabre toutes blanches de neige. Un soleil éclatant brillait sur l'horizon ; mais la mer, mais le ciel , tout était froid ; cette lumière sans chaleur éclairait une nature sans vie; et, par moments, nous frissonnions sous la bise aiguë qui nous venait des montagnes.

Le soir, vers neuf heures, nous passions audevant des îles Lipari. La lune n'était pas encore levée; et nous voyions le StromboH s'allumer comme un fanal à l'horizon. De cinq minutes en cinq minutes, une aigrette de feu jaillissait du sommet da volcan , rouge comme une flamme d'incendie. La mer était paisible; dans le sillage du bateau à vapeur, des milliers d'étincelles phosphorescentes jailUssaient à chaque tour de roue ; et des lueurs bleuâtres couraient parmi les ondes soulevées et les écumes blanchissantes.

Nous arrivions à Naples le lendemain , de bonne heure. Je m'élance sur le pont, impatient de contempler cet admirable golfe, dont la beauté n'est surpassée que par celle du Bosphore. Amère déception! La pluie tombait fine et serrée; et la

EN KGVPTI-. },;3

Mlle inèiiio et le ()orl ou nous elions , foui (lis|)yraissait sous le voile (J'uii l)ionill;ir.l épais. Croyezmoi : si vous voulez visiter la hcllc lialie, attendez a\Til ou |jai-lez en septembre. Baïa et Castellamaiv veulent être vus avec leur Iraîclie paruie du pimtemps, ou revêtus des tons plus riches encore de l'automne: malgré ses orangers. .Sorrente, l'Iiivei-, perd la moitié de ses cliai-uios. Ln ciel gris et Iroid, un lioi-izoïi cliai'gr de nuages siéenl mal à cette nature gracieuse; ils \ «oulristeut l'àin,. l'Ins qu'ailleurs, parce qu'ils apportent a limagination plus de mcKîompte.

S'il vous faut seulement les douceurs d Un climat toujours tiède et toujours égal, vous les irouverez à Alger, a Madère, à Corfbu. )hu> m, durant les tristes mois de nohc hiver, vous Nouiez au\ beautés de la naiure et aux sourires du ciel unii' le spectacle de grandes dioses et l'émotion de grands souvenirs, l'Egypte seule peut vous olTrir ce rare cl merveilleux assemblage. De tous les voyages (pii >e peuxent faire dans l'ancien monde, il n'eu e>l pa>, ou peut le dn-e, (pu préseiitt' un attrait plus vif, un

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charme plus varié , un intérêt plus puissant. Pour moi, ce rapide passage en Orient, ce trop court séjour au Caire; cette navigation du Nil avec ses lenteurs et ses hasards, avec ses aspects mélancoliques et ses couchers de soleil incomparables ; ces bords fameux couverts des plus prodigieuses ruines; cette antique civilisation évoquée de la nuit des temps au pied du Sphinx et des obélisques de Karnac : tous ces spectacles , toutes ces émotions m'ont fait un trésor de sou venirs que je n'échangerais pour aucun autre.

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