CHAPITRE PREMIER
Hiver -un ciel sans soleil dans le Nord. - Brièveté du jour dans le Sud. - Telles nuits FfortIK ^ "eig! SU1'„laCÔte "o^égienne. - Christiansand. - Phare de Ferder. iK'ul Clmst.ama. - Brouillard. - Glace dans lefiord. - Christiania en hiver
Quel contraste entre l'été et l'hiver dans la belle péninsule Scandinave ! En décembre, au nord lointain, un ciel sans soleil plane sur le pays ; pour les jours de soleil continu en été, l'hiver en a autant où 1 astre n apparaît pas au-dessus de l'horizon. Durant cette période même a la fin de décembre, qui est la plus obscure, on peut, quand le temps est clair, lire sans lumière artificielle de onze heures du matin a une heure ; mais, si le ciel est nuageux, ou s'il neige, il faut allumer «ne lampe. La lune prend la place du soleil, les étoiles brillent de tout leur éclat, l'atmosphère est pure et claire, et le ciel d'un beau bleu. L aurore boréale fait jaillir ses flamboiements et ses jets de lumière jusqu au zénith ; il y a des jours où la tempête électrique se résume en une couronne de couleurs splendides présentant un spectacle inou-
J'ai voyagé en bien des pays, jusqu'aux tropiques, mais je n'ai jamais vu de nuits aussi admirables que celles de l'hiver dans le « Pays du soleil de minuit ». Les longs crépuscules, qui plus au sud confondent le soir avec le matin, sont remplacés ici par de longues nuits obscures et de courts jours.
Toute la nature semble plongée dans un profond sommeil : le ruisseau gazouillant a perdu la vois ; le cours d'eau turbulent est gelé ; les ondes des lacs, sur lesquelles pendant l'été jouent les rayons du soleil, ne courent plus sur les cailloux; des glaçons pendent sur les versants des montagnes et des ravins ; les rochers, sur lesquels en été l'eau tombe goutte à goutte, apparaissent comme des nappes de verre. Le pays se revêt d'un manteau de neige et les pins sont ses joyaux
d'hiver.
Les jours se suivent dans une atmosphère si calme, que pas un souffle de vent ne semble passer sur les collines ; mais à ces périodes de repos succède soudain un ciel sombre et menaçant qui amène de violentes tempêtes. Sur la côte norvégienne des orages effrayants et terribles fouettent la mer avec fureur et brisent les vagues en milliers de fragments sur les rivages déchirés et rocheux. Sous les coups d'un aquilon féroce, les sapins courbent leur tête et la neige des montagnes est balayée au loin à d'immenses hauteurs, cachant tout à
la vue.
Nous allons errer ensemble, ami lecteur, sur les montagnes couvertes de neige, les collines et les vallées, sur la glace des lacs, des rivières; emportés par les rennes, « rapides coursiers du Nord », nous suivrons les bords de la Baltique et nous nous avancerons jusqu'au vieux récif de l'Europe septentrionale, le cap Nord.
Par une triste journée de décembre, je longeai la côte norvégienne, faisant route pour Christiania. Le temps était très orageux; lèvent soufflait en rafales du sud-est; neige, grêle et grésil tombaient alternativement. Nous approchions de cette côte désolée qui aurait sûrement causé notre perte si nous y avions échoué. —Le steamer allait lentement; les yeux inquiets et attentifs du capitaine et du pilote ne quittaient pas la direction de la terre, et nous écoutions les grondements des récifs. A bord, nous avions pour passagers une douzaine de hardis capitaines norvégiens qui allaient chez eux passer les fêtes de Noël ;