M 1 G II A T 1 0 N S D K L E M M I N G S
les groseilles mûrissaient et les pommiers portaient des fruits en abondance.
Une fois encore, je faisais roule par les vallées transversales de la Gudbrandsdal par un temps superbe. J'allais doucement : car, à la fin de l'été, les chevaux sont presque fourbus. J'eu avais un qui, malgré tout ce que je fis pour l'amadouer, ne voulut pas avancer de plus de 3 milles par heure. Quand ils ont beaucoup voyagé, les chevaux des stations deviennent très rusés et ne font guère plus de 4 ou 5 milles à l'heure. Ils semblent se moquer du fouet inoffensif que l'on a donné au voyageur, lequel est bientôt fatigué de s'en servir en vain.
Mon principal objet, en venant si tard, était de voir les anciennes maisons de ferme. Dans quelques vallées, on arrachait les pommes de terre; hommes, femmes et enfants s'y employaient; on les assortissait à mesure qu'on les récoltait ; les plus petites étaient mises de côté pour les pourceaux, et les autres, étendues pour sécher, étaient mises à la cave. C'était un moment de forte occupation pour la femme du fermier et sa servante, vu le nombre de bouches de surcroît à nourrir.
Dans la vallée de Gudbrandsdal, les fermes varient considérablement de grandeur; les maisons ont un étage consistant en une chambre principale, deux plus petites et une maison pour les invités. Le peuple est pauvre; il est des gens qui ne possèdent ni terre ni vache, et qui sont obligés de travailler à la journée; cependant, je n'en ai jamais vu d'émaciés par la faim; ils sont forts et bien portants, quoique ne vivant que de pain grossier, de pommes de terre, de lait aigre et, de temps à autre, de beurre; rarement ils goûtent à la viande.
Le 13 septembre, nous eûmes un avant-coureur de l'hiver. Le vent souffla en ouragan et fut accompagné d'averses ; mais, vers la nuit, le ciel s'éclaircit tout à coup et le temps devint froid ; avant le coucher du soleil, la neige tomba. Trois hommes arrivèrent avec deux chariots portant des charrues, des haches et autres instruments aratoires; on les avait envoyés labourer quelques champs pour l'année suivante et rapporter à la ferme tout le beurre et le fromage produits pendant la saison, ainsi que d'autres articles que l'on ne pouvait laisser passer l'hiver au saeter. Ils portaient leurs meilleurs vêtements, désireux, à leur arrivée, de paraître le plus avantageusement possible devant les filles du saeter. L'un d'eux était très amoureux d'Ingeborg, qui ne semblait pas le payer
de retour. Ils ne perdirent point de temps et endossèrent leurs habits de travail; le soir, Ingeborg les laissa en possession du saeter et vint passer la nuit dans le nôtre.
Le lendemain malin, on ne voyait pas un nuage au ciel et l'air était calme; de grands glaçons pendaient aux toits des maisons, et, sur les bords du cours d'eau où l'eau était tranquille, la glace avait à peu près un demi-pouce d'épaisseur. Le jour suivant, le peu d'occupants qui restaient aux saeters retournèrent à leurs fermes. Je dis à contre-cœur adieu à Marit, Britte et Ingeborg, et je dirigeai mes pas du côté de la vallée.
Le nombre de lemmings (M y odes lemmus) que je rencontrai sur la roule et dans les montagnes était prodigieux; d'immenses quantités de ces rongeurs avaient été piétinées par les chevaux ou écrasées par les roues des véhicules ; en avançant, je marchais constamment sur eux. Ils ressemblent beaucoup au mulot; mais ils ont environ 5 à 6 pouces de long et sont d'un brun roux, rayé de noir, avec de gros corps et de courtes jambes. Deux fois déjà, dans mes voyages en Scandinavie, je les avais vus en nombre incalculable, couvrant de vastes étendues de terrain dans leur migration, du nord-ouest au sud-est, vers la mer, où il s'en noie des multitudes. Leurs migrations sont périodiques et partent toujours du nord ; ils vivent dans les montagnes et dans des trous ; rien ne les arrête dans leur marche, excepté des obstacles insurmontables. Où ils ont passé le pays est ravagé; ils dévorent l'herbe, la mousse, les feuilles et jusqu'aux branches du bouleau nain et du saule.
On voit plusieurs fermes dans la vallée de Selsdal, [très de sa jonction avec la Gudbrandsdal. Parmi les principales, on compte Ulsvold; à peine y étais-je installé, qu'on m'apporta de la bière dans un superbe hanap d'argent, héritage de famille depuis plusieurs générations. Pendant que je buvais, le docteur du district entra; il venait de parcourir une longue distance par une tempête épouvantable. Son arrivée mit toute la maison en mouvement. On lui apporta des bas pour remplacer les siens qui étaient mouillés, et on lui prépara une fasse de café. C'eût été manquer aux lois de l'hospitalité si on l'avait laissé partir sans lui offrir de quoi se rafraîchir.
La manière de faire la cour est des plus primitives en Scandinavie. Un soir, dans une ferme, nous lûmes réveillés par des coups frappés à la porte, et nous entendîmes une voix que nous reconnûmes pour être
^E co
■= CM
■= CNl