LE SIÈGE ET LA TABLE DU ROI
table, habituellement en simples planches, avec des bancs attachés au mur et quelques chaises de bois; ces chaises sont très anciennes et faites de troncs d'arbres (ainsi qu'on le voit par la planche de la page 305) de forme particulière; on s'en sert encore dans maints endroits.
La forme de cheminée la plus primitive après la rogovnstue fut appelée royooa. En face du trou, il y a une projection en maçonnerie, et, quand le bois est brûlé, on ramasse les braises dans un petit enfoncement, ce qui permet à la chaleur de rayonner dans la chambre. La rogovn est une pièce de maçonnerie ayant la hauteur d'un homme et assez grande pour permettre que l'on place un lit à côté.
Quand on veut chauffer la rogovnstue en hiver, on s'y prend de la manière suivante : le matin, on met dans le four une quantité convenable de bois ; préférablement des branches qui brûlent plus vivement et donnent plus tôt de la chaleur; le bois étant empilé avec soin, de manière à produire un bon tirage, la Jlamme sort bientôt par l'ouverture du four et monte le long du toit. Quand le bois est consumé, on assemble les lisons sur l'aire, comme nous venons de le dire. ' Ces rogovn exigent moins de combustible et on s'en sert près de la côte, où le bois est rare ; l'ildhus est plus commune clans l'intérieur des terres. Le perfectionnement qui vint ensuite, et il était grand, fut le foyer ouvert avec cheminée. On nomma cette forme peis, spis, ovn, grue mur, sten et skorsten, dans différentes parties du pays ; elle est ouverte et a un tuyau pour faire échapper la fumée.
En 1493, on procéda à une inspection de la ferme du roi dans le Jemtland, alors province norvégienne, et, dans le rapport qui en a été fait, on mentionne que le dernier tenant avait construit une nouvelle maison d'habitation avec skorsten (cheminée) et tout ce qui en dépend. Cette skorsten était sans doute la même que la peis d'à présent, établie dans la chambre journalière, servant pour faire la cuisine, pour chauffer el éclairer la pièce; c'est le plus ancien document que l'on ait trouvé sur un foyer de ce genre en Norvège. Ce foyer est placé à quelque dislance du mur et ouvert de deux côtés.
. Quelquefois on plaçait une peis dans la chambre de dessus, afin qu'en hiver les voyageurs pussent avoir chaud. Cette peis a la forme de la cheminée ouverte que l'on voit encore partout. On la plaçai! presque
toujours dans un coin de la chambre. Aucune autre forme ne donnerait autant de chaleur, mais elle consume une très grande quantité de bois. Dans les districts où le bois est rare, on a introduit des poêles en briques ou en fer. Le poêle en briques, dont nous avons parlé précédemment, est d'origine plus récente que la peis — probablement de quelques centaines d'années — et on s'en sert maintenant beaucoup en Suède. En général, les poêles en fer sont beaux; ils portent des figures représentant des sujets religieux; certains datent de l'année 1600 et on les emploie encore en hiver.
Dans une description de Hallingdal, il est constaté que, vers 1650, l'usage général dans ce district était d'habiter des maisons sans cheminée et n'ayant qu'un âlre. Le même document décrit une table avec des anneaux sur le côté, de manière à pouvoir la suspendre au mur quand on ne s'en servait pas; lorsque tout le monde était assis sur les bancs et que l'âtre se trouvait au milieu de la chambre, il y avait à peine assez d'espace pour une lubie fixe ; il est bien prouvé que l'on procédait ainsi par la saga, qui relate comment Asbjorn-Selsbane entra et blessa Thore-Sel pendant qu'il était ;issis en lace de la table haute, attendant le roi saint Olaf. La saga d'Olaf Kyrie, roi de Norvège, rapporte qu'autrefois le siège élevé du roi était au milieu du banc et que l'on tendait la coupe de bière par-dessus le feu qui brûlait sur l'âtre au milieu du plancher ; niais elle ajoute qu'il fut le- premier qui eut un siège élevé, pratiqué sur le banc faisant le tour de la pièce cl qu'il introduisit larogovn, de même que la coutume d'avoir des échansons debout près de la table. Anciennement, détail d'usage, quand le roi désirait faire honneur à quelqu'un en buvanl avec lui, de tendre la corne, à travers le feu, à la personne ainsi honorée.
Avec le temps, on construisit une autre maison que l'on appela nystue ou storstue (nouvelle maison ou grande maison), tandis (pie l'on nommait l'ancienne gammehtue ou dagligstue (vieille maison ou maison de tous les jours). Ainsi la famille avait une chambre séparée et la vieille maison ne servait que (tour la cuisine et pour les domestiques, etc. ; puis vint la, mode, en bien des districts, de construire un grand nombre île bâtiments pour les différents usages des fermes. Le matbod (office) était à l'origine une chambre où l'on conservait les vêtements et toute sorte de provisions ; les vêtements pendaient sous le toit.