‹ Un hiver en LaponieChapitre 133 sur 228 · AVALANCHES DE NEIGE · texte numérisé non relu

AVALANCHES DE NEIGE

1res grand nombre de maisons ; j'en ai compté trente-trois. Parmi ces maisons, j'ai vu un moulin à farine, trois écuries pour les chevaux, des élables pour le bétail et les moulons, deux remises à voitures, deux greniers, des chauffoirs pour l'eau qui doit servir à cuire le fourrage des bestiaux et à la buanderie, plusieurs granges ayant même trois étages, el une habitation pour les domestiques.

Une course d'environ quatre heures depuis Vaage me conduisit à Garmo, vieille ferme, non loin de laquelle, sur une langue de terre s'avançant dans le Vaage- Yand, se dresse l'ancienne église de Garmo. En face s'élèvent les monts de Skardhô avec quelques fermes à leur pied. Celle vieille église, qui a élé érigée à l'époque de saint Olaf, est construite en baliveaux et entourée d'un cimetière clos de murs ; la vue de ces madriers durcis par l'âge reporte aux temps où le christianisme commençait à poindre sur le pays.

Le roi Olaf traversa la rivière pour se rendre chez Thorgeir à Garmo, en Lom, et celui-ci, en signe de gratitude, construisit en cet endroit une église en mémoire du saint; les plus anciennes parties de l'église actuelle de Garmo en sont les restes. Elle était petite et les additions que l'on y a faites de temps en temps lui ont donné la forme d'une croix. Des débris de symboles catholiques romains en usage autrefois sont encore visibles. Parmi ces restes intéressants, j'ai vu un bracelet de fer que l'on dit avoir appartenu à saint Olaf; au-dessus de l'autel pendait un tableau représentant la Cène, avec les paroles du Sauveur lorsqu'il brisa le pain cl versa le vin.

Le plafond au-dessus de l'autel est peint en couleurs éclatantes el les murs sont décorés de vingt-deux tableaux illustrant différentes scènes de la vie du Christ. Les dates de ces tableaux vonl de 1 710 à 1 735 ; l'un porte celle de 1746 ; ils ont lous été offerts par différentes personnes. La portion la plus intéressante de l'édifice est celle qui a été construite en 1 13.0. Dans le cimetière reposent les cendres des ancêtres de

familles que j'ai visitées; leur lig le descendance date d'une époque

bien antérieure à celle où le sanctuaire chrétien fut construit. La vieille et historique ferme de Garmo appartient à l'un des descendants du vieux Thorgeir et date encore d'avant lui.

En quittant Garmo, la roule suit la vallée, vers l'église de Lom. à quelques milles plus loin. La vue était superbe. Le fond du vallon sem-

blait tout à t'ait plat et par moments offrait une étendue assez large ; on voyait de nombreux bancs de sable dans le lac. Dans l'éloignement, sur la rive gauche du lac, Loms-Horungen s'élevait à S, 500 pieds, ayant à sa base un bon nombre de fermes; plus loin à droite, le Loms-Eggen. C'est moins la hauteur de ces montagnes que leur massive grandeur qui émeut l'observateur.

Au pied du Loms-Eggen, sur une terrasse admirablement bien formée, on a élevé l'église de Lom à la jonction de la Haeverdal avec l'Olladal. Cette église esl faite en rondins et a une grande solidité; elle contient plusieurs tableaux,

Je fus cordialement reçu par le doyen, homme instruit qui parlait couramment anglais. Plusieurs amis étaient venus le voir. Notre hôte alla chercher des pipes qu'il offrit à ses convives, lesquels me parurent heureux de pouvoir fumer. Le temps étant très froid, on servit aussi des grogs. Les clames, qui travaillaient à l'aiguille pendant que nous causions, ne détestaient pas plus la fumée que l'odeur du tabac.

Le Loms-Eggen avance comme un puissant promontoire au-dessus de l'église de Lom. Sur son côté septentrional se trouve l'Olladal, qui n'est que la continuation à l'ouest des vallées de Vaage et de Lom, tandis que la Baeverdal, partant du même point, se dirige au sud.

Le temps était devenu subitemement, froid, aussi les surlouls épais me parurent-ils 1res agréables pendant mon trajet. Dans la vallée de Slvcaker, non loin de l'église, mon attention fut attirée par un côté de la montagne absolument nu; le doyen m'en donna, d'une voix émue, l'explication suivante :

« En 1868, l'hiver fut très rude, et, dans ce district, la neige tomba sans cesse pendant trois ou quatre semaines; sur les pentes et les sommets des montagnes, elle atteignit une épaisseur énorme et coupa toutes les communications. Le 8 février, le temps s'élant éçlairei el refroidi, une épouvantable avalanche descendit des montagnes, entraînant tout, terre, arbres, rochers, et ne laissant rien derrière elle. » [| me désigna alors un monceau de pierres qui marquait la place .l'une petite ferme balayée par l'avalanche; la famille entière, père, mère et deux enfants avaient été écrasés, el il n'était resté que ce las de rochers pour raconter l'histoire. Puis il ajouta : « J'appris l'accident peu d'heures après qu'il se fui produit; j'appelai à moi toute la population

l'NE REGION HISTORIQUE

mâle du district, je réunis tous les chevaux des termes et nous allâmes piocher pendant que d'autres veillaient, dans la crainte de nouvelles avalanches. Nous travaillâmes le samedi toute la journée et une partie du dimanche avant d'arriver aux ruines; mais gens et bétail, tout était mort. »

En continuant notre roule, le doyen me désigna encore d'autres ruines, restes d'une ferme emportée par l'avalanche; le chef de la famille était allé à Trondhjem, laissant sa femme et trois enfants au logis; quand il revint, il ne retrouva ni famille ni maison: une avalanche avait tout englouti, excepté sa mère, qui échappa miraculeusement à la mort. Dans une maison neuve, auprès des ruines, ce

Façade d'un ramloft, à Lôkkre.

malheureux vivait seul, pleurant ses chers défunts. Le doyen m'apprit encore qu'en Baeverdal deux personnes avaient été ensevelies sous la neige et il ajouta avec émotion : « Ce fut un sombre hiver pour nous; la douleur vint frapper à la porte de bien des ménages ! »

Il y a le long du lac une autre roule sur laquelle on peut aller en voilure jusqu'à Skaekcr, en se dirigeant à l'est par l'Olladal. On trouve des fermes jusqu'au lac Jurau. Un sentier mène aussi à Stryn, en Sogne. Quelques vallées extrêmement sauvages s'ouvrent dans l'Olta; les plus intéressantes sont la Limdcrdal et la Tundradal. Les lacs de la vallée d'Olta sont encaissés entre le Loms-Horungen et le Loms-E'^en.

Cette région est pleine de réminiscences historiques : ici, les habitants furent convertis au christianisme par saint Olaf. La visite de ce roi à Loin est ainsi décrite dans la saga d'Olaf : « Le roi passa la nuit

lTX H1VEJ1 EN LAPONIE

dans la ferme do B6, oit il ordonna des prêtres pour ce district ; puis il traversa la Loradal el arriva au sommet de Slava-Braekken, où il demeura quelque temps. Le roi, qui pouvait découvrir toute la vallée, s'écria : « Ce serait épouvantable d'être forcé de brûler ce beau pays ! » Puis il y descendit avec ses hommes, s'arrêta pour la nuit à la ferme de Naes et alla dormir dans un grenier. On dit qu'il y demeura cinq jours pour appeler devant lui le peuple de Loin, Vage el Hedalen; il envoya des messages ordonnant à tous de venir se faire baptiser el abjurer l'idolâtrie, sinon que leurs fermes seraient brûlées, à moins qu'ils ne voulussent tenter le sort des armes; il leur demanda en outre leurs fils

Derrière d'un ramloft, à Liïkkre.

eu otage, ce qu'ils devaient considérer comme un honneur et non comme une contrainte. On rapporte que presque tous les bouder vinrent trouver le roi el se réconcilièrent avec lui; cependant, ceux qui s'y refusèrent ne .s'enfuirent pas\ »

Sur la ferme de Naes, la maison dans laquelle saint Olaf dormit il y a plus de huit cent soixante ans existe encore; mais elle est bien changée. On la connaît aujourd'hui sous le nom de maison de Sainl-Olaf.

A la pointe de l'Otladal, qui prend ici le nom de vallée de Loin, le pays est bien habité. Parmi les vieilles fermes, on compte celle de Lokkre, où l'on voit le dernier ramloft qui ail été construit dans celle région. Ici, les escaliers qui y conduisent sont extérieurs; «le là, s'ouvre une porte dans une chambre à coucher, de même taille que celle du dessous.

Une région historique

La planche montre la piazza couverte en forme de corridor, particulière à tontes les maisons de la Gudbrandsdal, cachant les murs; mais la galerie inférieure est entièrement close. Du côté transversal le bâtiment est aussi fermé par une piazza à deux étages; des escaliers mènent au ramlofl. Le dessin représente la longueur de la structure, mais le mur en rondins du rez-de-chaussée est caché par un corridor extérieur avec mur parallèle n'ayant qu'une ouverture au milieu , qui laisse voir la porte de la maison; c'est un des traits les plus marquants des maisons de la Gudbrandsdal; cependant, elles sont généralement plus ou moins ouvertes et non avec un mur fermé comme celui-ci.

La maison, ou chambre journalière, est grande et haute, sans plafond. On voit sur la maîtresse poutre les lettres suivantes gravées dans le bois : E. R. S. (Esland Rolf's son — Esland fils de Rolf) 1769. La maison en son entier a 29 pieds de long, la piazza non comprise. On aperçoit à gauche de l'entrée un grand cabinet dont la maîtresse du logis se sert comme de buffet; à côté se trouve le siège d'honneur, avec un plus petit cabinet à gauche et au-dessus; c'est là que le maître conserve sous clef ses papiers. L'espace du mur audessus du siège est occupé par des rayons pour des livres, que, selon la vieille coutume, dans les occasions joyeuses, on recouvre d'une tenture lissée en couleurs vives. En Lom, cinq de ces tentures, avec des ligures bibliques, servent encore pour cet objet. Dans l'une d'elles, ou voit lissée l'année 1020. A côté du petit cabinet, il y a un banc attaché au mur et en face la grande table avec un autre banc.

Dans le coin de gauche se trouve le lit du maître, avec un siège Jixé à côté. Dans le coin de droite est la cheminée et de l'autre côté de la porte de la chambre à coucher un banc slalionnairc. Dans la chambre au-dessus du ramlofl est placé un lit ; quelques degrés y conduisent. En règle générale, dans les maisons les lits sont attachés au mur. Il y a souvent des maisons séparées servant de dorloirs poulies invités et contenant u\i office ou magasin au rez-de-chaussée et des chambres à coucher au-dessus.

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