SCÈNE Vif
PIMARD, s’essuyant le front.
A présent, Monsieur, je boirais bien un verre d’eau.
BROQUETIN, Irès-curieux.
Quand vous aurez fini.
PIMARD.
Oui, Monsieur... Depuis ce funeste voyage, je la voyais de jour en jour maigrir, blêmir, péricliter... En vain l’interrogeais-je, en vain la pressais-je... sur mon sein ; lorsque, mardi passé, à table... comme je lui servais du macaroni au gratin... qu’elle affectionne beaucoup... elle jette sa serviette en l’air, se précipite à mes pieds... comme au Gymnase... et me dit en sanglotant... comme au Gymnase... « Papa, mon cœur est pris! » — Pour qui? — Pour l’homme d’Issoudun! — L’homme au » chien, m’écriai-je... c’est impossible 1 — Comme vous vou- » drez, papa ; mais j’en mourrai 1... » — A ces mots, je bondis, je renverse la table, en m’écriant avec douceur : « Mais tu n’y » penses pas, ma fille !... Moi qui, dès avant ta naissance, avais » promis ta main au neveu d’un papetier de mes amis... décédé depuis dix ans, sans me laisser son adresse... »
FÜMADEt, à part.
Un papetier!
« Réfléchis!... au nom de la logique! on ne s’éprend pas
comme ça du premier vagabond mouillé qui vous rapporte
un barbet!... c’est un service qui vaut tout au plus quinze » sous... bien payé... et note qu’il m’a abîmé un gilet neuf de » treize francs cinquante... je ne vois rien là de nature à » incendier un cœur. Explique-toi! »
BROQUETIX.
Beau discours!
PIMARD.
Elle ne m’expliqua rien!... elle était syncopée!... Et moi, placé dans cette dure alternative ou de voir périr mon enfant ou de faire ma valise... j’ai fait cette dernière et je viens me jeter dans vos bras, en vous disant d’une voix chevrotante Où est-il, Monsieur? où est-il. Monsieur?
rroquetix.
Qui ça 9
Cet inconnu... ce commissionnaire... cet Auvergnat, sans doute... car je n’ose espérer que ce soit un notaire ou un banquier... jo le préférerais... mais je n’y compte pas... Le COnnaisSeZ-VOUS? (I-ca trois acheteurs sortent un peu de leur cache“e.)
FUMADEL, sc levant fiévreux, A part.
Il me cherche!
BROQCETIN.
Qu’en voulez-vous faire?
riMAHD.
L’étrangler I si je m’écoutais... (Fumadel sc rassied vivement. Le» trois acheteurs se recachent.) Mais je SUIS père...
BROQUETIN.
Donc, par conséquent?... (Les acheteurs sc montrent de nouveau.)
PIMARD.
Vous demander quelques renseignements sur sa moralité et, s’il possède quelques vertus domestiques .. lui donner ma fille avec trente-deux mille francs de dot.
BItOQUETIN, vivement et hors de lui.
Comment dites- vous ça ?
PIMARD.
Trente-deux mille francs.
TOUS, s’élançant vers Pimard.
Bigre ! ! !
BROQUETW.
Monsieur, c’est moi !... (Les trois acheteurs s’arrêtent,)
P1MARD, avec la plus grande surprise.
Ah bah !
FUMADEL, arrêté tout à coup dans son élan, il part.
Brigand !
BROQUETIH, avec sentiment.
C'est moi !
PIMARD.
Je ne m’y attendais pas... du premier coup dans une ville de dix mille âmes... Quelle chance I... (Appelant.) Ma fille!* (àFuraadel qui, très-ébouriffé, est venu se placer devant lui.) Ce n’est pas VOUS que j’appelle... (Il passe près de Broquetin.)** Ma fille !...
PREMIER ACHETEUR, avec empressement, à Pimard.
Monsieur... un mot!
FUMADEL, arrêtant Piraard.
Permettez !
LES AUTRES ACHETEURS, entourant Pimard.
Un mot!...
BROQUETIS, h part.
Nous ont-ils entendus?
PIMARD, cherchant k se dégager.
Ah çàl mais... j’ai tous ces gens-là après moi!... Qu’cst-c
Broquetin. Fumadel, Pimard.
** BroqueliD, Pimard, Fumadel.