SCÈNE XIV
FÜMADEL, PIMARD.
FUMADEL, descendant l’escalier de sa chambre en grande tenue, habit vert, cravate jaune, gants verts. — A part.
Elle m'a engagé à me révéler à son papa!... j’ai fait un bout de toilette... (Haut, en s’approchant de Pimard.) Monsieur...
PIMARD, brusquement.
Qu’est-ce que VOUS me voulez? (Il passe à gauche en traversant devant Fumadel, et va poser sa canne et son chapeau sur le pupitre à la TroncheL) FÜMADEL,* très-mielleux.
Monsieur... mon père était des environs de la rue Mouffetard...
PIMARD.
Qu’est-ce que ça me fait?
FUMADEL.
Il ne m’a pas laissé de fortune...
PIMARD.
Qu’est-ce que ça me fait? Répondez à ça!...
FUMADEL.
11 ne m’a pas donné d’éducation...
C'est visible. Mais qu'est-ce que ça me fait, jeune étranger?
FUMADEL.
A quinze ans, ma famille me destinant au commerce, je fis choix de la spécialité des mirlitons...
P1MAP.D, à part.
Ah çà! mais... est-ce qu’il va continuer longtemps?
Pimard, Fumadel.
FUMADEL, s'interrompant.
Pardon, Monsieur... j’ai l’air de vous fatiguer?
PIMARD.
Énormément.
FUMADEL.
Alors, j’abrège.— Monsieur, le hasard m’a fait saisir quelques bribes de votre sémillant récit...
PIMARD, se retournant vivement.
Hé?
Vous cherchez quelqu’un...
PIMARD, le fixant, à part.
Ah! ah! toi aussi?... lui quoque!
FUMADEL, souriant et avec confiance.
Eh bien, Monsieur, ce quelqu’un, je le connais... (Sans rien
lui répondre, Pirnard lui fait un geste comme pour lui dire : Attendez! puis il va remettre son chapeau et reprendre sa canne.)
PIMARD, revenant près de Fumadel, jouant avec sa canne et très-attentif.
A présent, je vous écoute avec le plus vif intérêt... allez!...
FUMADEL, regardant la canne.
Le 26 août... à neuf heures du soir... par une plufe torrentielle... (a part.) Pourquoi diable a-t-il pris sa canne?
PIMARD. \
Marchez!... marchez!... je ne perds pas un mot... (n agite sa
canne.)
FUMADEL.
Par une pluie torrentielle... ie 26 août... — Voulez-vous que je vous débarrasse de votre canneî... •
PIMARD.
Non, merci... elle me tient chaud '...—Nous disons: torrentielle... ne VOUS troublez pas... (Il faittourner sa canne.)
FUMADEL.
Vous ai-je dit que c’était sur la grande route ?
Non, mais je l’apprendrai avec plaisir.
FUMADEL.
Si vous vouliez ne pas tourner votre canne comme ça... ça m’affadit le cœur...
p:mard.
Qu’importe!... Poursuis ton agreste récitl (n agite toujours sa
canne.)
FUMADEL, de plus en plus trouble.
Eh bien, Monsieur, vous êtes père... vous avez une fille...
PIMARD.
Et une canne.