COMTE D'ORSAY
Pierre-Gaspard-Marie Grimod, comte d'Orsay en Lorraine et seigneur d'Orsay près Paris, né le 14 décembre 4748, avait épousé à la fin de 4770, étant capitaine au régiment de Lorraine-dragons, Marie-Louise-Albertine- Amélie, née princesse de Croy et du Saint-Empire, qui mourut en couches, laissant un fils nommé Jean-François-Louis-Marie- Albert-Gaspard, né le 49 mai 4772 à Paris. Pierre-Gaspard se remaria, en 4784, avec Marie- Anne de Hohenlohe. Cette union, qui lui créa d'importants intérêts en Allemagne (il était comte et personnaliste de l'Empire), nécessita de fréquents séjours dans ce pays. A partir du mois d'octobre 4787, il résida assez longuement à Francfort avec sa famille. Pendant ce temps, son fils du premier lit faisait ses études à l'Université de Strasbourg; on a la preuve de son séjour dans
1. Un forte-piano organisé de J. Zumpe, an même millésime, existe au musée du Conservatoire. — L'inscription complète porte : Johannes Zumpe et Buntebart. Londini fecerunt t 1774, Princess street, Hanover square.
cette ville de 4785 à 4788. Dès le commencement de la Révolution, le comte d'Orsay et son fils ne quittèrent plus leurs possessions d'Allemagne; ils prétendirent même plus tard, dans l'intérêt de leur cause, s'y être fixés définitivement dès Tannée 4787. Tous deux furent inscrits sur les listes d'émigrés de Paris et des départements où. ils avaient des propriétés. Sous le Directoire, ils firent faire des démarches par un fondé de pouvoirs pour obtenir leur radiation, arguant que leur absence ne devait pas être réputée émigration. Comme pièce à l'appui, ils produisirent un certificat, signé de quatorze habitants notables du quartier où se trouvait leur hôtel à Paris, portant que « Pierre-Gaspard-Marie a constamment demeuré dans Tune de ses maisons, rue de Varennes, n° 667, division de l'Ouest, ci-devant du Bonnet-Bouge, jusqu'en 4787 qu'il est parti avec sa femme et ses enfants pour aller fixer sa demeure en Allemagne, où il est resté depuis ». Cette pièce du 15 messidor an IV et d'autres fournies par les demandeurs furent jugées fausses ou insuffisantes par les commissaires chargés d'examiner cette affaire, et un arrêté rendu en conséquence par le Directoire, le 3 floréal an VI, maintint le comte d'Orsay sur la liste. Son fils voulut rentrer en France sans autorisation l'année suivante. A son arrivée à Paris, il fut arrêté et mis en prison, et après une procédure de quelques mois son maintien sur la liste fut également prononcé le 27 pluviôse an VII. Une nouvelle demande en radiation fut introduite sous le Consulat, et elle aboutit à un meilleur résultat, mais non sans difficultés. Il y a au dossier des lettres de recommandations pressantes du général Junot au Premier Consul ; une lettre du général Moreau au ministre de la police, du 22 brumaire anX, portant qu'il s'intéresse vivement à la réussite de cette affaire, et le priant de faire le plus promptement possible son rapport au gouvernement. Enfin la radiation définitive fut accordée au père et au fils à la fin de l'année 1802 ou au commencement de 1803. (Arch. nat. y F 7 5732 : dossier volumineux, au nom de Grimod d'Orsay.)
Les papiers saisis à l'hôtel de la rue de Varenne quand l'émigration du comte d'Orsay fut constatée sont maintenant conservés aux Archives sous les cotes T. 187, 1 à 8. Ce sont principalement des titres de propriété et des correspondances d'affaires. Le riche chartrier de la seigneurie d'Orsay près Paris fut aussi confisqué et transporté au chef-lieu du district; il fait partie des archives du département de Seine-et-Oise, à la préfecture de Versailles.
Sous la Restauration, Albert Grimod, comte d'Orsay, le fils du premier lit de Pierre-Gaspard, fut créé lieutenant général des armées du roi; il était marié à Éléonore, baronne de Franquomont. Une de leurs filles épousa, en 1818, le duc do Gramont.