MARBEUF
Ce nom de Marbeuf reviendra deux fois encore dans le présent inventaire (ci-dessous n M LXXVl et LXXVIII). Comme la marquise de Marbeuf, dont il est question en ces deux endroits, possédait plusieurs maisons à Paris, on pourrait supposer qu'il s'agit ici d'instruments déjà saisis dans l'un de ses hôtels non spécifié. Mais l'hypothèse pourrait aussi ne pas se trouver justifiée; car la Liste générale des émigrés du département de Paris renferme, à la date d'octobre 1793, un personnage de ce nom différent de la marquise : c'est la veuve de Louis-Charles-René, comte de Marbeuf, né à Rennes le 4 octobre 4742, mort à Bastia le 20 septembre 4786, oncle du marquis. 11 avait été envoyé en Corse en 4762 pour occuper l'île au nom des Génois, qui la cédèrent à la France (4768), et, après la retraite de Paoli en Angleterre (juin 4769), il resta chargé de l'administration du pays, où il protégea tout particulièrement la famille Bonaparte. Le comte de Marbeuf avait épousé en secondes noces Catherine-Salingerra- Antoinette de Gayardon de Fenoyl. Dans un acte officiel du 5 mai 4794, elle est dite veuve du comte de Marbeuf, seigneur du marquisat de son nom dans rite de Corse, « premier gentilhomme de la chambre du feu roi de Pologne, lieutenant général des armées
du Roi et de l'île de Corse, commandant en chef dans cette île et grand'croix de Tordre royal et militaire de Saint-Louis, ladite dame locataire d'un hôtel rue de la Planche, faubourg Saint-Germain, n° 100, y demeurant ». (Arch. nat., T. 784 : dossier de titres de propriétés et de procédures de la comtesse de Marbeuf saisis à ce domicile.) 11 existe dans le môme dépôt, fonds de la Police, un autre dossier de pièces produites par la comtesse de Marbeuf pour se faire rayer de la liste des émigrés. On y voit qu'elle était née à Paris, qu'elle était âgée de trente-deux ans en l'an V (1797), qu'elle était propriétaire rue de Grenelle-Saint-Germain, n° 384, d'un hôtel qu'elle n'avait jamais habité ni loué. Pendant la Terreur, la comtesse de Marbeuf s'était réfugiée dans une de ses terres à Apinac (département de la Loire), où elle fut informée, en l'an III, que ses biens avaient été séquestrés puis vendus à Paris. Elle adressa alors une réclamation à la municipalité d'Apinac, prétendant qu'on l'avait confondue avec la feue marquise de Marbeuf née Michel (Voy. ci-dessous, n° LXXVI), et demandant un certificat de résidence pour prouver qu'elle n'avait pas quitté sa patrie. Ce certificat, joint aux autres pièces, porte que la citoyenne Marbeuf a demeuré continuellement dans cette localité depuis le 46 février 4792 jusqu'au 3 thermidor an V. Un arrêté du département de la Seine du 3 nivôse an VIII (24 déc. 4799) accorda à la comtesse de Marbeut sa radiation provisoire. Au dossier est jointe une lettre de recommandation de Lucien Bonaparte, du 19 messidor an VII (F 7 5 730).