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L. Pillaut, loc. cit

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tous les clavecins. Déjà leur mérite avait pénétré en Allemagne et jusqu'en Russie.

Pour être moins nombreuses que les clavecins énumérés dans le relevé de Bruni, les harpes y occupaient une place importante. La richesse des ors et la sculpture des modèles qui nous sont parvenus attestaient l'excellence de la main d'œuvre des Cousineau, des Naderman et des Érard, facteurs hors de pair.

La harpe, instrument essentiellement féminin, jouissait d'une faveur marquée à la cour de Louis XVI et était pour la Reine l'objet d'un goût passionné. (V. Appendice.)

On lit dans les mémoires de Papillon de la Ferté, intendant et contrôleur de l'argenterie, menus-plaisirs et affaires de la chambre du Roy, que la Reine Marie-Antoinette avait ordonné aux Menus de payer 800 livres au sieur Hinner, son joueur de harpe, pour aller se perfectionner dans son art en Italie. (31 juillet 1777.)

Ce goût pour l'antique instrument datait de loin, et nous avons relevé aux Archives Nationales deux curieuses quittances, datées des années 1401 et 1416; elles sont signées du sieur Lorens du Hest, luthier, faiseur de harpes de la duchesse de Visconti, femme de Louis, duc d'Orléans. C'est un mémoire, d'un style naïf, donnant le détail minutieux de réparations faites à une harpe; puis un compte d'achat de cordes livrées par un certain Jahan de Lige à diverses clientes de qualité (1415-1417). Voilà des parchemins bien établis 1 .

Beaucoup plus près de nous, et au point de vue de la virtuosité instrumentale, la harpe fut mise en véritable valeur par Krumpholtz. D'autres artistes vinrent ensuite qui, grâce à l'intelligente collaboration d'Érard, en transformèrent le mécanisme : Naderman, Cousineau, Dalvimare, Bochsa, Labarre, en attendant le célèbre Godefroy, furent successivement les favoris du public.

i. Compte des menus-plaisirs de la reine Isabeau de Bavière depuis le l* r mars 1415 au 10 avril 1417. — Ch. Dépenses, archives du Roy. — K. 2701.

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Cousineau, professeur de harpe de la Reine Marie-Antoinette et fournisseur de la Cour, avait surtout perfectionné le pédalier. Musicien et exécutant habile, il occupa longtemps la place de harpiste à l'Académie royale de Musique. C'est dans le modeste magasin de Cousineau, rue des Poulies-Saint-Honoré, que fut déposé, lors de son arrivée à Paris, le superbe violoncelle de Stradivarius, acquis d'abord par Duport, puis, de nos jours, par Franchomme. Nous avons eu occasion de rappeler ailleurs la singulière fortune de ce bel instrument. La religion des souvenirs parait l'avoir fixé dans la famille du regretté violoncelliste 1 .

Malgré les lacunes des indications fournies par Bruni, nous avons dû rechercher l'identification des instruments visés dans son inventaire. Le musée du Conservatoire de Musique, celui de Cluny, le Conservatoire desArts-et-Métiers, devaient successivement attirer notre attention ; le résultat de l'enquête n'a pas répondu à notre attente, mais nous avons relevé dans ces derniers établissements des instruments de musique dont la place serait plus justifiée au musée de la rue Bergère.

En ce qui concerne notre Conservatoire, on se demande comment le dépôt des Menus n'a pas été la base primitive de la collection actuelle; comment surtout cette importante concentration d'instruments a pu disparaître malgré la surveillance qui entoure d'ordinaire un dépôt public?... — Y a-t-il eu destruction totale, dispersion, abus de confiance, achats à vil prix du fait des marchands, dont l'instinct est toujours en éveil, dans les temps troublés? Autant de questions à résoudre.

On a prétendu qu'il y avait pu avoir versement dans d'autres dépôts, à l'abbaye Saint-Martin par exemple (aujourd'hui le Conservatoire des Arts-et-Métiers). Mais les instruments qui figurent au catalogue n'ont pas été visés par Bruni : presque tous ont

\. Les Instruments des Écoles italiennes, catalogue suivi de notes sur les principaux maîtres. Paris, chez Gand et Bernard el frères.

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été l'objet d'acquisitions de M. du Sommerard père, et quelques autres offerts au Musée par de généreux donateurs.

Nous citerons, par exemple, le clavecin à double clavier, avec gaîne richement décorée de peintures sur fond d'or, sur pied à balustre, avec entrejambes en bois sculpté à jour et doré. La bande est ornée de fleurs et de fruits (époque Louis XIV) : c'est un don de M. F. Boissard deBoisdenier(n° 7002); le grand clavecin à pédales à registres de Johachim Swanem (1786), don de M. Viret; un piano de J. K. Mercken (4770) f , don de M. Labouffetière ; un autre piano de Zumpe et Bruntebart (Londres, 1778), de la collection du Sommerard; un clavecin de Richard, à quatre jeux différents (1752); un ancien piano, dit : Clavecin du Iioi(?) f (n° 28 du catalogue); une jolie guitare incrustée d'ivoire avec manche orné d'arabesques en incrustation, signé par Alexandre Roboam (1682\ don de M. Chabanne (n°7006); un violon de Nicolas Amati, légué par testament au Musée par M. Arthur Fussier.

Rappelons, pour mémoire, une contre-basse de viole, d'un bois assez pauvre, à volute grossière, et dont les ffsonV dessinés comme ceux du violon. Le catalogue et l'inventaire, plus complet, auquel nous nous sommes reporté, n'indiquent ni l'origine ni la date d'entrée dans les galeries des Arts-et-Métiers.

Les collections de Cluny nous offrent encore d'autres instruments intéressants, qui seraient mieux placés, à coup sûr, au Conservatoire de la rue Bergère. Ajoutons que le catalogue du Musée de Cluny, dont la rédaction, pour cette partie très spéciale, date du transfert des collections du Sommerard à l'État, présente de nombreuses erreurs de désignation : tel le n° 7004, signalant comme mandoline un grand archiluth italien à manche incrusté de nacre (oiseaux, rinceaux et fleurs); tel le n° 7006, enregistrant également comme mandoline une simple guitare; plus loin, de charmants thêorbes italiens du xvii* siècle, dans leur boîte du

1. Ce piano figure à l'Exposition de 1889. (Prêt du Conservatoire des Arts-et- Métiers. ï

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temps (n os 7008 et 7009), n'échappent pas à cette dénomination de mandoline. Il faut citer encore un joli luth petit modèle (n° 7 OU), incrusté d'ivoire, travail italien du temps de Louis XIII, avec sa gaîne en veau fauve, doré et richement décoré de fleurs de lys, et non en cuir, comme l'indique le catalogue.

Une nouvelle édition revue par le savant conservateur M. Darcel fera disparaître ces erreurs, assurément légères, mais regrettables dans une collection publique.

En résumé, notre visite à Cluny s'est traduite par un désappointement au point de vue de nos recherches, et un sentiment de convoitise en reportant notre pensée vers le musée de la rue Bergère, si maigrement doté pour des acquisitions nouvelles. L'adjonction au fonds actuel des instruments cités plus haut permettrait à la collection française, sinon de lutter avec le musée anglais déjà si riche, du moins de faire meilleure figure, grâce à une concentration d'instruments d'une main-d'œuvre en majorité française.

En promulguant la loi du 3 août 1795 (16 thermidor an III), la Convention nationale avait décidé qu'on doterait le Conservatoire de musique d'une bibliothèque composée d'une collection complète des partitions et ouvrages relatifs à la musique et d'une collection d'instruments antiques ou étrangers à nos usages qui pourraient, par leur fonctionnement, servir de modèles. On sait que la bibliothèque seule fut fondée. Depuis sa création, la richesse de son fonds n'a fait que se développer.

L'acquisition par l'État des 320 instruments réunis par Clapisson, — malheureusement sans indications d'origine, — détermina l'installation de la galerie actuelle. On y avait joint, il est vrai, quelques numéros sans grande valeur, mais il est difficile de les attribuer au dépôt des Menus. Grâce à des achats postérieurs et à des libéralités d'amateurs, on est arrivé au chiffre de 1 200 instruments divers. Aucun d'eux ne nous a paru compris dans l'énumération de Bruni.

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Les clavecins, sous les n 09 221, 222 et 223, sont des instruments distingués, le n° 222 surtout; il est signé Ruckers. Le catalogue attribue le panneau à Brauwer ou Téniers le Jeune, le couvercle à Paul Bril. On peut regretter que ce clavecin ait été agrandi et remanié. C'était là le péché mignon de Clapisson. Quoi qu'il en soit, plusieurs de ces clavecins sont des instruments hors ligne; ils doivent sortir de bonnes maisons. Nous ne voyons pas qu'ils aient été visés dans le procès-verbal qui nous occupe.

Les collections belges de l'Exposition internationale de 1878, pour la partie rétrospective, devaient aussi plus particulièrement attirer notre attention. Au temps de la grande épouvante, le voisinage était tentant. Nous avons dit le manque de surveillance des premiers dépôts et les détournements qui en furent la conséquence. Ici encore, les éléments d'identification ont fait défaut.

Les richesses instrumentales du Kensington-Museum ont été notre dernière étape. En ce qui concerne les violons, les violoncelles, les altos et les violes, il est certain que le goût français avait tenu en honneur les maîtres italiens dès les premières années du xviii 6 siècle, et que l'Angleterre, et plus récemment encore l'Amérique, nous ont suivis dans cette recherche. Reconnaissons que depuis vingt ans le zèle de nos voisins nous a singulièrement distancés! C'est ainsi que la dernière exposition du Kensington- Museum, grâce surtout à de nombreux prêts d'amateurs anglais, a pu présenter la plus riche collection instrumentale connue. Ces instruments d'une rare distinction sont fixés désormais dans ces collections étrangères, et il suffit de parcourir le catalogue du musée anglais pour voir que les premières places appartiennent à la main-d'œuvre française. Tel le n° 3, Clavecin de Pascal Taskïa (1786) : le coffre est décoré de figures japonaises largement dorées; le clavier inférieur est en ébène, le clavier supérieur en ivoire (5 octaves 1/2). Tel le n° 6, qui, d'après le catalogue, aurait appartenu à la Reine Marie-Antoinette; il est daté de 1612 et

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n'a d'autre inscription qu'une mention de réparation par P. Taskm ; Paris, 1774. Les peintures représentent des scènes du temps de Louis XIV, par Van der fyfeulen.

Si Bruni avait donné un aperçu, même superficiel, de ces deux instruments, leur identité devenait facile à établir. Nous ne pouvons que regretter le laconisme de l'expert.

La famille des instruments à vent : les flûtes, les hautbois, les clarinettes; les vielles et les harpes, — surtout celles placées sous les numéros 232 à 235, — sont d'une grande allure. La première, dans le style de Goutière, est feuillagée de chêne et ornée, sur le pied de la colonne, d'une figure de Cupidon; la seconde présente des amours enguirlandés de festons et d'arabesques; la troisième, signée de Cousineau, aurait appartenu à la Reine Marie- Antoinette. N'oublions pas les pochettes, qui sont pour la plupart de facture française. — A ce propos, Hart, dans son intéressante monographie du Violon et des Luthiers célèbres, rappelle qu'un gentilhomme irlandais habitant Paris avait formé une curieuse collection de pochettes françaises qui réunissaient les différents types connus.

Pour terminer le chapitre des emprunts du musée anglais au fonds français, notons les Viola da Gamba (n os 170 à 172), montées à sept cordes, suivant les principes du célèbre violiste Marais. On voit qu'au point de vue des origines, un chercheur trouverait au Kensington la matière d'une étude rétrospective assez complète. Comme Gustave Chouquet, le regrettable conservateur de notre musée instrumental, nous avons reculé devant les incertitudes et les difficultés de plus d'un genre que l'enquête présentait. Cette monographie pourra tenter un jour des critiques mieux armés.

L'identification des émigrés et des condamnés cités par Bruni nous amenait à de nombreuses recherches. Toutes n'étaient pas aussi simples qu'on pouvait le croire : il y avait lieu, de se reporter aux archives du Tribunal révolutionnaire, aux dossiers du Comité de Sûreté générale, à ceux de la police du Directoire et

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du Consulat, et, en face de tous ces noms trop souvent défigurés par le copiste, d'adresses domiciliaires erronées, de titres et de qualités volontairement supprimés, nous aurions été plus d'une fois sur le point d'abandonner ces notices biographiques, si nous n'avions rencontré dans M. P. Guérin, des Archives Nationales, un concours aussi précieux qu'autorisé. Qu'il nous permette de le remercier ici tout particulièrement.

Enfin, pour compléter cet aperçu rétrospectif, y avait-il lieu de joindre des renseignements techniques aux noms des facteurs de clavecins et des luthiers enregistrés par Bruni? Pour quelquesuns nous l'avons fait; mais ces indications devaient être succinctes, sous peine de reproduire des renseignements déjà donnés par nous dans d'autres publications. Pour un plus ample informé, nous renvoyons le lecteur aux ouvrages spéciaux, au Dictionnaire de Fétis, et aux intéressantes recherches de MM. Hart et Vidal sur la lutherie ancienne et moderne. On trouvera dans ces monographies d'abondantes notices sur Stradivarius, Amati, Ruckers et autres facteurs célèbres.

Peut-être nous sommes-nous mépris sur l'importance de la pièce de nos Archives que nous remettons en lumière. A vrai dire, elle n'offrira d'intérêt qu'aux curieux des choses de la musique, aux collectionneurs et aux fidèles de la confrérie de Sainte-Cécile : ceux-ci seront indulgents, et ils nous pardonneront cette trop longue station dans une chapelle favorite... Ils sont de la paroisse.

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