‹ Un italien d'AngleterreChapitre 1 sur 14 · MOLES À · texte numérisé non relu

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C” est tout paie hiens notre pays qui nous fournit à l’ordinaïve le terme de comparaison quand nous éiudions un pays étranger. Nous apprécions par exemple la poésie anglaise ou la poésie italienne par rapport à la française. Et déjà nous trouvons dans ce parallèle instincthif de beaux effets de contraste. Pourtant là France est par son climat l'intermédiaire entre l'Italie et lx Grande-Bretagne. Elle l'est de même pour tout ce qur est du domaine intellectuel et imaginatif. Nous avons avec l'une ou l'autre de ces deux littératures extréres tout un territoire commun. Avec l'Italie c'est l'air méditerranéen, la disci- Pline classique, le patrimoine latin. Avec l'Angleterre ce sont les relations séculaires à coups d'épée où à coups de canon dans lesquelles Kipling voit le germe de la forte camaraderie d'aujourd'hui. Et puis dans les deux peuples riverains de la Manche, n'est-ce pas, avec des dosages différents, le même mélange d'éléments ethniques : ici un peu plus de Celtes, là un peu plus de Germains, de part et d'autre des Normands ? Aussi noùs arrive-t-il d'entrer de plain-pied, sans la moindre surprise; chez maint écrivain britannique. Il nous faut souvent (avouonsle) nous évertuer pour les étiqueter comme étrangers. Etrangers

par la langue et par les sujets qu'ils traitent, soit ! mais nullement par le tour d'esprit. Nous sommes chez nous avec un Chaucer, un Addison, un Pope, un Goldsmith; une Jane Austen, un Macaulay. Et même mis en présence des Anglais les plus anglais, 1 est rare que nous ne trouvions pas un point de contact, qu'il n'y ait pas, entre eux et nous, des instants de parfaite reconnaissance.

Mais qu'on supprime le moyen terme ; qu'on S'élance d'un bond de Londres à Florence ou à Naples en omeitant le stage habituel à Paris, alors c’est le contraste dans tout ce qu'il a de renforcé, de puissant et de suggeshf. Les Anglais se sont certes plus constamment nourris de substance littéraire française que d'italenne, de même que ceux-là sont bien plus nombreux parmi eux qui ont pu visiter la France .que l'Italie. Mars combien plus forte la secousse à passer brusquement du ciel du Kent à celui de Toscane ! La sensation est alors si vive qu'elle suscite l'enthousiasme à moins qu’elle ne provoque la réprobation ou ne renforce le sens douloureux. de l'exnl. Elle s'accompagne d’un saisissement qui est.en soi lyrique ; elle fut de tout temps un stimulant poétique incomparable. S1 déjà une fascination s'exerce 1rrésistiblement sur le Français qui fait son premier voyage en terre italienne, ou à travers la hitérature d'Italie, elle est double pour l'Anglais qui venu d'un climat plus septentrional, d'une morale plus austère, se trouve transporté parmi les enchantements de Venise ou les langueurs napoltaines. L'Italie sera le paradis des rafinés d'Angleterre, comme l'enfer abominé de ses puritarns.

La poésie anglaise s’est de tout temps colorée à la flamme de la péninsule. Chaucer qui tout d'abord chantonnait d'une voix un peu grêle, à la manière de nos trouvères, lit les poèmes ardents de Boccace, et c'est pour lui une révélation. Il avait pris en France le goût de la nuance, l'Italie lui donne l'amour

de la couleur. Il avait cultivé à la façon de France le sentiment ; l'Italie lui communique la passion. Il écrivait le Livre de la Duchesse : 27 écrit maintenant Troiïlus et Crisède.

Et de siècle en siècle le même phénomène se répète. À la

Renaissance la splendeur des vers de l'Arioste et du Tasse

illumine la Reine des Fées de Spenser ; le culte italien des arts plastiques enrichit l’Arcadie de Sidney; l’exquise élégance ilahenne décore le Marchand de Venise, Le drame anglais prend en Italie sa matière tragique, l'inspiration amoureuse d'un Roméo et Juliette, les fureurs jalouses d’un Othello, les atroces vengeances qui emplissent les chefs-d'œuvre d’un Tourneur on d'un Webster. Milton lui-même trouve dans la chaude poésie 11alhenne une excitation voluptueuse qui détend ou transfigure son puritanisme. Au temps des romantiques,

l'Italie devient pour quelques-uns des plus grands Anglais une

seconde patrie. Ni Byron nm Shelley ne seraient sans elle tout ce qu'ils ont été. Ils y ont vécu et leurs vers se sont imprégnés de sa lumière. Les deux Brownings feront de Florence leur séjour habituel et de l'âme italienne l’objet fréquent de leurs intuitions psychologiques ou de leurs élans d'amour.

Mais si constante que soit cette fécondation de l'Angleterre par l'Italie, voici le cas ou la fusion des deux génies a été la plus intime et la plus complète. Rossettr est un Tialien d’origine, de nature et d'instinct, qui est né en Angleterre, dont toute la vie s’est écoulée en Angleterre, qui a employé pour seule langue littéraire la langue anglaise. Dans cette langue dont il fut l’un des artistes suprêmes, il a fait pénétrer les plus secrètes émotions d'une sensibilité héritée des trécentistes à travers une longue série de générations. Il l’a affinée d’une subtilité à la fois très ancienne et très neuve ; il l’a empourprée de sensualité méditerranéenne.

C’est à l'étude de cet homme exceptionnel, de ce pernire-

poète, de cet Italien d'Angleterre, que M. Henri Dupré a consacré les pages qui suivent. Mais 11 n'a voulu ni retracer Sa vie par le menw ni analyser son œuvre: entière dans le détail. C’est sur le problème central de cette carrière, sur l& riche antithèse Angleterre-Ttalie, qu'il a volontairement : concentré som attention. Heureuse limitation d'où rejaillit, une ‘vive lumaère sur le génie de deux grandes nations, de deux illustres hitératures. Ce: pet, livre est non seulement: attachant: par ce quil expose mais Précieux he ce’ sa sn érnes

me LEGQUIS.

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